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Le Sommet mondial de l'alimentation adopte la biotechnologie pour combattre la faim

Par Hilmi Toros

ROME, 13 juin (IPS) - Le Sommet mondial de l'alimentation a approuvé officiellement, avec les Etats-Unis en tête, la biotechnologie comme un moyen de lutter contre la faim.

Toutefois, la réunion s'est abstenue de faire référence à l'agriculture organique en dépit des ONG opposées aux organismes génétiquement modifiés (OGM) et le plaidoyer pour les méthodes agricoles naturelles.

La Déclaration du second Sommet mondial de l'alimentation, déjà approuvée avant même que la rencontre ne prenne fin jeudi, dit ouvertement : ''Nous nous sommes engagés à étudier, à partager et à faciliter l'usage responsable de la biotechnologie pour faire face aux besoins de développement''.

Elle demande également la promotion ''de la recherche dans les nouvelles technologies, y compris la biotechnologie'', ajoutant : ''L'introduction des nouvelles technologies ayant fait leur preuve devrait être faite d'une manière saine et adaptée aux conditions locales pour aider à l'amélioration de la productivité agricole dans les pays en développement''.

Au premier Sommet mondial de l'alimentation, il y a six ans, la Déclaration des chefs d'Etat n'avait fait aucune référence spécifique à la biotechnologie.

Cependant, des représentants d'ONG - réunissant des centaines d'organisations dans une réunion parallèle à travers la ville à Rome - étaient stupéfaits par l'absence de référence à l'agriculture organique et l'approbation explicite de la biotechnologie.

''C'est incompréhensible'', a indiqué Sergio Marelli, président du Forum des ONG à IPS. ''Cela montre l'influence des nations, conduites par les Etats-Unis, qui défendent les intérêts des multinationales impliquées dans la biotechnologie''. Il a ajouté que le Forum allait réagir dans une déclaration virulente au Sommet, à son dernier jour, jeudi.

Le gouvernement américain, d'autre part, ne fait aucun mystère de son plaidoyer puissant et intensifié en faveur de la biotechnologie, la décrivant comme un instrument pour accroître la productivité en baisse sur les terres arables dans les endroits même où une production alimentaire accrue est nécessaire.

Le secrétaire américain à l'Agriculture, Ann Veneman, a indiqué au Sommet que l'Agence américaine pour le développement international (USAID) était en train de lancer une Initiative sur la biotechnologie et l'agriculture commune sur une durée de 10 ans et d'un coût de 100 millions de dollars, pour faire avancer la recherche sur les variétés les mieux adaptées aux conditions de culture dans les pays en développement.

Elle a également annoncé que les Etats-Unis organiseraient une conférence au niveau ministériel sur la science et la technologie l'année prochaine, pour mettre l'accent sur les besoins des pays en développement, au sujet de l'adoption de nouvelles technologies alimentaires et agricoles.

Actuellement, comme les Etats-Unis dirigent la croisade ''Qui a peur de la biotechnologie?'', les partisans de la modification génétique soutiennent qu'elle pourrait produire plus d'aliments sur moins de terre, en utilisant moins d'engrais chimiques dans un environnement plus favorable à la nature.

En outre, les Etats-Unis sont déjà impliqués dans les variétés de manioc, de haricots, de patates douces améliorées aux micro-nutriments et de maïs très riche en protéines. Pour apaiser les opposants qui affirment que des mains privées contrôlent l'entreprise biotechnologique, les Etats-Unis disent qu'ils augmenteront les financements publics pour la biotechnologie.

Et si les partisans au Sommet mondial de l'alimentation avaient les moyens, l'engagement du sommet pour la biotechnologie aurait été encore plus fort, a indiqué le ministre italien de l'Agriculture, Gianni Alemanno, qui a interdit la culture des OGM et soutient une politique à ''tolérance zéro'' en cas de ''contamination'' accidentelle des graines traditionnelles avec les OGM en Italie.

Aussi bruyantes que pouvaient être les ONG dans leurs opinions anti-biotechnologie, leur opposition pourrait être un geste de protestation de grande envergure, plutôt qu'une alternative viable en faveur des nouvelles technologies dans la production alimentaire dans le monde en développement. Le président du Forum des ONG estime que l'agriculture organique pouvait faire beaucoup plus pour calmer la faim si elle bénéficiait de la même quantité de recherche et de fonds alloués actuellement à la biotechnologie.

En dehors de l'Argentine et de la Chine (deux principaux acteurs dans la biotechnologie), une multitude d'autres gouvernements ne voient rien de mal aux OGM, au nombre desquels le Kenya, l'Ouganda, le Mozambique, le Nigeria, l'Inde, le Mali, la Zambie, l'Egypte, le Bangladesh et les Philippines.

D'éminents agronomes venus de Chine, de l'Inde et du Kenya partageaient le podium avec le Prix Nobel Normann Borlaug dans des communications en faveur de la biotechnologie, organisées par la délégation américaine dans une ville de Rome truffée d'affiches anti-OGM.

Pour sa part, l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), qui abrite son second Sommet pour essayer d'atteindre l'objectif toujours non satisfait de réduction de moitié du nombre d'affamés dans le monde, estimés à 800 millions, d'ici à 2015, fait une bonne évaluation, mélangée avec précaution, de biotechnologie et d'agriculture organique.

Un document de la FAO, préparé pour le Sommet, indique que ''l'utilisation appropriée de la biotechnologie offre un potentiel considérable pour accroître la sécurité alimentaire'', citant la culture de tissus et les indicateurs moléculaires'' ainsi que la recherche continue dans les cultures résistantes à la sécheresse et tolérantes au sel''.

Mais, ajoute la FAO, ''étant donné les risques potentiels des organismes génétiquement modifiés (OGM) pour la santé de l'homme et l'environnement, la prudence est requise pour leur introduction''. Le document demande également un plus grand rôle pour le secteur public dans la biotechnologie.

La FAO voit également un potentiel inexploré pour l'agriculture organique dans le Tiers-Monde, parce que la demande dépasse de loin l'offre dans les pays industrialisés. Un développement de l'agriculture organique peut accroître les recettes d'exportation des pays expédiant des produits agricoles, mais de sérieuses questions demeurent sur les normes de certification et de sécurité.

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