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MALI: Timide progrès dans la vie des femmes en milieu carcéral |
Par Bokari DickoBAMAKO, 9 oct (IPS) - La création, en décembre 1998, du Centre spécialisé de détention, de rééducation, de réinsertion des femmes de Bollé (CSDRF) au Mali, constitue un progrès dans l'effort de respecter les droits des femmes en milieu carcéral dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Le centre de Bollé est situé dans la périphérie de Bamako, la capitale malienne, et de l'unité spéciale féminine de la Garde nationale du Mali, chargée de la surveillance dans les prisons pour femmes.
Pour Diotié Togola, directeur chargé des relations publiques et du personnel, ''Nous ne ménageons aucun effort afin que ces femmes reprennent espoir à la vie. Leurs droits religieux et culturels sont scrupuleusement respectés, conformément aux différentes conventions que le Mali a signées. C'est pour cela que les chefs religieux musulmans et chrétiens viennent deux à trois fois dans la semaine pour prêcher''.
Selon Togola, la pratique du sport est aussi libre. ''Nous envisageons très bientôt de construire un terrain de basket-ball afin de permettre à celles qui veulent se spécialiser, de le faire. L'initiation à l'informatique est prévue''.
''Les détenues suivent l'actualité à la télévision, suivent des cours d'alphabétisation fonctionnelle, jouent au théâtre. Un psychologue et un avocat sont mis à leur disposition. Ces dispositions permettent aux pensionnaires de ne pas penser à leur sort. Les enfants sont pris en charge. Ils vont à la crèche'', assure-t-il.
M'Bodji Sène, directrice de cabinet de la ministre de la Femme et de l'Enfant, estime que c'est une très bonne chose de créer ce centre qui respecte les droits de la femme et de l'enfant. La vie des femmes en milieu carcéral, explique-t-elle, ''est un problème qui interpelle tout le monde''.
Selon a directrice, Astou Kouaté Diarra, le centre a créé, dans l'optique de la politique d'humanisation des prisons, ''un climat favorable à l'épanouissement des détenues. C'est dans ce cadre que nous avons mis en place des structures chargées de veiller sur les détenues et de préparer leur insertion, une fois la liberté retrouvée. Plusieurs activités sont prévues suivant les origines des détenues''.
Il s'agit, explique la directrice, de la fabrique du savon, la teinture indigo, le tissu Bogolan, la coupe-couture, mais aussi le jardinage et l'élevage car il y a des paysannes parmi les détenues. Les produits de ces différentes activités sont vendus dans la boutique tenue par une pensionnaire.
Diarra trouve que les droits des femmes et des filles mineures sont bien respectés au Mali. Tout en reconnaissant qu'il y a eu quelques errements, elle affirme qu'il ''règne une atmosphère familiale entre les détenues et le personnel chargé de leur protection et de leur formation''.
Sur le plan santé, un centre médical est opérationnel et pris en charge par l'Association Balemaya de France. Il s'occupe de la santé des femmes, des enfants et des nouveaux-nés. Son budget annuel, qui n'est pas chiffré, est exprimé en matériel (médicaments, salaires du personnel médical, équipement de la crèche des enfants des détenues).
Le visiteur qui arrive est frappé par l'atmosphère qui règne dans le centre. Il observe un brassage entre le personnel et les détenues qui rappelle la vie en famille. Diarra affirme que le centre est régi par des textes auxquels se soumettent les détenues et le personnel pour mettre des garde-fous contre les abus. Mais, ils constituent une petite communauté soudée.
Ici, poursuit-elle, ce n'est pas une prison. ''Pour nous, le concept de prison se résume à ce qui se passe à l'intérieur. Nous sommes sensibles à ces femmes dont nous essayons de gérer les familles. Nous créons en elles un espoir. Elles savent qu'elles ont perdu leur liberté, mais pas leur dignité'', précise la directrice.
Le budget du centre de Bollé est tenu secret par les autorités, mais il se limite aux salaires des employés, à la literie, à l'alimentation des détenues. Il reçoit l'assistance de l'ambassade du Canada, mais également des organisations non gouvernementales (ONG) comme Enda Tiers monde et Dèmeso qui fournissent de matériels, des vivres, des vêtements, des couvertures, etc.
En dehors des pensionnaires maliennes, on y rencontre quelques étrangères originaires de la sous-région ouest-africaine : Ivoiriennes, Togolaises, Béninoises, Burkinabè, etc. Les délits qu'on leur reproche sont, entre autres, le vol, l'escroquerie, l'abus de confiance...
Une ivoirienne affirme que ''C'est un bon centre de détention... On est beaucoup plus libre. On ne se sent pas vraiment en prison ici puisque nous recevons de la visite. Nous sommes bien traitées et respectées. Il règne une bonne ambiance''.
Pour Assétou Tandia, mère de quatre enfants, ''C'est une prison certes, mais une remarque s'impose. Lorsqu'on est dehors, nous adoptons certains comportements, une fois rentrée ici, on les abandonne. Nous sommes dans une école. J'ai appris à fabriquer du savon, à faire du tricotage. Nous prions. D'ailleurs, j'ai reçu un chapelet et une peau de prière. Celles qui veulent prêcher, le font aussi''.
Mais toutes les pensionnaires ne sont pas du même avis. Djénéba Coulibaly, 22 ans, mère d'une fille de cinq ans déclare : ''Il est vrai que ce centre nous permet de réfléchir à notre sort, à la raison de notre présence ici. Il nous prépare à la vie active, une fois que nous serons libres. Mais, il y a de la ségrégation dans le traitement de nos dossiers puisque si tu n'es pas riche ici, tu traîneras longtemps avant que tu ne sois convoquée devant le juge. Ceci n'est pas normal. Il faut que les autorités voient cet aspect''.
Oumou Diarra, 21 ans, célibataire, affirme que c'est la première fois qu'elle vient ici, ''mais je trouve que les pauvres n'ont pas de chance. Mieux, il y a souvent trop de bagarres violentes, auxquelles les responsables doivent trouver une solution''.
Odette Roger est une Ivoirienne de 40 ans : ''Ici, nous sommes privées de notre liberté de mouvement, mais il va falloir que les autorités revoient les droits de réception des visites. Il y a finalement de la pagaille. Souvent aussi, on traite mal les étrangères que nous sommes. Ceci n'est pas normal''.
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