|
AFRIQUE : Des filles violées par des travailleurs humanitaires, selon un rapport de l'ONU |
Par Gustavo Capdevila
GENEVE, 4 mars (IPS) - Des adolescentes réfugiées dans des camps en Afrique de l'ouest sont victimes d'exploitation et d'abus sexuels de la part des travailleurs humanitaires des agences internationales et des organisations non gouvernementales (ONG), a rapporté mercredi une agence des Nations unies.
Une enquête menée par le bureau du Haut commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR) et l'organisation humanitaire ''Save the Children'' (Sauvez les enfants) basée au Royaume-Uni, a révélé des cas d'abus dans des camps de réfugiés en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.
Le rapport accuse les personnels des agences de l'ONU, des forces armées et des ONG nationales et internationales ainsi que les responsables des administrations locales et les chefs de communautés.
Des témoignages recueillis dans les trois pays font état d'abus commis par des travailleurs humanitaires représentant plus de 40 agences et organisations et 67 individus, selon le HCR.
Juan Martinez, porte-parole du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), a annoncé que son institution condamnait sans équivoque de tels actes inacceptables qui portent préjudice, notamment aux personnes vulnérables.
Le chef d'une coalition d'ONG de développement basée en Suisse, Peter Niggli, réclame des sanctions sévères contre les responsables de ce scandale. Il a fait remarquer qu'aucune organisation suisse ne figurait parmi les 40 impliquées dans les abus.
Ives Bellego, porte-parole de Médecins sans frontières (MSF), a exprimé son indignation à propos des abus et a fait savoir que l'organisation MSF, qui figurait dans le rapport du HCR, mènerait une enquête internationale.
Selon le responsable de MSF, on doit s'attaquer aux causes premières du problème, puisque des millions de réfugiés passent de longues périodes dans des camps qui n'ont pas d'équipements ni de ressources financières suffisants.
L'enquête du HCR et de l'organisation ''Save the Children'' affirme que la violence et l'exploitation sexuelle semblent être monnaie courante dans les communautés qu'ils ont visitées en Guinée, au Liberia et en Sierra Leone.
L'équipe chargée de l'enquête, dirigée par un représentant de chacune des deux organisations et comprenant un consultant indépendant, a interrogé 1.500 enfants et adultes, et a été informée de graves abus commis par 67 individus travaillant pour des agences et des ONG dont le mandat est officiellement de protéger les réfugiés et les déplacés.
''L'échange du sexe contre de l'argent ou des dons paraît répandu et la majorité des enfants interrogés affirment connaître chacun au moins un autre enfant impliqué dans un tel échange'', indique le rapport.
Les enfants considèrent souvent cette pratique comme la seule option qu'ils ont pour obtenir de la nourriture ou pour satisfaire d'autres besoins, y compris des ressources pour l'éducation.
La plupart des victimes sont des adolescentes âgées de 13 à 18 ans.
Les auteurs des abus sont généralement des hommes qui détiennent un pouvoir et une influence relatifs, qui ont accès aux marchandises et aux services ou qui ont des revenus élevés, selon l'équipe chargée de l'enquête.
L'élite relativement prospère comprend le personnel de l'ONU, des membres des forces de maintien de la paix et des travailleurs des ONG humanitaires.
Dans les trois pays visités, des travailleurs des ONG internationales et locales ainsi que des agences de l'ONU seraient, dit-on, ceux qui commettent le plus fréquemment des abus sexuels sur des enfants, ''utilisant souvent l'aide et les services humanitaires destinés justement à profiter à la population des réfugiés comme outils d'exploitation''.
En échange du sexe, on donnait aux filles de moins de 18 ans de l'huile de cuisine, du blé, des toiles plastiques, des médicaments, des moyens de transport, on leur accordait des prêts, on leur dispensait des cours éducatifs et une formation pour acquérir des compétences, indique le rapport.
Une femme réfugiée en Guinée affirme que dans son camp, ''personne ne peut avoir accès au CSB (une substance nutritive du soja) sans avoir au préalable des rapports sexuels''. ''Un kilo en échange du sexe'', disent-ils.
Une fille vivant dans un camp de réfugiés au Liberia pourrait recevoir l'équivalent de 10 cents sur le dollar en échange du sexe. Avec les pièces de monnaie, elle peut tout juste s'acheter deux fruits ou une poignée de cacahuètes.
L'enquête du HCR et de l'organisation ''Save the Children'' fait partie d'un ''plan d'action urgent et coordonné visant à renforcer la protection des femmes et des enfants en général''.
Parmi les mesures proposées, figurent un renforcement de la sécurité, une augmentation de la présence internationale à l'intérieur des camps de réfugiés ainsi que l'accroissement du nombre de femmes travailleuses humanitaires.
Le plan envisage également la création d'un mécanisme qui permettrait aux réfugiés d'exprimer des plaintes ou de faire des dénonciations, et de s'assurer que les camps sont conçus de manière à garantir la sécurité et l'intimité aux résidents.
La distribution de l'aide et des services doit être améliorée afin d'empêcher la fréquence de l'exploitation des mineurs et des femmes, selon le rapport.
****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************