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SIERRA LEONE : L'ONU crée un tribunal pénal international |
Par Lansana FofanaFREETOWN, 22 jan (IPS) - Après des années de spéculation, les Nations unies ont finalement signé une loi à Freetown créant un tribunal pénal international pour ''juger les personnes portant la plus grande responsabilité'' des crimes horribles commis au cours des dix ans de guerre civile en Sierra Leone.
Ralph Zacklin, sous-secrétaire général des Nations unies pour les Affaires juridiques, a signé, la semaine dernière pour l'ONU, à la présidence à Freetown, tandis que le procureur général et ministre de la Justice, Solomon Berewa, a signé au nom du gouvernement de Sierra Leone.
Zacklin a indiqué à IPS jeudi dernier que ''les leaders politiques et militaires, responsables des crimes de guerre depuis novembre 1996, seraient traduits en justice''.
Cette information voudrait dire que le leader du RUF détenu, Foday Sankoh et les membres haut placés de son groupe, certains commandants de la défense civile armée pro-gouvernementale ainsi que les ''Westside Boys'', un groupe rebelle qui a été purgé dans une opération armée conduite par les forces britanniques il y a deux ans, comparaîtraient devant le tribunal.
Le Tribunal pénal international (TPI) pour la Sierra Leone est certainement unique comparativement au tribunal d'Arusha pour les suspects du génocide rwandais, par exemple. Le TPI aurait, en première instance, trois juges, un Sierra Leonais et les deux juges internationaux nommés par le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan.
Le procureur serait aussi un non-Sierra Leonais tandis que parmi les cinq juges de la Chambre d'appel, il y aurait trois juges internationaux nommés par Annan.
Une autre distinction dans la caractéristique particulière du tribunal est qu'il serait établi à Freetown, la capitale de la Sierra Leone, où les crimes ont été commis, et la visite de deux semaines de Zacklin vise à évaluer l'infrastructure disponible et à mettre en place le cadre juridique.
Toutefois, même avec cette caractéristique du tribunal, le principal groupe rebelle, le Front révolutionnaire uni (RUF), a encore des appréhensions, soutenant qu'ils constituent la cible du tribunal.
''Nous préférons un tribunal neutre et indépendant parce que des atrocités flagrantes ont été commises de la part du gouvernement aussi'', fait remarquer Gibril Massaquoi, porte-parole des rebelles.
Massaquoi a indiqué à IPS que son mouvement préférait la mise sur pied d'une Commission vérité et réconciliation dans le style de l'Afrique du Sud, mais Zacklin a déclaré que ceux qui ont commis des crimes odieux contre leur peuple ne pouvaient pas rester impunis.
Avec le processus de paix ne tenant toujours qu'à un fil, beaucoup de Sierra Leonais doutent de l'opportunité du TPI en se fondant sur le fait que les institutions de l'Etat sont encore fragiles et que ce tribunal pourrait simplement servir à susciter des conflits.
''Comment pouvons-nous parler de réconciliation nationale et en même temps poursuivre des gens en justice? Je pense que nous devrions nous embrasser les uns les autres afin que le pays aille de l'avant'', estime Joseph Sesay, un fonctionnaire à Freetown.
Musu Mansaray, une ménagère de 40 ans dont le mari et l'unique enfant ont été assassinés par les rebelles, déclare : ''J'ai pardonné aux rebelles pour ce qu'ils ont fait à ma famille. Actuellement, j'essaie seulement de m'occuper à recoller les morceaux de ma vie brisée''.
Une organisation non gouvernementale, Forum pour les initiatives démocratiques (FORDI), est allée un peu plus loin en remettant même en question la nécessité du tribunal.
''Notre position émane d'une question d'utilité'', indique le directeur du FORDI, Charlie Hughes. ''Nous ne croyons pas que le tribunal spécial sera la réponse à la culture de l'impunité en Sierra Leone. Ce que nous voulons, c'est une justice reconstituante, c'est-à-dire utiliser les ressources destinées au tribunal pour aider les victimes à sortir des difficultés''.
Les Nations unies dépenseraient environ 15 millions de dollars US sur le tribunal et les préparatifs sont déjà en cours pour le mettre en marche. Mais, interroge Hughes : ''Ne sommes-nous pas en train de chercher davantage de domaines de conflits avec un tel tribunal? Les institutions judiciaires nationales devraient plutôt être renforcées'', ajoute-t-il.
La guerre civile a commencé en mars 1991 en Sierra Leone lorsque des rebelles, soutenus par le Liberia, ont attaqué ce pays appauvri, provoquant la mort de plus de 200.000 personnes et déplaçant un quart de la population des 4,5 millions d'habitants.
En mai 1999, un accord a été signé à Lomé, au Togo, entre le gouvernement et les forces rebelles, ce qui a constitué la première étape d'un règlement pacifique du conflit sanglant.
Pendant la crise, des milliers de civils ont été mutilés et plusieurs villes incendiées, y compris un tiers de la capitale Freetown. Il y a de l'espoir à présent que la paix est enfin en vue puisque les 46.000 combattants du pays ont été désarmés et démobilisés.
Mais la peur persiste qu'une quelconque ouverture des vieilles blessures replonge le pays dans le chaos et l'instabilité.
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