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KENYA : Les femmes rescapées de viol rompent le silence |
par Katy SalmonNAIROBI, 15 mars (IPS) - Mary Muragwa, une Kényane âgée de 45 ans, a été battue par la police dans sa maison il y a quelques années. Elle était si gravement tombée qu'elle avait cassé son bras en trois endroits. Souffrant déjà atrocement, elle avait été violée par deux policiers.
Les policiers, qui menaçaient de la tuer, ont amené Marie et sa fille âgée de six mois à une rivière. Ensuite, les policiers l'ont amenée dans une cellule et l'ont battue pendant six autres heures. Elle a été gardée en prison pendant les deux mois qui ont suivi et a été battue quotidiennement.
Son crime ? Etre mariée à un homme que la police recherchait pour ses activités politiques.
Les policiers qui ont battu et violé Marie sont toujours en en service. Elle n'a pas porté plainte contre eux parce qu'elle est convaincue que cela ne mènera à rien.
L'expérience de Marie n'est pas singulière au Kénya.
''La violence contre les femmes est endémique dans ce pays'', indique Marie Evelyne Petrus, directrice du bureau régional Afrique de Amnesty International.
Selon les statistiques de la police kényane, 16.500 femmes kényanes ont été violées l'année dernière. ''Le viol est une chose très privée. Nous parlons seulement des cas rapportés. L'importance réelle doit être beaucoup plus grande'', affirme Anne Gathumbi, présidente de la Coalition sur la violence contre les femmes(COVAW).
Un nouveau rapport publié par Amnesty International, Kenya : Viol - le crime invisible, vise à rompre le silence. Il met l'accent sur deux problèmes - le viol commis par les époux et le viol commis par les policiers ou autres fonctionnaires gouvernementaux.
''Le viol commis par un officier de police fait rarement l'objet d'enquête, puisque la femme doit rapporter le crime à ses collègues travaillant dans le même poste de police'', affirme Petrus.
''Le viol conjugal n'est pas perçu comme une offense. Plusieurs policiers le perçoivent comme quelque chose de privé et une question familiale. Les femmes qui demandent l'intervention de la police sont embarrassées, tournées en dérision, insultées verbalement et contraintes à avoir l'air de perdre leur temps'', affirme-t-elle.
Le Code pénal ne reconnaît pas le viol conjugal comme une offense criminelle à cause de la présomption, notamment dans le droit criminel, qui accepte que les relations sexuelles sont inhérentes à l'acte du mariage. Aucun recours légal à cette présomption n'a été déposé dans les tribunaux au Kénya. L'accusation d'agression la moins forte est plus couramment utilisée dans les cas de viols conjugaux, et sont passibles d'une peine légère.
Selon Nyaradzai Gumbonzvanda, directrice régionale du Fonds des Nations unies pour la femme (UNIFEM), il y a deux problèmes associés au viol, qui sont critiques pour l'Afrique.
''L'une de ces choses, qui reste triste, est l'avènement du VIH/SIDA et ses implications dans le contexte de la violence conjugale et du viol. Le viol expose les femmes aux infections opportunistes ainsi qu'au virus du VIH. Ceci est un problème critique à régler en ce moment.
''Secundo, au Kénya, nous continuons d'avoir des pratiques culturelles traditionnelles comme le lévirat et la polygamie. L'on ne peut parler de consentement réel (aux relations sexuelles) dans ces cas'', souligne-t-elle.
Amnesty International fait actuellement pression sur le gouvernement kényan pour qu'il protège ses citoyennes.
''Le gouvernement kényan devrait revoir en urgence ses lois et pratiques pour mettre fin à l'impunité de ceux qui maltraitent, battent ou violent les femmes'', affirme Petrus.
Elle veut que l'Etat accorde la protection aux femmes violées tout en menant également de véritables enquêtes indépendantes pour traduire en justice les responsables de ces actes.
''Il est grand temps que l'engagement pris par le procureur général et le commissaire de police en août 2000 d'installer des bureaux séparés aux postes de police et d'éduquer les policiers travaillant sur ces problèmes afin qu'ils soient sensibles au genre devienne enfin une réalité'', indique-t-elle.
''Des actions doivent également être immédiatement prises pour rendre disponibles les formes médicales P3, nécessaires pour l'examen médical d'un viol ou autre torture, dans les centres de santé et pas seulement dans les commissariats'', ajoute-t-elle.
Selon Pollyne Owoko, une rescapée de la violence conjugale, il est dur de sortir du piège lorsque vous vivez avec un homme grossier. Son expérience montre que ce n'est pas seulement le changement institutionnel qui est nécessaire, mais un changement dans les comportements de la part de tous les membres de la société.
''Les gens n'aiment pas aider. Lorsque j'étais battue dans la maison, je criais et personne ne venait à mon secours. Je cognais aux portes des voisins. Personne ne venait m'aider.
''J'étais allée à la police et ils s'étaient moqués de moi. Ils m'ont dit que je semblais être la mauvaise personne. 'Pourquoi veux-tu que nous résolvions tes problèmes avec ton mari ? Rentre à la maison et règle-les toi-même'.
''Ce que j'ai traversé était si dur, si humiliant, si déprimant. Je me sentais non désirée, j'avais même demandé à Dieu, pourquoi suis-je née ? Je ne savais pas que je pouvais m'en sortir'', se rappelle-t-elle.
Owoko dit qu'elle a pu se libérer parce qu'elle avait le soutien de sa famille. ''J'ai réussi à m'en sortir parce que j'avais des membres de ma famille qui me soutenaient et m'aimaient. Ils m'ont encouragée à être ce que je suis aujourd'hui'', confie-t-elle.
Ceci est rare en Afrique. Les femmes subissent souvent des pressions pour retourner chez leurs maris. Le divorce est plus rare qu'en Occident. Etant donné que plusieurs femmes n'ont pas leurs propres revenus, et qu'elles ont des enfants à charge, elles n'ont souvent pas autre choix que celui d'y retourner pour beaucoup plus de maltraitances.
Owoko dit que son expérience l'a inspirée à aider d'autres femmes. ''Quelqu'un doit se lever pour dire non et donner l'exemple aux plus âgées et aux plus jeunes. Levez-vous et dites-leur que vous ne méritez pas du tout d'être battues. Vous êtes assez bonnes. Vous êtes jolies; vous avez vos cerveaux, vos mains. Vous pouvez travailler pour gagner votre propre argent. Vous n'avez vraiment pas besoin d'être prises en charge par un homme.
''Chaque femme doit se lever pour dire non à la violence à la maison parce que je ne pense pas que nous soyons nées pour être battues. Nous avons les mêmes droits, juste comme les hommes. Nous avons besoin d'être aimées et nous voulons également aimer les gens. Quelqu'un ne peut pas dire qu'il vous aime et vous battre ensuite à la maison. Ce n'est vraiment pas juste. Nous devons nous lever en tant que femmes et aider d'autres femmes'', affirme-t-elle.
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