famafrique

famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦


BURKINA FASO : 150 ONG
dénoncent les accords de Bangui
qui compromettent
l'accès aux génériques anti-SIDA

Par Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 1 mars (IPS) - Cent cinquante organisations de la société civile du Burkin Faso mettent en garde le gouvernement contre la mise en œuvre des accords révisés de Bangui de l'Organisation africaine pour la propriété intellectuelle (OAPI) qui compromettent l'accès des malades du SIDA aux médicaments génériques moins coûteux.

Les accords de Bangui, qui devraient entrer en vigueur le 28 février 2002, prévoient le doublement de la durée des brevets de 10 ans actuellement à 20 ans. Seize pays francophones sont membres de l'OAPI dont les accords ont été signés en 1997, puis révisés en 1999.

Selon le Dr Henry Compaoré de l'association Social Alert, les associations se mobilisent pour demander au gouvernement de ''refuser'' d'accepter la mise en œuvre et d'exiger le report des accords de l'OAPI lors de la prochaine réunion du Conseil d'administration de l'organisation. Le Burkina est membre du conseil qui doit se réunir dans deux mois pour décider la mise en œuvre effective des accords.

''Nos Etats ont souvent ratifié des accords sans nous consulter (la société civile)'', regrette-t-il.

Selon les organisations non gouvernementales (ONG), Ces accords ''révisés protègent davantage les titulaires de brevets et limitent explicitement la production et l'importation des médicaments génériques'' par les pays membres de l'OAPI. Ce qui empêcherait les pays africains de profiter des recommandations de la réunion ministérielle de l'Organisation mondiale du commerce (OMC) à Doha, au Qatar, en novembre dernier.

''Les acquis de Doha risquent d'être mis purement et simplement à néant pour les 16 pays concernés par l'accord de Bangui'', s'insurge Cathérine Gavin de Médecins sans frontières (MSF).

Selon Gavin, les accords de Bangui révisés empêchent les importations parallèles depuis des pays tiers et excluent par ailleurs la possibilité d'importer des génériques de l'Inde et du Brésil, les deux principaux producteurs de génériques des anti-rétroviraux (ARV).

''Le Burkina, comme plusieurs pays africains, s'interdit, en ratifiant ces accords, de recourir à l'importation de génériques, notamment au niveau des ARV pour lutter contre le SIDA car ces génériques sont fabriqués actuellement hors de la zone OAPI'', précise Rosine Jourdain, chef de mission de MSF au Burkina.

Selon Jourdain, ''Ces accords sont un recul par rapport au mouvement international qui se crée autour de cette problématique de santé publique. Les enjeux de santé publique ne doivent pas être mis sur le même niveau que les enjeux commerciaux. On ne doit pas mettre en balance les bénéfices des grandes industries pharmaceutiques et la vie des gens''.

''Pour un pays comme le Burkina, dès que l'accord de Bangui entrera en vigueur, cela signifiera renoncer à soigner des milliers de malades du SIDA'', souligne le Dr Compaoré de l'ONG Social Alert.

''Les produits disponibles, déjà hors de portée des populations, seront encore plus inaccessibles parce que plus chers par le simple fait que parmi les Etats membres de l'OAPI, aucun ne dispose d'une industrie capable de produire des ARV rapidement'', déplore Compaoré.

Le taux de prévalence du VIH/SIDA au Burkina, le deuxième pays le plus touché en Afrique de l'ouest par la pandémie, est de 7,17 pour cent, selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS).

Selon MSF, seuls 300 malades du SIDA au Burkina sur près de 800.000 bénéficient des ARV dont les prix varient entre 80.000 et 90.000 francs CFA par mois (entre 114 et 128,5 dollars US) grâce aux accords conclus en mai 2001 entre le gouvernement burkinabè et trois firmes pharmaceutiques qui ont consenti une baisse de 96 pour cent des prix de leurs médicaments anti-SIDA.

Pourtant, explique le chef de mission de MSF, une importation parallèle de médicaments génériques permettrait de réduire le coût mensuel du traitement à 23.000 FCFA au maximum (32,8 dollars US).

Les 150 ONG, qui ont entamé une campagne de mobilisation à travers le pays, ont initié une collecte de signatures pour une pétition qui sera remise au chef de l'Etat burkinabè, Blaise Compaoré, ont-elles indiqué.

Le président Compaoré préside, depuis quelques mois, le Conseil national de lutte contre le SIDA, en raison de l'ampleur prise par la pandémie au Burkina.

''Par la présente pétition, nous vous demandons impérativement, au nom des milliers de malades burkinabè du VIH/SIDA, au nom des engagements sans cesse renouvelés du gouvernement d'offrir des soins aux malades du SIDA, au nom de la déclaration finale de la 12è Conférence internationale contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA)'', ont lancé les ONG dans une déclaration qui invite le président Compaoré à ''prendre les mesures nécessaires pour geler le processus de mise en œuvre des accords révisés de Bangui''.

Le Burkina a abrité, du 9 au 13 décembre dernier, la 12è CISMA sur le thème ''Les communautés s'engagent''.

Les pays membres de l'OAPI sont le Bénin, Burkina Faso, le Cameroun, la Centrafrique, le Congo, la Côte d'Ivoire, le Gabon, la Guinée, la Guinée Bissau, la Guinée Equatoriale, le Mali, la Mauritanie, le Niger, le Sénégal, le Tchad et le Togo.

****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************


famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦ ¦ Retour haut de page