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MALI : Le BIT et des ONG mènent une campagne dénommée ''Carton rouge au travail des enfants'' |
Par Almahady CisséBAMAKO, 19 fév (IPS) - Le Bureau international du travail (BIT), en liaison avec la Coordination des associations et organisations non gouvernementales (ONG) féminines (CAFO) du Mali, a mené une campagne dénommée ''Carton rouge au travail des enfants'' en marge de la récente Coupe d'Afrique des nations de football organisée dans ce pays d'Afrique de l'ouest.
Selon le BIT, le travail des enfants touche 250 millions d'enfants dans le monde dont 80 millions en Afrique.
Au Mali, le phénomène touche 26.000 enfants dont 60 pour cent de petites filles. Ils sont l'objet d'exploitation dans le pays même. En outre, 34.000 enfants maliens travaillent dans des plantations ivoiriennes, selon une étude réalisée en 2001 par la Direction nationale de la promotion de la femme et de l'enfant avec le Fonds des Nations unies pour l'enfance (UNICEF).
Menée pendant le déroulement de la 23è Coupe d'Afrique des nations de football (CAN 2002), organisée du 19 janvier au 10 février, cette campagne visait essentiellement à sensibiliser le public sur les conséquences du travail des enfants. La campagne a fait diffuser des spots publicitaires à travers les télévisions, avec la participation d'importantes personnalités du monde des sports, de la musique et des religions.
Le travail et l'exploitation des enfants sont des pratiques courantes dans les milieux traditionnels africains. Beaucoup de facteurs sont à l'origine de ce phénomène.
Pour Ibrahim Almeïmoune, psychopédagogue, chargé de formation à l'ONG ''IR-FABA'' qui s'occupe de la réinsertion des filles migrantes, en milieu rural au Mali, le travail est considéré comme faisant partie de l'éducation. ''Les facteurs favorisant le travail des enfants sont l'échec de l'éducation familiale et la pauvreté''.
Le seuil de pauvreté au Mali est estimé, selon le dernier rapport national sur le Développement humain durable publié en 2001, à 103.130 francs CFA (environ 147 dollars US). Selon le rapport, sur une population de près de 10 millions, une proportion de 90 pour cent, implantée en majorité en milieu rural, vit en dessous de ce seuil.
C'est pourquoi les enfants issus de ces milieux quittent leurs familles pour aller travailler dans de grandes agglomérations. En fonction du sexe, ils sont versés dans la production. Le plus souvent, sans garantie et avec tous les risques.
Pour le représentant du BIT au Mali, Moulaye Hassane TALL, dans tous les pays du monde, les enfants travaillent.
A l'ouverture de la campagne, le 26 janvier, Tall a déclaré que cette action se basait sur un travail déjà effectué. Il y a eu d'abord, selon lui, un ''Carton jaune'' qui a consisté en l'élaboration et à l'adoption de la Convention N°182 sur les ''pires formes de travail des enfants''.
Cette convention a été adoptée à Genève par l'Organisation internationale du travail (OIT), le 17 juin 1999. Elle demande que des mesures immédiates et efficaces soient prises pour assurer l'interdiction et l'élimination de toutes les pires formes de travail des enfants.
D'après une énumération faite par le coordinateur régional en Afrique du BIT, Gabriel Djankou, ces pires formes sont, entre autres, des pratiques comme l'esclavage, le travail forcé, la traite, la servitude pour dettes et le servage des enfants, l'utilisation des enfants à des fins pornographiques, etc.
La campagne ''Carton rouge'' a notamment mis l'accent sur le phénomène des petites filles domestiques.
Agées d'à peine huit à quinze ans et communément appelées ''bonnes'' ou ''52'' dans le jargon populaire au Mali, ces aides-ménagères sont des bonnes à tout faire, avec le plus souvent des ''salaires'' dérisoires oscillant entre 3.500 et 6.500 FCFA (entre 5 et 9 dollars US environ).
Au cours d'une conférence-débat tenue dans le cadre de la campagne, le 8 février, le directeur national adjoint de l'emploi et du travail du Mali, Idrissa Koita a, fait un plaidoyer en faveur de ces petites filles.
Et pour mieux illustrer sa communication, il a fait venir une ancienne rescapée, Halima Togô. Elle était employée chez une dame. Après trois ans de services et au moment où Halima voulait retourner chez elle, sa patronne a refusé de la payer et l'a accusée de vol.
L'affaire a été portée devant la police. L'officier de police, chargé de l'enquête, avait mis la fille en contact avec Koita, à l'époque inspecteur de travail. Celui-ci a réussi à faire payer la fille. Cette expérience a poussé les responsables du BIT à inviter les deux à la conférence pour témoigner.
Deux questions ont été posées à cette fille au cours de la conférence : A quelle heure te couchais-tu? Elle a répondu : je ne sais pas. Ensuite, à quelle heure te réveillais-tu? Cette fois-ci, elle a répondu : à cinq heures du matin. Un témoignage qui a ému toute l'assistance.
C'est fort de tous ces constats que Koita insiste pour qu'on applique la législation en vigueur, en ne faisant travailler, comme aide-ménagère, que les filles qui ont au moins 15 ans et en leur payant le Salaire minimum interprofessionnel garanti (SMIG) malien qui est de 20.965 FCFA (environ 30 dollars US).
Pour la représentante de l'association ''Femme, islam et développement'', Mariam Sangaré Kansaye, ''l'essentiel ne consiste pas à faire augmenter le salaire de ces petites filles, mais plutôt à respecter les engagements ou à défaut, à sanctionner les employeurs qui ne les respectent pas''.
Conscientes des conséquences néfastes des mauvaises pratiques sur le développement psychomoteur de l'enfant, les ONG des femmes du Mali se sont engagées, à travers leur coordination - la CAFO - à lutter contre toutes les formes d'exploitation des enfants.
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