|
Les femmes rejettent avec mépris le sommet onusien de Monterrey |
Par Ferial HaffajeeMONTERREY, Mexique, 27 mars (IPS) - Les femmes ayant rejeté avec mépris la conférence des Nations unies sur le financement du développement, l'administrateur du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD), Mark Malloch-Brown, les a implorées de ne pas considérer cela comme une cause perdue.
''Il y a eu un retournement extraordinaire, pas seulement financièrement, mais politiquement'', a dit Malloch-Brown de la réunion de cinq jours qui a pris fin dans la ville mexicaine de Monterrey vendredi dernier.
Selon lui, les engagements renouvelés pris par les nations les plus riches - l'Union européenne (UE) et les Etats-Unis - feront accroître l'aide mondiale entre 20 et 25 pour cent par an. L'aide mondiale des pays riches vers les nations pauvres se stabilise à environ 53 milliards de dollars US par an, des chiffres qui, selon les estimations modérées de la Banque mondiale, sont d'environ la moitié de ce qui est nécessaire pour donner un sérieux coup de pouce au sous-développement.
L'UE persuadera ses Etats membres d'injecter une moyenne annuelle de 0,39 pour cent de leur Produit intérieur brut (PNB) dans l'aide, tandis que les Etats-Unis donneront 5 milliards de dollars supplémentaires d'ici à 2006. Puis après, chaque pays donnera le même montant annuellement, ce qui, selon Malloch-Brown, équivaudrait à un doublement de ses niveaux actuels d'aide.
Celle qui a adopté un point de vue moins optimiste par rapport à la conférence était la directrice exécutive de l'UNIFEM, Noeleen Heyzer, qui a dit que la réunion a souffert d'une cécité de genre. ''Vous ne pouvez pas parler de la réduction de moitié de la pauvreté sans jeter un coup d'œil sur la féminisation de la pauvreté'', a indiqué Heyzer, se faisant l'écho d'une plainte formulée par les femmes déployées dans les agences multilatérales, gouvernementales et dans la société civile qui pensent que la conférence de Monterrey n'a pas assez bien creusé la dimension genre du sous-développement.
Les femmes ont protesté tout au long de la conférence et ont organisé une réunion mercredi dernier pour examiner les différences de genre dans le Consensus de Monterrey, le document global qui établit un plan de financement du développement.
Heyzer, qui préside le Fonds des Nations unies pour la femme (UNIFEM), a critiqué la conférence pour avoir travaillé avec des statistiques de pauvreté statiques. ''Ce ne sont pas des chiffres statiques. De la même façon que vous avez un nouveau riche, vous avez un nouveau pauvre'', a-t-elle indiqué, se référant à l'écart croissant de richesse provoqué par la mondialisation économique tout au long des années 90.
Les Nations unies travaillent avec un ensemble de données sur la pauvreté basées sur un chiffre de 1,2 milliard de personnes vivant avec moins d'un dollar US par jour.
Selon les manifestants, Monterrey n'a pas pu prendre en compte les fondements systémiques et structurels de la pauvreté comme l'impact de l'ouverture des frontières nationales au libre échange, la dette et les échanges économiques souvent préjudiciables faits pour attirer l'investissement étranger direct. Les zones de transformation des exportations installées comme paradis fiscaux dans les pays en voie de développement, où la main-d'œuvre est bon marché, les syndicats souvent interdits et les niveaux de travail très bas constituent un exemple d'un tel changement.
''De nouveaux mécanismes d'accumulation ont conduit à de nouvelles formes de marginalisation'', selon Maria Floro de l'UNIFEM. Tout effort, qui étudierait de nouveaux moyens de financer le développement, devrait prendre en compte la protection des industries nationales tout en préparant les femmes à tirer profit des nouvelles opportunités, a souligné Heyzer.
Par ailleurs, elle a indiqué que la réunion de Monterrey aurait dû examiner les barrières institutionnelles et légales à l'avancement des femmes comme les systèmes bancaires qui ne faisaient pas des prêts aux femmes et le droit coutumier, qui les empêchait d'avoir des terres. Heyzer a recommandé que les codes de conduite pour les compagnies transnationales soient institutionnalisés afin que le travail et les normes écologiques soient protégés.
Dans certaines parties d'Asie, le développement économique avait été obtenu sur le dos du travail bon marché des femmes.
''Nous ne pouvons pas laisser cela (le financement du développement) comme terre sainte pour les garçons'', a affirmé la présidente guyanaise de l'Organisation des femmes pour l'environnement et le développement (WEDO), Jocelyn Dow.
Elle a imploré les femmes ''d'occuper'' l'espace dans le gouvernement et le secteur privé, où les voix et intérêts des femmes étaient souvent absents. Il n'y a rien de mythique ou de trop difficile sur le financement, a déclaré Dow, ajoutant que ''chaque femme est un banquier central. La réforme financière est dans nos petits lits, où nous devons prendre des décisions chaque jour pour savoir quel enfant aura des vêtements et lequel n'en aura pas. Les finances ne sont pas des questions que nous pouvons éluder''.
Malgré cet appel, Dow a également lancé un défi aux femmes à Monterrey. ''Nous devons demander si notre rôle ici a légitimé un système auquel nous sommes essentiellement opposées?'', a-t-elle déclaré, se référant à l'idéologie du libre échange qui est un thème du Consensus de Monterrey. Le sommet mondial des Nations unies à Johannesburg a offert une opportunité pour un ''nouveau genre de paradigme de développement'', a affirmé Dow.
C'était comme si le message optimiste de Malloch-Brown était tombé dans des oreilles avisées.
****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************