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CAMEROUN : Les femmes ont un nouveau médicament pour éviter les avortements dangereux


Par Marie-Noëlle Guichi

YAOUNDE, 3 jan (IPS) - Les femmes camerounaises peuvent désormais se procurer ''la pilule du lendemain'', un moyen contraceptif, sans ordonnance médicale, qui permet d'éviter le début d'une grossesse non désirée après un acte sexuel fécondant, non ou mal protégé.

Si les pouvoirs publics espèrent que ce produit pourrait diminuer significativement le recours à l'interruption volontaire de grossesse (IVG), de nombreux parents et autres promoteurs des droits de l'Homme redoutent que sa mise en circulation libre encourage la débauche.

Une étude menée en 1999 sur 485 sujets au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Yaoundé indique que près de 9 pour cent des femmes ont recours immédiatement à la nivaquine à forte dose, après un rapport sexuel supposé fécondant, pour éviter d'être enceinte et 20 pour cent prennent la pilule à forte dose pour les mêmes besoins.

Selon la même étude, 15 pour cent des femmes consomment une mixture non recommandable : du whisky au miel, de l'eau salée, du bleu à linge, des écorces d'arbres, des herbes et autres potions utilisées par voie orale ou vaginale, tandis que 40 pour cent préfèrent attendre et avoir recours, par la suite, à l'avortement clandestin ou dans les services spécialisés.

Autant de pratiques qui laissent de graves séquelles chez les femmes qui s'y aventurent. Lydienne Noumbissi, sage-femme, responsable d'une clinique à Yaoundé, parle des risques de stérilité, d'infections graves, voire de décès.

C'est pour éviter tous ces désagréments que le ministère de la Santé publique a autorisé, depuis un an, l'entrée au Cameroun de Norlevo ou ''la pilule du lendemain'', un contraceptif d'urgence. Il a été présenté au public de Yaoundé, la capitale, le 19 décembre.

Selon le Dr Francis Mboudou, gynéco-obstétricien en service à l'hôpital général de Yaoundé, Norlevo permet, dans 97 pour cent de cas, d'éviter le début d'une grossesse non désirée, s'il est pris rapidement après l'acte sexuel à risque. Le premier comprimé de 750 micro-grammes doit être administré au plus tard dans les 72 heures qui suivent ledit rapport et le second comprimé 12 à 24 heures après.

''Si l'on attend plus de trois jours après l'acte sexuel supposé fécondant pour administrer la première dose de Norlevo, son efficacité est nulle'', souligne le Dr Doh Anderson, médecin au CHU. Selon lui, ''la pilule du lendemain'' n'est pas un abortif, c'est-à-dire qu'il ne permet pas d'avorter. Autrement dit, il n'agit pas après la rencontre de l'ovule avec le spermatozoïde.

Cette importante précision est pourtant loin de rassurer certains parents qui pensent que, même si Norlevo ne permet pas d'avorter, sa vente libre pourrait encourager les jeunes filles à se lancer dans une activité sexuelle débordante. ''Celles qui s'abstenaient, ne serait-ce que pendant la période de fécondité, n'auront plus rien à craindre puisque la pilule du lendemain est désormais mise à leur disposition dans la première pharmacie du coin'', relève avec amertume Désiré Kamdoum, père de famille.

Adéline Mékué, ménagère, est du même avis : ''En visant la réduction des avortements volontaires, les autorités courent le risque d'exposer les enfants au vagabondage sexuel''.

Joséphine Madiesse, promotrice de AFISA, une ONG de défense des droits de la femme et de l'enfant, craint, pour sa part, un détournement de l'usage de cette pilule, qui conduirait à son utilisation comme seul et unique moyen contraceptif.

''Je n'utilise pas les préservatifs parce qu'ils diminuent le plaisir. Par conséquent, je suis souvent exposée aux risques de grossesse lorsque je ne parviens pas à m'abstenir pendant la période de fécondité'', indique Berthe Ayissi Edzoa, étudiante en sociologie à l'université de Yaoundé I, qui précise ''avoir eu à utiliser Norlevo deux fois déjà après un acte sexuel dangereux''.

''J'avais peur d'être enceinte. La première fois, j'avais eu un rapport sexuel le 13è jour du cycle. Je suis allée en pharmacie et une dame m'a conseillé Norlevo que je ne connaissais pas auparavant. La deuxième fois, c'était le 16è jour. J'ai encore pris Norlevo et tout s'est bien passé'', raconte Edzoa.

Mais pour Saad Harti, chef du produit Norlevo au laboratoire HRA Pharma qui commercialise la pilule en Europe, ''le coût onéreux de ce produit est un facteur suffisamment dissuasif pour celles qui auraient l'intention de l'utiliser de façon régulière''. Il estime qu'elles pourraient ne pas en avoir les moyens, car la boîte de deux comprimés de Norlevo est vendue au Cameroun à 3.315 francs CFA. (Un dollar US équivaut à 700 FCFA environ).

Harti déclare cependant que pour encourager les femmes démunies à y accéder sans difficulté, 20.000 boîtes de Norlevo seront mises à la disposition des ONG oeuvrant dans le domaine de la santé au Cameroun, d'ici le mois de mars 2002. Elles pourraient les distribuer à faible coût aux femmes nécessiteuses.

Etienne Kenfack, de Distrimed, distributeur de Norlevo au Cameroun, rappelle que cette pilule ne doit être utilisée qu'en cas d'extrême urgence : rupture du préservatif masculin ou féminin pendant le rapport sexuel, oubli de deux ou plusieurs pilules pour les femmes qui sont déjà sous contraceptif, erreur de calcul sur la date de l'ovulation - et, plus grave, en cas de viol.

Après une prescription de Norlevo, dit-il, il est impératif de prendre des précautions supplémentaires comme l'usage des préservatifs, de spermicide ... jusqu'à l'apparition des règles. ''Ensuite, se diriger dans un centre de planning familial où des professionnels de la santé peuvent donner toutes sortes de conseils sur les méthodes contraceptives classiques'', souligne Kenfack.

Il met également l'accent sur le fait que ''la pilule du lendemain'' ne protège pas contre le SIDA et les autres maladies sexuellement transmissibles. L'usage constant du préservatif, la fidélité à un seul partenaire non infecté ou l'abstinence demeurent donc les seuls moyens efficaces de lutte contre le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles.

Mis au point par le laboratoire français indépendant, Bestin-Iscovesco depuis 1989, Norlevo a déjà été utilisé, selon Harti, par plus de deux millions de femmes en Europe.

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