|
TOGO: Mobilisation pour mettre fin au travail des enfants portefaix |
Par Noël TadégnonLOME, 10 juin (IPS) - Un programme national ''lutte contre l'exploitation des enfants dans le travail de portefaix'' vient d'être lancé au Togo. Il vise à mettre fin au travail des enfants qui constituent la majorité des porteurs de bagages dans ce pays.
A l'initiative du Bureau international catholique pour l'enfance (BICE) au Togo, un organisme qui intervient en faveur du droit des enfants, environ 2.500 à 3.000 enfants portefaix seront retirés du monde du travail dans le cadre de ce programme.
Le travail des enfants portefaix a connu une évolution rapide, devenant de nos jours un phénomène préoccupant dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
''Selon les résultats d'une enquête réalisée à Lomé pour mesurer son ampleur, environ 2.500 à 3.000 enfants de moins de 18 ans dont 1.500 de moins de 15 ans sont portefaix'', indique le ministre togolais du Travail de l'Emploi et de la Fonction publique, Kokou Tozoun.
Pour Victoire Lawson, directrice du BICE-Togo, le travail des enfants portefaix doit interpeller tout le monde. ''Si on ne fait rien, on se contente d'un attentisme, je pense qu'on payera un lourd tribut à cette situation et l'Etat, la société civile ainsi que les familles mêmes de ces enfants. Nous tous, nous avons intérêt à prendre un peu de recul et garantir les droits fondamentaux de ces enfants'', souligne-t-elle.
Le programme de national de ''lutte contre l'exploitation des enfants dans le travail de portefaix'' s'étendra sur 23 mois et s'articule autour de trois axes principaux : le premier, c'est la prévention de la mise au travail précoce des enfants. Le deuxième, c'est le retrait des enfants de moins de quinze ans travaillant comme portefaix. Le troisième axe, c'est l'amélioration des conditions de vie et de travail de ceux qui sont en âge de travailler.
''Il faudra donc leur garantir la scolarité au niveau du premier axe et pour nous, c'est un moyen de prévenir le travail des enfants; ceux qui sont déjà dans le monde du travail seront retirés et seront réinsérés soit dans des structures d'éducation formelle, soit dans des structures d'éducation alternative'', explique Lawson.
Le coût du programme s'élèverait à quelque 95 millions de francs CFA (environ 135.714 dollars US).
Les conditions de vie et de travail des portefaix sont précaires. ''Je dirai tout simplement que leurs conditions de vie dénient tout droit humain, ils vivent dans des logements très indécents et il y en a qui vivent dans la rue, qui dorment dans la rue, des femmes qui viennent avec des enfants se loger dans la rue. Qu'en est-il de l'éducation de ces enfants?. De vieilles maisons abandonnées où il n'y a ni sanitaire ni toiture'', déplore-t-elle.
La plupart des portefaix vivent dans des maisons communautaires où elles se mettent à huit voire 10 dans les chambres. ''Chacune d'entre nous paye 200 FCFA (environ 29 cents US) la nuit pour dormir dans les chambres'', confie Ayaba Desaba, une jeune fille de 17 ans.
''Nous payons en plus 25 FCFA (environ 03 cents US) pour chaque passage aux toilettes'', lance Kouyaka Adjovi, un autre portefaix qui ajoute : ''Je gagne parfois 1.000 ou 1.500 FCFA (environ 1,42 et 2,14 dollars US) et je travaille tous les jours''.
Les enfants portefaix sont victimes de différentes sortes d'abus. Les filles sont victimes d'exploitation économique, sexuelle de la part des propriétaires des maisons et des voisins. Viols, grossesses non désirées font partie aussi de leurs malheurs. ''J'ai contracté ma grossesse il y a deux ans alors que je venais d'arriver à Lomé'', raconte Adjovi.
''Aujourd'hui, cet enfant sans père vit avec mes parents à Vogan'', une ville du sud-est du Togo, à une soixantaine de kilomètres de Lomé, ajoute Adjovi. Cette ville est l'une des zones les plus touchées par l'exode rural au Togo et elle fournit un grand nombre de portefaix aux marchés de Lomé, la capitale.
Pour la représentante résidente du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD) au Togo, Cécile Molinier, la baisse de revenus des populations du sud-est du Togo, l'analphabétisme, les pratiques traditionnelles, la déscolarisation, la discrimination à l'égard de la femme, notamment de la jeune fille, expliquent l'accroissement du nombre des enfants portefaix.
Selon Tozoun, ''les facteurs économiques et les pesanteurs socio-culturelles, qui expliquent le phénomène des enfants portefaix, ne paraissent pas des raisons suffisantes pour hypothéquer l'avenir de ces enfants qui travaillent 10 à 14 heures par jour pour une rémunération dérisoire et qui sont exposés, pour la plupart d'entre eux, aux problèmes de santé, aux violences sexuelles et aux accidents de la circulation''.
''La situation des enfants portefaix interpelle tout le monde car ces enfants perdent tout repère familial et sont livrés à eux-mêmes'', souligne la directrice du BICE-Togo qui estime qu'il ''est très urgent d'agir pour pouvoir trouver une solution à cette frange de la population qui constitue la relève de demain''.
Implanté au Togo depuis 1996, le BICE a pour mission de venir en aide aux enfants en général, et en particulier aux enfants vulnérables, en situation difficile, aux enfants victimes d'abus et d'exclusion. Avant le programme national de lutte contre l'exploitation des enfants portefaix, le BICE avait déjà mené des actions d'appui aux jeunes filles portefaix.
''Nous avons également un programme d'appui aux enfants privés de liberté, les enfants en conflit avec la loi. C'est de façon officielle que nous exécutons nos projets, mais partout où les droits d'un enfant sont lésés, nous sommes interpellés à agir efficacement pour protéger cet enfant''.
Malgré l'existence d'une Convention mondiale contre les pires formes de travail des enfants, ils sont toujours exploités. Cette convention a été ratifiée par 115 pays dont 30 en Afrique.
Selon Tozoun, en Afrique en général et au Togo en particulier, les enfants travaillent dès leur jeune âge. ''Le travail, comme main d'œuvre familiale, empêche souvent la scolarisation de l'enfant, surtout de la fille''.
Le Bureau international du travail (BIT) évalue à 250 millions le nombre d'enfants qui travaillent pour gagner leur vie. Environ 80 millions de ces enfants vivent en Afrique, soit 40 pour cent.
****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************