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La FAO trouve les objectifs décevants mais l'espoir croissant |
Par Hilmi TorosROME, 12 juin (IPS) - Le deuxième Sommet mondial de l'alimentation qui a commencé lundi, doit son existence même à l'objectif non atteint du premier sommet d'il y a six ans sur la réduction de moitié du nombre des malnutris d'ici à 2015.
Selon le directeur général de l'Organisation des Nations Unies pour l'alimentation et l'agriculture (FAO), Jacques Diouf, l'objectif difficile à atteindre ne peut être réalisé que par une alliance de nouvel investissement dans l'agriculture, une volonté politique renouvelée et l'implication active de la société civile dans une guerre mondiale contre la faim.
L'investissement et la volonté politique sont nécessaires aussi bien de la part des pays en développement que des nations développées, a indiqué Diouf, dans une interview accordée à IPS vendredi. Le monde développé et ses institutions financières n'ont pas pu fournir l'investissement requis, a-t-il affirmé, alors que plusieurs pays en développement attendaient beaucoup trop des autres et faisaient trop peu par eux-mêmes.
''Nous n'avions aucun moyen de réussir'', a déclaré Diouf. ''Au lieu d'assister à l'investissement, nous voyions le désinvestissement. Comment pouvez-vous atteindre l'objectif?''
Tout en qualifiant l'investissement accru ''d'une des mesures correctives les plus importantes'', Diouf estime qu'au-delà des chiffres, il y a la volonté politique'' nécessaire aussi bien aux pays développés qu'aux pays en développement. Ces derniers consacrent en moyenne 10 pour cent seulement de leur budget à l'agriculture avec une population agricole d'environ 70 pour cent.
Plusieurs peuvent exploiter les conditions de faim, a-t-il ajouté. Tant que des questions comme ''la pauvreté, le désespoir, l'impuissance, et un sens d'injustice'' ne seront pas abordées, affirme-t-il, le monde ne parviendra pas à régler les ''conditions qui peuvent être exploitées en faveur de l'extrémisme''.
Selon des chiffres actualisés publiés la semaine dernière dans son Programme de lutte contre la faim, la FAO affirme que 24 milliards de dollars supplémentaires sont nécessaires par an dans les pays pauvres pour réduire de moitié le nombre d'affamés d'ici à 2015. Cet effort doit être soutenu par ''des ressources privées suffisantes''. Sans cela, il y aurait toujours 600 millions d'affamés dans le monde en 2015, indique le rapport de la FAO.
Selon le Programme proposé pour la lutte contre la faim, la réduction de moitié du nombre de mal nourris produirait des bénéfices estimés à au moins 120 milliards de dollars par an en raison d'une longévité et d'une vie plus saine. Le programme se focalise surtout sur les petits agriculteurs et vise à créer plus d'opportunités pour les populations rurales.
La FAO estime que l'aide au développement pour l'agriculture et le développement rural, tombée à 30 pour cent dans les années 90, devrait être doublée et passer d'environ huit milliards de dollars en 1999 à 16 milliards de dollars par an. Les pays en développement devraient accroître leurs budgets pour l'agriculture en moyenne de 20 pour cent, selon la FAO.
Pour les analystes de développement, des objectifs nobles sont annoncés, mais il n'y rien pour lier les nations aux engagements qu'elles prennent. Un engagement d'éradication de la faim avait été pris au Congrès mondial de l'alimentation à Rome en 1974. Au présent sommet, il y a une réticence pour accepter un principe qui existe déjà sur papier - le Droit à l'alimentation - par crainte que les citoyens n'intentent un procès à leurs gouvernements.
Au premier Sommet mondial de l'alimentation tenu au siège de la FAO à Rome, en novembre 1996, plus de 100 chefs d'Etat ou de gouvernement ou leurs vice-présidents avaient pris l'engagement de réduire de moitié le nombre de malnutris qui était alors d'environ 800 millions. Certains avaient qualifié l'objectif de trop modeste, d'autres pensaient que c'était irréaliste.
Réaliser cet objectif aurait dû signifier une réduction annuelle de 22 millions. Mais jusqu'ici, la FAO estime que le nombre d'affamés diminue de six millions par an, grâce surtout aux efforts de la Chine.
Les dernières estimations de personnes mal nourries dans la période 1997-99 sont de 815 millions, dont 777 millions vivent dans les pays en développement, 27 millions dans les pays en transition et 11 millions dans le monde industrialisé.
Dans les pays en développement, les dernières statistiques représentent une diminution de 39 millions depuis 1990-92 (la période d'essai utilisée au Sommet mondial de l'alimentation). Seuls 32 des 99 pays en développement ont enregistré une diminution du nombre de malnutris entre 1990-92 et 1997-99. Leur réduction de 116 millions était contrée par une augmentation de 77 millions dans les autres.
Selon Diouf, certaines des lueurs d'espoir ont été la Chine, le Vietnam, la Thaïlande, le Ghana, le Nigeria, le Mali et la Gambie. D'autres pays comme le Pérou, le Tchad, le Koweït, le Mozambique, le Malawi, l'Angola, le Soudan et le Togo ont également enregistré une amélioration.
Les pays ayant les plus faibles performances identifiées dans les rapports de la FAO sont l'Irak, le Guatemala, la Mongolie, la Somalie, le Venezuela, Cuba, la Tanzanie, le Burundi, la République démocratique du Congo et la République populaire et démocratique de Corée. Certains de ces pays étaient impliqués dans les conflits militaires. D'autres étaient affligés par des désastres naturels.
Aucun nouvel objectif n'a été fixé, mais le sommet vise à tracer les grandes lignes de ce qui doit être fait pour atteindre l'objectif initial. Une nouvelle déclaration est en train d'être élaborée. Une multitude d'autres évènements sont actuellement organisés par les organisations non gouvernementales sur des sujets allant de l'agriculture organique à la ''souveraineté alimentaire'' des nations.
Considérant les promesses passées qui n'ont pas été tenues, le directeur général de la FAO garde toujours espoir, comme il doit peut-être le faire, et également parce que le jeu est toujours en train d'être joué. Parmi les nouveaux acteurs, figurent différentes couches de la société civile comparées aux seules organisations gouvernementales et intergouvernementales dans le passé.
''Je suis toujours optimiste'', a déclaré Diouf. ''Si vous n'êtes pas un optimiste, vous ne devriez pas occuper ce genre de poste''.
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