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GUINEE : Une ONG sonne l'alerte pour lutter contre la pédophilie |
Par Saliou SambCONAKRY, 17 jan (IPS) - La Cellule de coordination sur les pratiques traditionnelles affectant la santé des femmes et des enfants (CPTAFE) a décidé de se lancer dans la lutte contre la pédophilie qui prend des proportions inquiétantes en Guinée, selon les responsables de cette organisation non gouvernementale (ONG).
''Il y a un fait qui choque par ces temps qui courent : voir à certains carrefours de Conakry tous ces enfants qui font le trottoir, la nuit, à la recherche de clients. Ces faits de pédophilie sont graves et inadmissibles, surtout dans une société musulmane'', a déclaré à IPS Hadja Djelo Barry, présidente de la CPTAFE, une ONG basée à Conakry, la capitale.
La présidente de cette ONG, connue en particulier pour sa lutte menée contre l'excision, s'exprime ainsi à un moment où Conakry et la plupart des grandes villes de l'intérieur sont en proie à une prostitution infantile galopante.
Les responsables de la CPTAFE ont également annoncé à la télévision d'Etat, le 7 janvier, qu'ils allaient engager bientôt un programme de lutte contre le fléau. Barry a identifié les mêmes sites que IPS, dans la capitale, notamment Coleah, Ratoma, le Port autonome de Conakry, où se pratique la pédophilie.
Dans ces quartiers situés au centre et en banlieue de la capitale, à Ratoma ou à Coleah, une fois la nuit tombée, on remarque une nuée de jeunes, filles et garçons, abordant des clients adultes qui les embarquent le plus souvent à bord de leurs véhicules, loin des regards indiscrets.
Simon Togba, serveur dans un bar, raconte à IPS : ''Un jour, j'ai connu une fillette au Port autonome de Conakry. C'était une vendeuse d'oranges et elle était vraiment très jeune. A mon avis, elle devait avoir entre 11 et 12 ans. Je lui ai dit, en la chahutant, que je la prenais pour ma femme. La nuit, quelle ne fut ma surprise quand elle s'est présentée au dépôt qui nous servait de base pour nos affaires''.
''Nous avons eu des relations intimes sans problèmes et c'est à peine si je pouvais croire qu'une gamine pareille pouvait être aussi épanouie. Je lui ai donné 500 francs guinéens (moins d'un quart de dollar)'', a ajouté Togba.
Cette histoire peut paraître banale, mais elle est malheureusement le reflet de la situation de plusieurs centaines d'enfants en Guinée. Les conditions de vie à Conakry favorisent la promiscuité, et donc le contact entre les enfants et les adultes.
''Pour lutter contre le fléau, la CPTAFE a décidé de mener à bien, très prochainement, un programme comme nous l'avons fait pour l'excision. A ce propos d'ailleurs, nous sommes très contents de constater que des centaines de femmes, qui avaient fait de cette activité leur principale source de revenus, ont accepté de jeter leurs couteaux d'exciseuses pour se reconvertir vers d'autres activités avec notre aide'', explique le Dr Morissanda Kouyaté, secrétaire général de l'ONG.
''La pauvreté explique bien des choses dans cette histoire de pédophilie.. Il y a des parents qui encouragent leurs enfants à se prostituer. C'est très grave dans la mesure où non seulement on détruit la vie d'un enfant, mais aussi on l'expose à des maladies sexuellement transmissibles comme le SIDA'', ajoute Kouyaté.
Par rapport au VIH/SIDA, le Programme national de lutte contre le SIDA a officiellement avancé le chiffre de 9.000 séropositifs en Guinée, au dernier semestre de l'année écoulée, mais selon un statisticien qui a requis l'anonymat, ''ce chiffre est bien en deçà de la réalité''.
Pour justifier sa prostitution, une jeune fille de 13 ans, Aissatou Diallo, couturière à certaines heures le jour, affirme qu'elle n'a pas le choix. ''Personne ne m'aide, je suis obligée de faire ce métier pour subvenir à mes besoins et à ceux de ma famille. Mon père est décédé et ma mère est malade''.
Face à cette situation alarmante, l'Etat semble bien occupé à d'autres priorités. ''Le drame est que les statistiques sont souvent mal tenues ou pas du tout comme c'est le cas de la pédophilie ou de la prostitution qui est tolérée mais pas légalisée en Guinée'', déplore la présidente de CPTAFE.
Selon la juriste Maciré Sylla, ''La pédophilie est un crime, il faut donc le punir. Par ailleurs, si on veut mener une action efficace, il faut stopper tous ces mariages précoces scellés sous le prétexte fallacieux de la tradition''. La CPTAFE a fustigé les parents guinéens ''qui encouragent leurs enfants à se prostituer''.
A l'intérieur du pays, dans les régions du sud et de l'ouest, la guerre aux frontières a dopé le phénomène. Les jeunes filles libériennes et sierra-léonaises, désoeuvrées se livrent à la prostitution. Ce sont souvent des enfants qui ont perdu leurs parents dans la guerre. ''Dans leur élan'', accusent les autorités guinéennes, ''elles ont entraîné nos compatriotes''.
Mais Aboubacar Diallo, un journaliste bien connu dans le milieu, réplique : ''C'est un faux problème que d'accuser les autres. La prostitution et la pédophilie existaient ici bien avant les conflits au Liberia et en Sierra Leone''.
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