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Le Forum social africain met en garde la société civile contre le piège des institutions financières

Par Brahima Ouédraogo

BAMAKO, 8 jan (IPS) - Le Forum social africain (FSA) met en garde les organisations de la société civile africaine contre le risque d'être ''piégées et instrumentalisées'' par les institutions financières internationales qui ''essaient de les utiliser pour mieux légitimer leurs projets''.

Réunis depuis le 4 janvier à Bamako, la capitale du Mali, les participants à la première rencontre du FSA, qui est un forum d'organisations non gouvernementales (ONG) d'Afrique, insistent sur le risque d'un tel piège au moment où la société civile tente de contrecarrer les politiques anti-sociales de ces institutions financières et les effets néfastes de la mondialisation.

Selon les participants, cette ''instrumentalisation'' de la société civile se manifeste à travers la main-mise de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI) sur les projets à long terme dont les discussions de finalisation se déroulent souvent sans la participation réelle des citoyens.

''Il y a aujourd'hui un grand risque de manipulation et d'instrumentalisation car certaines organisations non gouvernementales ont accepté d'intégrer ces cadres fragmentés et rentrent dans le dessein de la Banque mondiale qui empêche tout contrôle citoyen sur ses politiques'', explique Taoufic Ben Abdallah, de l'ONG Enda Tiers-monde.

''Nous, en tant qu'organisations de la société civile, devons éviter de participer la tête baissée à la gestion de certains projets par souci uniquement de s'impliquer dans les projets car ce serait accepter davantage la dépendance de nos sociétés'', avertit Abdallah.

La mise en garde des participants sur le risque d'instrumentalisation des organisations de la société civile africaine vient du constat que de plus en plus, les institutions financières internationales posent désormais comme condition d'accès à l'aide, la participation de la société civile à la gestion des projets dits sociaux alors que les points de vue de cette dernière sont ignorés dans la mise en place et la gestion de ces projets.

Ce nouveau partenariat entre ces institutions financières et certaines ONG se fait au détriment des Etats déjà affaiblis par ces mêmes institutions, dénonce le Forum social africain.

Quelque 200 représentants des ONG, d'organisations paysannes, de jeunesse et de syndicats prennent part à ce premier Forum social africain qui vise à préparer la participation de l'Afrique au Forum social mondial (FSM) de Porto Alegre, au Brésil, prévu à la fin de janvier.

Les participants vont tenter de définir des alternatives face à une mondialisation, qui selon eux, marginalise et appauvrit davantage le continent africain.

''Tout se passe comme si la prise en charge des besoins sociaux par la Banque mondiale emprisonne davantage nos sociétés car le social, comme partie intégrante de l'économie, n'existe pas'', s'insurge Abdallah.

''Nous aurions souhaité que la participation de la société civile aux différentes négociations ainsi qu'à la gestion des projets vienne comme une simple volonté exprimée et non comme une conditionnalité des institutions internationales'', souligne Rebecca Muna de la Coalition tanzanienne sur la dette et le développement.

Selon elle, ''Ils cherchent une certaine légitimation de leurs politiques par ceux-là mêmes qui protestent contre leurs pratiques et leurs politiques économiques en essayant d'amadouer la société civile avec des projets''.

Ces dernières années, devant l'échec de leurs politiques économiques, la Banque mondiale et le FMI ont mis en place des programmes de réduction de la pauvreté dans lesquels plusieurs organisations de la société civile sont impliquées.

''Certains se disent que c'est une opportunité pour avoir des financements ou pour participer à la gestion des fonds'', explique Demba Moussa Dembélé, économiste sénégalais, du Conseil des organisations d'appui au développement (CONGAD).

''En fait, nous nous sommes rendu compte que c'est pour avaliser des programmes que nous avons toujours combattus depuis 20 ans et qui ont conduit à la pauvreté en Afrique''. Dembélé cite l'exemple du Sénégal qui est devenu un pays moins avancé (PMA) en 2001 après 20 ans de politique d'ajustement structurel.

Selon des études, ils sont 300 millions d'Africains à vivre aujourd'hui avec moins d'un dollar par jour et depuis 1987, il y a 80 millions de pauvres supplémentaires en Afrique malgré l'introduction des réformes économiques et de politiques d'ajustement structurel depuis des décennies.

Or au cours de la même période, l'Afrique a transféré vers les pays développés 148 milliards de dollars, soit 37,5 millions par jour.

Selon la Conférence des Nations unies sur le commerce et le développement (CNUCED), pendant ces 20 dernières années, plus de 1,6 dollar est sorti du continent pour un dollar injecté par les institutions financières.

Pour l'économiste Yash Tandom de la Commission de négociations et d'initiatives d'Afrique australe et orientale, il faudra former d'urgence des experts au sein de la société civile africaine dans les domaines spécifiques des questions internationales pour mieux contrer les arguments des institutions financières et éviter que les ONG tombent dans le piège en raison du langage ésotérique utilisé par les fonctionnaires des institutions financières.

''C'est parce que nous comprenons de plus en plus le plus petit détail de certaines questions que nous avons pu refuser certains dictats lors des réunions de l'Organisation mondiale du commerce (OMC), par exemple'', se réjouit Tandom.

La rencontre de Bamako s'achève mercredi.

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