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TOGO : Des ONG optent pour la sensibilisation face aux violences faites aux femmes |
Par Noël TadégnonLOME, 2 jan (IPS) - Face à la recrudescence des violences faites aux femmes, des organisations non gouvernementales (ONG) oeuvrant pour la promotion des droits de la femme au Togo et le ministère des Affaires sociales veulent intensifier la sensibilisation de la population en attendant des mesures législatives.
Les mutilations génitales féminines (MGF), la polygamie, le lévirat, le mariage forcé, le harcèlement sexuel, l'inceste, le mariage précoce, la pédophilie, le viol conjugal constituent des violences exercées sur les femmes au Togo.
Par exemple, l'excision continue dans plusieurs contrées de ce pays d'Afrique de l'ouest, malgré l'adoption, depuis le 17 novembre 1998, d'une loi contre les mutilations génitales féminines. Cette loi punit ceux qui pratiquent l'excision, ceux qui la favorisent et y participent.
Larba, une fillette de sept ans excisée dans un village de Bafilo situé à 400 kilomètres au nord de Lomé, la capitale togolaise, a dû être transportée d'urgence à l'hôpital suite à des complications survenues à l'issue de l'ablation de son clitoris.
Pour sa part, Assita a été mariée à 15 ans contre son gré à un homme de 45 ans alors qu'elle poursuivait ses études. ''Dix-huit mois après ce mariage forcé, je suis à bout de souffle'', confie-t-elle. ''Mon mari me violente presque tous les jours et menace de me jeter un mauvais sort si je le quitte''.
Au même moment, les filles continuent d'être envoyées en retraite traditionnelle où elles subissent toutes sortes d'abus.
Aguini, une jeune fille de 19 ans, se rappelle, comme hier, son séjour de retraite. ''J'en suis ressortie avec des balafres et plein de scarifications sur le corps, mais comme c'est la tradition, je dois l'accepter'', affirme-t-elle, résignée.
Tous ces actes, qui se multiplient au Togo, ont des conséquences d'ordre physique et psychologique sur les victimes.
Selon Kafui Kouwonou de l'ONG Femme, droit et développement en Afrique (WILDAF), les violences freinent la pleine participation de la femme à tout projet de lutte contre la pauvreté et à la recherche de solutions durables aux différents défis qui se posent à elle et à la communauté.
Ces violences sont définies comme ''tous actes violents dirigés contre le sexe féminin, et causant ou pouvant causer à la femme un préjudice ou des souffrances physiques, sexuelles ou psychologiques, y compris la menace de tels actes''.
''Les violences affectent les victimes qui peuvent garder des incapacités permanentes, ainsi que leur entourage et l'ensemble de la société'', affirme Kouwonou. ''Ces conséquences sont souvent psychologiques, sociales et économiques''.
Sur le plan économique, la réparation des traumatismes provoqués par ces actes ainsi que les soins de santé occasionnent d'importantes dépenses.
Troubles du sommeil, fatigues, alcoolisme, toxicomanie, cauchemars sont les conséquences psychologiques qui découlent de ces violences.
''On peut également avoir des troubles de la sexualité, des perturbations de la personnalité et des relations sociales ainsi que des troubles provoquant l'isolement'', explique Jocelyne Tchotcho, journaliste.
Pour les ONG, la sensibilisation des ménages sur les méfaits des violences conjugales pourrait permettre de freiner les dégâts.
''Il faudra aussi vulgariser les textes juridiques sur les droits de la femme et sanctionner les auteurs de violences'', propose Amenda Télé du Centre de recherche et d'information sur la femme (CRIF).
Pour Sankoutcha Bagnayala, officier de police, les femmes doivent dénoncer ceux qui leur font des violences.
''S'il est vrai que la femme victime de violences doit avoir le courage de parler, de réagir pour s'en sortir, il n'en demeure pas moins qu'on peut l'aider à y parvenir surtout dans les sociétés où des mentalités sont encore tournées vers une suprématie absolue de l'homme dans le couple''.
Les inégalités liées au genre font l'objet d'un programme de sensibilisation initié par la direction générale de la promotion féminine, au ministère togolais des Affaires sociales et de la Promotion de la Femme.
Ce programme de réduction des inégalités liées au genre est axé sur la sensibilisation contre toutes les formes de violences à l'égard des femmes. Les travailleurs sociaux, les ONG, les médias, la société civile, les cadres de l'administration, les chefs traditionnels sont visés, en premier lieu, par ce programme.
Les chefs traditionnels ont réfléchi spécialement sur ''la violence à l'égard des filles et ses conséquences''. Pour la ministre togolaise des Affaires sociales, Ashira Assih, les chefs traditionnels ont un grand rôle à jouer dans l'éradication de ce fléau. ''Ils sont sur le terrain et connaissent mieux les familles''.
''Nous leur avons déjà confié une telle mission à l'occasion d'une série de sensibilisations entamées par des causeries éducatives à Banjéli, au Nord-Togo'', soutient Ayaovi Borozé, sage-femme à Kara.
Des cadres de l'administration, des ONG et de la société civile ont, pour leur part, travaillé sur un document d'information et de sensibilisation sur les violences faites aux femmes.
Le document, qui évoque les différentes formes de violences à l'égard des femmes, les conséquences et les moyens d'action, recommande une aide accrue aux structures de lutte contre ces comportements.
Le document propose aussi une large diffusion du Code de la personne et de la famille ainsi que l'exécution des programmes de prévention en milieu scolaire et familial.
La formation des magistrats et des officiers de police y est aussi recommandée. Le document prône en outre une éducation égalitaire pour les enfants. Les participants à ces différentes rencontres insistent sur la nécessité de prendre en charge les victimes et d'élaborer des réformes législatives.
''Il faut aussi une éducation pour la population, une éducation qui passe nécessairement par les moyens de communication, qu'ils soient traditionnels ou modernes'', souligne Tchotcho.
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