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Assez de bavardages, le temps est à l'action

Par Lewis Machipisa

MASERU, 13 Déc. (IPS) - A en juger par les nombreuses conventions destinées à mettre fin à la violence contre les femmes que les gouvernements d'Afrique Australe ont signé et auxquelles ils sont attachés, la région aurait dû afficher un énorme succès dans la promotion des femmes et la protection des droits des enfants - ce qui n'a pas été le cas.

Les mesures existantes pour protéger les femmes et les enfants contre la violence se sont révélées inadéquates, inefficaces et, dans certains cas, dénaturées.

''Si vous allez dans n'importe quel pays de la Communauté de Développement d'Afrique Australe(SADC), et que vous prenez un journal, que vous écoutez la radio ou que vous mettez en marche la télévision, que ce soit simplement un reportage sur un cas de violence contre les femmes et les enfants ou sur l'aggravation du problème, le fait est que ces cas sont inclus dans la première catégorie des violations des droits de l'Homme'', a indiqué Bore Motsamai, le secrétaire principal à la Communication du Lesotho.

Il ouvrait un atelier de formation des médias sur la violence contre les Femmes à Maseru, le lundi.

L'information qui circule dans ce pays en dit long sur la réalité. A travers toute la région de la SADC, l'accès des femmes à la terre, au bétail, au crédit et autres ressources productrices est limité. Les hommes sont toujours plus nombreux au sommet de la hiérarchie professionnelle dans tous les pays.

Tous les pays de la région à l'exception d'un seul, ont signé, ratifié ou adhéré à la Convention de l'Elimination de la Discrimination contre les femmes. Les gouvernements de la SADC sont également tous signataires de la Déclaration du Genre et du Développement- propre à la Région- qui a un addenda sur la Prévention et l'Eradication de la Violence Contre les Femmes et les Enfants.

Néanmoins seuls deux pays - l'Afrique du sud et l'Ile Maurice- ont des législations complètes sur la violence contre les femmes. Les autres ont des avant-projets qui sont demeurés tels pendant les trois dernières années.

C'est l'une des questions que les participants à la Conférence de la SADC sur la Prévention et l'Eradication de la Violence contre les Femmes et les Enfants, qui se tiendra cette semaine, du 10 au 15 décembre, abordera. Cette conférence inter-gouvernementale a été convoquée pour passer en revue les progrès faits par les gouvernements depuis qu'ils ont signé l'addenda à la Déclaration de 1997 sur le Genre et le Développement. Cet addenda a été signé par les chefs d'Etat ou de gouvernements de la SADC en 1998, une année après la signature de la déclaration.

Dans la déclaration et l'addenda, les chefs d'Etat de la SADC s'engageaient, eux et leurs pays respectifs, à prendre des mesures urgentes pour prévenir et traiter de la violence contre les femmes.

L'addenda exige des pays de la SADC, de faire un rapport tous les deux ans sur les progrès faits vers la réalisation de cet objectif. La conférence de cette semaine, convoquée par l'Unité du Genre de la SADC, est le premier forum du genre qui permet aux gouvernements de rendre compte de ce qu'ils ont fait, depuis la conférence de Durban de 1998 où l'addenda a été conçu.

''Nous voulons savoir quels sont les pays qui ont fait des progrès vers la réalisation des nobles objectifs'', a expliqué Christine Warioba, directrice de programme à l'Unité des Femmes de la SADC.

L'addenda prévoit une formulation de politiques, de programmes et de mécanismes régionaux pour améliorer la sécurité et la réhabilitation des femmes et des enfants, et pour contrôler leur mise en œuvre.

La conférence rassemble les ministres chargés des Affaires féminines dans la région, les praticiens de presse et les organisations non gouvernementales, et fait le suivi de la réunion de Durban qui a préconisé la mis en place d'une structure hiérarchique qui analyse les différents types de violence faite aux femmes, y compris le harcèlement sexuel, la violence domestique, le viol, les femmes dans les conflits et le fémicide.

Une analyse complète des rapports sera disponible à la fin de la conférence. Des zones notables de progrès ont été enregistrées dans la formulation d'une législation spécifique pour combattre la violence basée sur le sexe.

L'Ile Maurice et l'Afrique du sud ont tous deux promulgué des actes nationaux complets contre la violence qui laisse la porte ouverte à un reportage plus large sur le problème et une réponse plus sensible de la part du système pénal criminel.

Les participants espèrent que la conférence mettra en relief les insuffisances et aidera à formuler un Programme d'Action par lequel une suite sera donnée à l'addenda.

''La conférence donne l'opportunité aux Etats membres de faire le point des réalisations, des obstacles et des défis qu'ils ont connus pendant les deux dernières années'', indique Stella Makanya de ''Women in Law and Development in Africa'' (WILDAF). ''La revue donne également une chance aux Etats membres d'exhiber leurs meilleures pratiques''.

''Un coup d'œil sur l'état d'application de l'addenda par les Etats membres indique que la situation n'est pas rose. Seuls deux des Etats membres dont les rapports ont été passés en revue, l'Afrique du sud et l'Ile Maurice, ont promulgué une législation pour traiter spécialement de la violence conjugale'', souligne Makanya.

''Les autres pays n'ont aucune loi sur la violence conjugale en particulier. Certains, (le Botswana, le Malawi, la Namibie, la Tanzanie, la Zambie et le Zimbabwe) ont des avants projets de lois qui sont encore en voie de devenir une loi, tandis que d'autres ont interprété des dispositions constitutionnelles et amendé les lois existantes pour couvrir les questions de violence conjugale'', a affirmé Makanya.

Makanya regrette que dans certains pays, la violence physique et les mauvais traitements à domicile tombent sous les lois liées à l'agression courante.

Selon Mayanka, seuls la Namibie et le Malawi ont des dispositions constitutionnelles qui rendent les instruments ratifiés sur le plan régional et international automatiquement applicables conformément à la loi nationale.

Dans d'autres pays, elles restent des lois d'autorité persuasive, limitant ainsi leur application. Ceci fait ressortir le besoin de populariser l'addenda au niveau national ; au sein des ministères et départements ainsi que les groupes de la société civile responsables de la mise en œuvre des programmes sur la violence contre les femmes et les enfants.

En effet, la plupart des 35 journalistes participant à l'atelier parallèle de formation de journalistes ont admit avoir vu l'addenda pour la première fois hier.

Ceux qui ne l'ont pas vu ont exprimé leur tristesse pour ne l'avoir vu que deux ans après. La Déclaration sur le Genre et le Développement a été ''signé dans mon propre pays, le Malawi, mais je le ne la vois actuellement que pour la première fois. C'est vraiment triste'', a déclaré Moffat Kondowe, un journaliste en poste à l'Office de Radiodiffusion du Malawi.

Motsamai a lancé un appel à la presse pour qu'elle joue un rôle dynamique. ''Trop souvent, les journalistes ont été perçus comme des observateurs passifs, plutôt que des participants et des partenaires actifs dans les questions critiques de notre temps''.

L'atelier de formation des journalistes se déroule parallèlement à la conférence de la SADC à laquelle il est étroitement intégré.


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