famafrique

famafrique ¦
Synthèse de l'atelier
"Femmes et société de l'information"


Bordeaux, 28-29 avril 2003

A l'invitation de l'Agence Intergouvernementale de la Francophonie, un groupe de femmes francophones représentant différents acteurs impliqués dans le processus de préparation du Sommet Mondial de la Société de l'Information se sont réunies à Bordeaux au siège de l'INTIF les 28 et 29 avril 2003 pour mener une réflexion sur les enjeux et les stratégies des femmes francophones dans la société de l'information.

Cette contribution fait partie du processus de consultation engagé par la Francophonie dans le cadre de la préparation du Sommet Mondial sur la Société de l'Information.

Le groupe a examiné les cinq thèmes suivant dans une perspective de genre :

  • 1. les infrastructures comme pré-requis pour l'accès universel à l'information et au savoir ;
  • 2. la diversité culturelle et linguistique ;
  • 3. la démocratie, la bonne gouvernance et la paix ;
  • 4. le renforcement des capacités ;
  • 5. le rôle des médias.
Pour chacun de ces cinq thèmes, le groupe a fait part des principes et des stratégies dont il estime la prise en compte nécessaire.

Comme préalable, le groupe recommande la prise en compte par la Francophonie de :

  • l'intégration du concept de savoir à l'intitulé du sommet qui deviendrait " Société de l'information et du savoir " ;
  • la reconnaissance que la fracture numérique est symptomatique d'une fracture sociale ;
  • l'importance des infrastructures comme pré-requis à l'accès à la société de l'information et du savoir ;
  • la prise en compte de la perspective de genre dans les politiques de TICs ;
  • l'utilisation de l'expression " justice de genre " et " justice intergénérationnelle " plutôt que l'association systématique " femmes-jeunes ".
I. Thématique : Infrastructures et accès :

A.Principes : La mise en place d'une société de l'information équitable doit tenir compte de grandes disparités d'accès selon et au sein des pays. L'existence d'infrastructures permettant un accès universel aux TICs est un pré-requis incontournable à la société de l'information. Ces infrastructures doivent intégrer les développements technologiques les plus adaptés.

Concernant les infrastructures, le groupe a rappelé les faits suivants :

  • la faiblesse, voire le manque d'infrastructures de base en zone rurale (électricité, téléphone, etc.) ;
  • les difficultés d'accès aux infrastructures, même en zone urbaine ;
  • les coûts de connexion individuelle encore élevés ;
  • les coûts élevés des infrastructures existantes ;
  • l'insuffisance des revenus des femmes ;
Concernant les contenus existants, le groupe a constaté :
  • la rareté des contenus produits par les francophones, particulièrement par les femmes francophones, adaptés aux réalités locales ;
  • les problèmes d'accès à l'information ;
  • l'analphabétisme des femmes ;
  • la " technophobie " des femmes, obstacle à leur insertion dans la société de l'information ;
  • la non conscientisation des hauts cadres (décideurs, gouvernements, ...) sur les enjeux des TICs.
B. Stratégies à mettre en œuvre :

Concernant les infrastructures et l'accès, le groupe recommande :

  • d'interpeller et d'encourager les Etats et le secteur privé, à prendre des mesures incitatives telles que :
- l'exonération des taxes sur le matériel informatique ; - la création de centres de montage et de fabrication de matériel à un niveau local ;
  • de promouvoir des centres de recherche technologiques dans nos différents pays utilisant la main-d'oeuvre locale (ingénieurs, techniciens, ...), et mettant en oeuvre des solutions adaptées à l'environnement et aux besoins de nos pays ;
  • d'encourager et de subventionner la mise en place de centres communautaires et de solutions appropriées à nos différentes communautés locales ;
  • d'interpeller l'Etat et le secteur privé afin qu'ils entreprennent des négociations dans l'optique de réduire les coûts de connexions à l'Internet, et d'investir dans la modernisation des infrastructures existantes (réseau téléphonique, réseau électrique, etc.) ;
  • d'encourager nos Etats à ouvrir le marché des télécommunications (fournisseur d'accès Internet, fournisseur de téléphonie mobile, etc.) ;
  • d'appeler les agences de régulation des télécommunications à gérer le spectre de manière équitable (protection des ondes relatives aux radios communautaires).
Concernant les contenus, le groupe recommande :
  • de mettre en place un réseau d'informations sur des thèmes spécifiques aux femmes francophones et relatifs aux réalités locales ;
  • d'encourager et de subventionner le développement des logiciels à standard ouvert (logiciels libres).
II. Thématique : diversité linguistique et culturelle

A. Principes :

Le groupe a insisté sur la diversité linguistique et culturelle comme base de l'accès universel à l'information ; cet enjeu est particulièrement crucial pour les femmes qui bien souvent ont un accès moindre à l'éducation et aux langues écrites.

B. Stratégies à mettre en œuvre : Une des stratégies à mettre en œuvre pour cette thématique, est notamment la création d'outils de traduction non sexistes (pour l'exemple, la féminisation des titres et des fonctions n'est pas reconnue par les logiciels actuels) et en logiciels non propriétaires.

III. Thématique : La démocratie, la bonne gouvernance et la recherche de la paix

A. Principes : Il est important de souligner que rien ne pourra être fait pour la démocratie, la bonne gouvernance et la recherche de la paix si les chances d'accès ne sont pas équitablement réparties.

Il convient de faire des TICs un outil de renforcement et d'autonomisation (ou empouvoirement) des femmes pour une plus grande participation à la prise de décision aussi bien dans l'espace public que privé.

Le développement de la société de l'information doit se faire en assurant le respect des droits de la personne et des libertés civiles de toutes les citoyennes et de tous les citoyens, notamment ceux des populations en situation de vulnérabilité qui, bien souvent, sont des femmes.

Il est largement temps de remettre en question l'usage de la terminologie " droits de l'homme " pour parler (aussi) des droits des femmes, même si certains avancent qu'il s'agit là d'une référence à un texte historique. Désormais, il faudra faire systématiquement référence aux " droits de la personne " ou aux " droits humains ", expressions incluant explicitement les femmes et les hommes.

B. Stratégies à mettre en œuvre :

  • Accès communautaires : développer les accès communautaires aussi bien ruraux qu'urbains qui favorisent la participation des femmes, par l'accès à l'information, à la vie économique, sociale et politique.
  • Réglementation : la démocratie, la bonne gouvernance et la paix ne seront pas assurées par la seule mise en place d'un programme de technologies de l'information : les TICs ne peuvent se substituer à une réforme des Etats mais doivent venir renforcer les réformes attendues pour mettre en place un environnement propice au développement qui tienne compte du rôle des femmes.
  • Services et activités des gouvernements :
- l'introduction généralisée des TICs dans les activités des gouvernements : les gouvernements doivent informatiser leurs opérations tant en ce qui concerne leur réseau interne qu'en ce qui concerne les informations publiques et les services aux citoyens et citoyennes (e-gouvernement) ;
- les services gouvernementaux doivent intégrer des analyses différenciées et des données désagrégées par sexe et faciliter l'accès aux informations et aux services pertinents pour les femmes ;
- des indicateurs qualitatifs et quantitatifs, différenciés selon les sexes, concernant l'impact social des TICs doivent être développés.
  • Droits et libertés : le développement de la société de l'information doit se faire en assurant le respect des droits de la personne et des libertés civiles de tous, notamment ceux des populations en situation de vulnérabilité et en particulier ceux des femmes.
  • Citoyenneté : il est temps d'élaborer une déclaration universelle des droits de la personne dans le cybermonde.
IV. Thématique : le renforcement des capacités. De l'information au savoir

A. Principes : L'éducation, comme la démocratie, commencent au foyer : il faut assurer une formation et une sensibilisation au genre qui soient garantes de l'équilibre de la relation de pouvoir dans l'espace privé aussi bien que public afin de démocratiser tous les aspects de la vie.

Les TICs sont une nouvelle compétence de base qui doit s'intégrer à tous les niveaux de formation, du primaire au secondaire en passant par la formation tout au long de la vie.

B. Stratégies à mettre en œuvre :

  • L'éducation et la formation :

- privilégier la formation informatique de base pour les petites filles ;
- sensibiliser les parents et les familles sur l'importance de l'apprentissage des TICs pour leurs enfants, particulièrement les filles ;
Synthèse de l'atelier " Femmes et société de l'information "- encourager le développement de formations continues en TICs pour les parents avec une attention particulière aux mères ;
- réserver des tranches horaires pour les femmes dans les télécentres, si nécessaire ;
- mettre en place des mesures incitatives pour les programmes qui réservent une place particulière aux femmes ;
- une éducation à la citoyenneté des femmes, y compris des modules d'autoformation disponibles sur le Web ;
- promouvoir l'utilisation des logiciels libres et ouverts, ce qui favorise le partage des savoirs et l'apprentissage de la programmation tout en stimulant la collaboration et la solidarité.

  • L'intégration des TICs dans l'enseignement :

- développer des indicateurs pour l'intégration des technologies dans l'enseignement et ce, à tous les niveaux de la vie, de l'école ou de l'organisme qui offre l'enseignement ;
- assurer une formation technologique appropriée aux formatrices et aux formateurs ;
- encourager des échanges entre informaticien-ne-s et formatrices : création de réseaux...
- appuyer le développement de modules d'apprentissage à distance afin d'ouvrir des opportunités aux groupes défavorisés ou rencontrant des obstacles à la formation présentielle, par exemple des femmes en milieu rural, des femmes à la maison, des personnes handicapées, etc. ;
- créer des échanges d'information et de connaissance favorisant le retour virtuel et éventuellement physique de la diaspora intellectuelle (contrer la fuite des cerveaux).

  • Élargir le bassin de femmes spécialistes des TICs :

- doubler en 2003-2005, et tripler en 2010-2015, la proportion de diplômées en technologies de l'information et des communications ;
- faire des TICs un instrument de réinsertion : créer des programmes de réorientation pour jeunes filles détentrices de diplômes afin qu'elles puissent mener une carrière dans le domaine des TICs ;
- mettre en place des fonds pour appuyer la formation technologique des filles et trouver des mécanismes d'appui à l'éducation en TICs des filles et ce à tous les niveaux, y compris les programmes avancés.

  • De l'information au savoir : mettre en place des capacités pour la collecte, le tri, le traitement et le partage des informations permettant aux femmes d'acquérir les connaissances et les compétences nécessaires pour jouer un rôle actif dans la société de l'information et dans l'économie du savoir.

V. Thématique : les médias

A. Principes :

Les TICs présentent une alternative possible à la monopolisation et à la marchandisation croissantes de l'information.

Cependant, la diversité des situations et des besoins rend arbitraire de préconiser la seule solution numérique, les médias traditionnels doivent être soutenus et formés à la dimension de genre dans tout contenu.

B. Stratégies à mettre en œuvre :

  • renforcer et diversifier le soutien aux espaces non marchands de communication, favoriser et préserver l'accès communautaire ;
  • sur le modèle de la chaîne internationale francophone TV5, élargir et renforcer le rôle des médias comme acteurs majeurs de promotion de la citoyenneté et de l'égalité des genres ;
  • élargir la notion de médias à celle de communication citoyenne, en vertu de l'impact des médias et des TICs sur la démocratisation de la communication ;
  • utiliser tous les types de médias, notamment TV5, pour la sensibilisation et la vulgarisation sur les enjeux des TICs et de la société de l'information et du savoir ;
  • Il existe un réel besoin de sensibilisation mutuelle entre les associations citoyennes et de femmes et les médias.
  • reconnaître l'importance d'une meilleure formation tant des médias aux problématiques de genre que des organisations citoyennes et de femmes aux démarches de communication : réfléchir à l'opportunité, dans un premier temps, de produire de l'information " clé en main " sur la thématique des TICs et du genre et de diffuser ces produits auprès de groupes de presse et de journalistes ciblés.

Pour plus d'informations : http://smsi.francophonie.org/

Agence Intergouvernementale de la francophonie
13 Quai André Citroën 75015 Paris France
Tel. (33) 01 44 37 33 00 Télécopie (33) 01 45 79 14 98
Courriel Agence Intergouvernementale de la francophonie 13 Quai André Citroën 75015 Paris France Tel. (33) 01 44 37 33 00 Télécopie (33) 01 45 79 14 98 Courriel agence@francophonie.org Internet http://agence.francophonie.org Opérateur principal de l'Organisation Internationale de la Francophonie Internet http://agence.francophonie.org
Opérateur principal de l'Organisation Internationale de la Francophonie

Institut des nouvelles technologies de l'information et de la formation de la Francophonie
15-16 Quai Louis XXVIII - 33000 Bordeaux - Tél. (33) 5 56 01 59 00 - Télécopie (33) 5 56 51 59 20

Service de communication pour la Francophonie
Anissa Barrak, chef du service,
Téléphone : (33) 1 44 37 33 65 - Télécopie : (33) 1 44 37 32 73
Hala Kodmani, relations presse, org
Téléphone : (33) 1 44 37 71 97



famafrique ¦ ¦ Retour haut de page