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MALI : Les enfants en détention sont alphabétisés pour leur réinsertion |
Par Almahady CisséBAMAKO, 14 fév (IPS) - Les autorités maliennes ont mis en place, depuis deux ans, un programme de protection spéciale pour la sauvegarde des droits des enfants en détention et pour leur réinsertion.
Ce programme vise essentiellement à promouvoir un environnement juridique et social favorable à la jouissance, par les enfants emprisonnés, des droits à travers l'alphabétisation, l'appui aux centres d'écoute et d'orientation.
Au Mali, il existe seulement deux centres spécialisés de détention, de rééducation et de réinsertion pour mineurs. L'un se trouve à Bollé, à Bamako, et l'autre dans la prison centrale de Ségou, ville située à 260 kilomètres à l'est de la capitale (Bamako).
Le centre spécialisé de détention de Bollé traduit la volonté des autorités d'humaniser les milieux carcéraux, de protéger et de sauvegarder les droits des personnes les plus vulnérables de ces centres, notamment les femmes et les enfants, selon la ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de l'Enfant, Afoussatou Diarra Thierro.
La principale activité que constitue la rééducation s'effectue à travers le support de l'alphabétisation. Elle concerne cette année 50 enfants dont 18 filles. Les enfants sont répartis en deux groupes de 25, à raison de quatre séances d'alphabétisation par semaine de deux heures chacune.
Ces séances d'alphabétisation sont perçues comme des moments de détente et d'évasion. Trois modules étaient dispensés l'après-midi du jour de la visite du correspondant de IPS : la grammaire, le calcul et un autre portant sur l'hygiène.
Pour la directrice du centre, Assétou Diarra, le principal problème des enfants résulte d'un dysfonctionnement au niveau de la justice, car selon elle, 95 pour cent des enfants sont des prévenus. ''L'alphabétisation leur profite car la majorité de ces enfants ne sont jamais allés à l'école... Et grâce à ce support, ils assimilent facilement les activités de formation et de réinsertion''.
La réaction des auditrices était émouvante. L'une d'entre elles, Djénéba Diallo, 16 ans, arrêtée pour infanticide a déclaré : ''Il n'y a pas meilleure formation que l'alphabétisation. Aujourd'hui, je sais lire et écrire''.
Djénéba fait partie des filles mineures qui, suite à une grossesse non désirée, se sont débarrassé de leur bébé pour échapper à la honte ou à l'humiliation dans la société.
Le sentiment de Djénéba est presque partagé par tous les enfants. Cependant, un constat frappe l'attention : les filles sont plus actives et participent mieux que les garçons.
Selon l'instituteur Drissa Coulibaly qui est un psychologue de formation, les filles participent mieux parce qu'elles suivent avec beaucoup plus d'attention que les garçons qui sont souvent des bagarreurs et peu sérieux de nature.
Le Centre spécialisé de détention de Bollé est né des cendres du Centre d'observation et de rééducation fondé en 1948, avec l'emprisonnement de 20 enfants de moins de 14 ans à Bougouni, à 170 km au sud de Bamako, sous le régime colonial.
Accusés de sorcellerie, ces enfants étaient détenus en compagnie des prisonniers adultes, avant d'être transférés, plus tard, dans un Centre d'internement et de rééducation, créé en 1953 à Sotuba, à 75 km au sud-ouest de la capitale. En 1960, ce centre a été transféré à Bollé (Bamako) avant d'être rénové et inauguré en décembre 1998, pour sa nouvelle fonction de rééducation et de réinsertion.
Dans le centre spécialisé de détention de Ségou, le programme d'alphabétisation ne concerne, cette année, que 25 mineurs dont quatre filles. Leur moyenne d'âge se situe entre 15 et 16 ans.
Comme au centre de Bollé, ils sont tous détenus pour vol, viol, infanticide, escroquerie, vagabondage, coups et blessures volontaires souvent mortels.
Des organisations non gouvernementales (ONG) et des services sociaux spécialisés s'activent pour alléger les procédures judiciaires afin d'obtenir la libération des enfants.
Ce sont ces actions qui ont permis, l'année dernière à Ségou, la libération de 10 élèves dont six lycéens bacheliers. Ces mises en liberté ne bénéficient pas souvent d'un suivi. Et c'est à ce niveau que les ONG mènent un combat consistant à assurer le suivi et la réinsertion de ces mineurs après leur sortie de prison.
Le chargé du volet éducation non formelle de l'ONG Enda Tiers Monde (bailleur du volet alphabétisation), Zantigui Kouaré, a évoqué une nouvelle approche dans ce sens. Elle consiste à améliorer le contenu des programmes, tout en gardant des repères pour renforcer le suivi.
La Fondation pour l'enfance de l'ancien président malien Amadou Toumany Touré s'intéresse surtout au suivi post-carcéral dans des Centres d'écoute et d'orientation.
Depuis un certain temps, des actions de plaidoyer sont menées par les femmes et les enfants. Ainsi, la secrétaire exécutive de la Coordination des associations féminines du Mali (CAFO), Oumou Traoré Touré, a, au nom de toutes ''les mamans'', demandé, dans un manifeste, d'humaniser les centres de détention et de mettre l'enfant dans le cadre qui lui est dévolu : éducation, jeux et épanouissement.
L'action la plus spectaculaire est venue des enfants eux-mêmes. En novembre dernier, le Parlement des enfants du Mali, sous la houlette de leur présidente, Adam Maïga, a organisé une collecte de matériels, de trousseaux et de vêtements dans les écoles pour aider et soutenir leurs camarades ''privés de liberté''.
Longtemps ignorée ou passée sous silence, la problématique de la détention des mineurs se pose de plus en plus avec acuité. A l'origine de ce fléau, figurent l'effritement du cadre social et affectif, la pauvreté, et la délinquance.
La pauvreté fait qu'au Mali, comme dans la plupart des pays africains, les enfants issus des milieux défavorisés quittent leurs familles, dès leur tendre enfance, pour aller travailler dans les grandes villes.
En ville, l'éducation et l'apprentissage cèdent la place à l'exploitation et au banditisme. Les enfants affrontent une vie nouvelle à laquelle ils ne sont ni préparés, ni prédestinés. Résultat : ils commettent des vols, viols, infanticides, coups et blessures, etc. Délits qui les conduisent en prison.
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