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CONGO : Les femmes veulent être représentées dans les sphères de décision |
Par Lyne Mikangou
BRAZZAVILLE, 8 mars (IPS) - A trois jours de l'élection présidentielle du 10 mars, les femmes congolaises rassemblées au sein d'un réseau de partis politiques et d'organisations non gouvernementales (ONG) dénommé Comité d'action pour la parité (CAP), dénoncent leur faible représentativité dans les sphères de décision.
''Quarante ans après l'indépendance'', selon Joséphine Ntsika, coordonnatrice du CAP basé à Brazzaville, ''les décideurs n'ont pas encore appliqué l'essentiel des droits des femmes dans les instances de prise de décisions, malgré la ratification, en juillet 1986, de la convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes''.
C'est en 1975 que la première femme ministre est nommée en République du Congo. Depuis, le nombre des femmes au gouvernement n'a pas dépassé le chiffre quatre. Le gouvernement actuel n'en compte que deux en son sein, contre 25 hommes, soit 8 pour cent de femmes.
Le nombre des femmes députées ou tenant lieu de parlementaires est passé de 12 en 1991 (soit 7,8 pour cent) à sept en 1992 (3,8 pour cent), puis à neuf en 1999, soit 12 pour cent.
Au niveau du pouvoir judiciaire, les femmes sont aussi minoritaires. Trois femmes sur 23 membres de la Cour suprême (13 pour cent), une femme sur quatre procureurs généraux de la Cour d'appel (25 pour cent).
''Ces chiffres qui traduisent le rôle assigné à la femme, l'image que lui renvoie la société, à savoir la séparation des rôles entre hommes et femmes, prouvent que la femme au Congo n'a pas de pouvoir de décision alors qu'elle demeure un partenaire incontournable dans la vie active'', déplore Ntsika qui est également coordinatrice du Réseau des ONG.
En effet, les femmes congolaises constituent 62 pour cent de la population qui compte 2,9 millions d'habitants. Dans l'agriculture, elles représentent 70 pour cent de la main-d'œuvre et assurent 60 à 80 pour cent de la production vivrière. Dans le secteur informel, elles représentent 64 pour cent des actifs.
Malheureusement, l'avènement de la démocratie, souligne Ntsika, a éliminé les femmes dans la course au pouvoir, du fait qu 'elles ne dirigent pas de partis politiques, elles manquent d'ambitions politiques et surtout, elles ne disposent pas de moyens financiers. La plupart des femmes instruites identifient les partis politiques à un ''univers sans foi, ni loi ou tous les coups sont permis''.
Deux femmes dont l'une est candidate au prochain scrutin dirigent de partis politiques. D'après une enquête menée récemment à Brazzaville et à Pointe-Noire, respectivement capitale politique et économique, 15 pour cent seulement des femmes sont engagées et inscrites comme membres de partis politiques, alors que 97 pour cent d'entre elles s'intéressent à la vie politique. Et 64 pour cent des femmes militent tant dans les associations de la société civile que dans les partis.
C'est donc pour mieux s'affirmer que les femmes ont créé ce Comité d'action pour la parité organe à caractère politique comme une nouvelle dynamique pouvant favoriser l'égal accès aux instances décisionnelles.
''La création du CAP s'est avérée nécessaire. Il veut donc s'affirmer comme une nouvelle dynamique qui permettra de proposer des mesures spéciales tendant à favoriser l'égal accès aux instances décisionnelles. Nous l'envisageons comme un groupe de pression visant à infléchir les égoïsmes des hommes'', explique la coordinatrice du Réseau des ONG.
Les femmes revendiquent un cadre juridique leur garantissant une plus grande représentativité dans les sphères de décision par le système de quotas. Elles veulent désormais des postes qui leur permettraient de prendre des décisions à tous les niveaux de la société, pour faire changer les choses.
Certaines, par contre, pensent que c'est bien de revendiquer des postes. Seulement, il faut que les femmes les méritent et soient compétentes à les assumer. C'est le cas de Georgette Okemba, présidente de l'association Femme ne pleure pas (FPP).
''Je suis d'accord que les femmes exigent qu'elles soient placées à des postes de décision, mais il faut que la femme sache que ce discours a vieilli. Elles doivent donc s'élever par l'effort dans leur milieu professionnel, elles doivent exceller, émerger pour que les hommes puissent les découvrir en pleine action et les proposer à ces différents postes'', soutient-elle.
Le CAP vise à concevoir et promouvoir une nouvelle politique de lutte basée sur l'égalité des droits, et à se constituer en groupes de pression pour remédier à l'absence notoire des femmes dans les mécanismes de décision. Il est dirigé par un comité ad hoc composé de deux représentantes par partis politiques.
Le CAP a également en projet la création d'un fichier sur les compétences féminines par domaines d'intervention, la mise en place d'un réseau commun et la création d'un fonds de soutien aux candidatures des femmes, l'élaboration d'un programme d'alphabétisation et d'éducation politique pour les femmes.
Pour atteindre ces objectifs, le CAP entend œuvrer dans le sens de l'éducation de la femme. Selon le comité, L'éducation reçue détermine le comportement des femmes dans leurs rapports avec les autres. Cette éducation véhicule des stéréotypes qui infériorisent la femme au sein des foyers et la conduit à s'exclure, elle-même, des domaines qu'elle considère réservés aux seuls hommes.
''C'est pour cela qu'un accent particulier sera mis sur l'éducation. Car l'éducation est le moyen le plus sûr pour réduire les inégalités entre les hommes et les femmes dans tous les domaines et particulièrement celui de la politique, défier l'impérialisme masculin et opter pour le leadership féminin'', affirme Monique Okakayo, vice-coordonnatrice du Réseau des ONG.
Ce réseau pour la parité est constitué, entre autres, des femmes de L'Union panafricaine pour la démocratie sociale (UPADS de l'ancien président Pascal Lissouba), du Mouvement congolais pour le développement et la démocratie intégrale (MCDDI de l'ancien Premier ministre Bernard Kolelas), de l'Union pour la République (UR), et du Parti des chrétiens.
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