|
L'Afrique cherche des fonds pour mettre en œuvre son nouveau plan contre le VIH/SIDA |
Par Nana Rosine NgangouéADDIS ABEBA, 8 Déc. (IPS)- L'Afrique vient de réaliser un grand pas dans la lutte contre la pandémie du Sida, en adoptant un document de consensus et un plan d'action destinés à enrayer la maladie qui décime des populations entières sur le continent. Mais, des analystes indiquent que le plus difficile reste à faire, car il faut encore trouver des ressources nécessaires pour la mise en œuvre de ce premier plan d'envergure continentale contre le VIH/SIDA.
Tout en félicitant l'adoption du Document de consensus et du Plan d'action africain pour la lutte contre le Sida, les participants au deuxième Forum Africain pour le Développement (FAD), reconnaissent dans leur majorité que l'Afrique a besoin de l'assistance des bailleurs de fonds internationaux dans la mise en œuvre de ce plan d'action.
Le FAD, qui s'est tenu du 3 au 7 décembre à Addis-Abeba en Ethiopie, avait pour thème : ''le Sida, le plus grand défi des dirigeants africains''. Son principal but était de relancer un engagement des dirigeants africains en faveur des mesures plus concertées contre le VIH/SIDA en Afrique.
A l'issue des travaux, les dirigeants et décideurs africains, les organisations de la société civile, les personnes vivants avec le VIH/Sida, le secteur privé et les partenaires au développement, ont proposé un cadre d'action définissant une réponse dirigée par l'Afrique à cette pandémie.
Le consensus atteint par les participants au forum est la reconnaissance de l'imminence de l'action. ''Trop de temps ont été perdus. Trop de vies ont été perdues. C'est maintenant le moment d'agir'', lit-on dans le préambule du document de consensus.
Le Plan d'action de l'Afrique contre le Sida, énonce les mesures à prendre au niveau national, ainsi qu'aux niveaux régional et mondial.
Au plan national, les actions à entreprendre incluent l'organisation par les pays d'un atelier national d'ici à la mi-février 2001, pour déterminer la mesure dans laquelle le Consensus et le Plan d'action du forum peuvent être mis en pratique.
Le Plan préconise aussi la mise en place dans chaque pays d'une commission nationale de lutte contre le sida ou son équivalent, d'ici l'an 2001. Les pays sont tenus également d'adopter un plan stratégique s'appuyant sur une législation appropriée. Ils doivent définir les modalités de participation des personnes qui vivent avec le VIH et d'autres parties intéressées ainsi que des mécanismes permettant de suivre régulièrement les progrès accomplis.
Dans l'immédiat, les pays devraient élaborer des rapports à l'intention du Sommet spécial de l'Organisation de l'Unité Africaine(OUA) sur le VIH/SIDA, qui se tiendra en avril prochain à Abuja, au Nigeria. ''Ces rapports devraient comprendre des mesures concrètes en ce qui concerne les initiatives nationales au niveau le plus élevé et l'allocation des ressources'', dit le document.
Concernant les actions à mener au niveau régional et mondial, le Plan se contente d'inviter les organisations régionales à faire en sorte que le consensus et le Plan d'action issus du Forum, figurent en bonne place dans les ordres du jour des réunions des Chefs d'Etat, aux niveaux régional, sous-régional et supranational.
Les participants au forum soulignent qu'étant donné le grand nombre de résolutions, il est essentiel que les engagements pris soient contraignants et soient intégralement mis en œuvre conformément au Plan d'action. Cependant, il n'est indiqué nulle part la manière dont l'Afrique devrait s'y prendre pour obliger les pays à mettre en pratique les différentes résolutions.
Il ressort des deux documents que la plus grande responsabilité dans la mise en œuvre des actions incombe à la communauté des bailleurs de fonds. Le Forum a invité le Secrétaire général des Nations Unies, Kofi Annan, à entreprendre avec d'autres institutions, une importante campagne d'appels de fonds en faveur de l'Afrique.
''Les principales sociétés du secteur privé, les fondations et philanthropes devraient être invités à apporter leur contribution à l'initiative qui devrait avoir pour but de combler le déficit de financement noté par l'OUNISIDA '', indique le plan d'action du Forum.
Peter Piot, le Directeur du Programme commun des Nations unies contre le VIH/Sida (ONUSIDA), a indiqué qu'il faut à l'Afrique près de 3 milliards de dollars par an, dans la lutte contre la pandémie du Sida. Il demande aux dirigeants africains de ratisser large, afin de mobiliser ces ressources. ''Il ne faut pas penser à une seule source de revenus. Il faut une combinaison de fonds publics et privés, nationaux et internationaux'', a déclaré Peter Piot.
La Campagne d'appel de fonds préconisée par l'Afrique vise également à convaincre la Banque Mondiale à convertir les prêts destinés aux programmes de lutte contre le sida, en subventions non remboursables. Cependant, la Banque Mondiale affirme que rien ne peut être fait dans ce sens, pour le moment.
'' La Banque Mondiale va se joindre à la campagne pour que la communauté des bailleurs de fonds finance la lutte contre le sida par des dons et subventions, à la place des prêts. La Banque s'engage à rester partenaire...mais pour le moment, elle ne peut rien faire pour convertir les prêts en dons'', a indiqué Mamphela Ramphele, représentante de la Banque Mondiale au Forum.
Les Africains sont opposés à un programme de facilité de prêts, d'un montant de 500 millions de dollars, offert par la Banque mondiale, dans le cadre du Programme multilatéral pour l'Afrique sur le VIH/SIDA. Le Kenya et l'Ethiopie se sont engagés dans ce programme depuis septembre dernier. Cinquante millions de dollars ont été ainsi approuvés pour chacun de ces pays, sous forme de prêts à rembourser dans un délai de 40 ans.
'' Les prêts peuvent être convertis en dons. Cela est possible. La Banque mondiale a accordé des subventions de 12 millions de dollars à Gaza et à la Jordanie. Cela est aussi faisable pour l'Afrique'', affirme le Docteur Jeffrey Sachs de l'université de Harvard aux Etats Unis.
Les Organisations de la Société Civile(OSC) ont mis en garde les gouvernements contre toute tentative de demander des prêts en faveur des programmes de lutte contre le Sida.
''Les gouvernements africains doivent considérer que c'est un engagement immoral d'accepter des prêts pour la lutte contre le VIH/SIDA, ils ne devraient jamais prendre un tel engagement au nom des citoyens. Nous appelons les bailleurs de fonds à accorder uniquement des dons'', disent-ils dans une déclaration.
Sachs encourage la Communauté Economique pour l'Afrique (CEA) et l'ONUSIDA à demander au G-8 (Groupe des huit pays les plus industrialisés), de dire clairement ce qu'ils comptent faire pour aider l'Afrique. Il demande aux Africains d'exiger l'annulation de la dette du Continent, estimée à 200 millions de dollars.
La question de l'accès aux médicaments anti-rétroviraux a été jugée hautement prioritaire. Cependant, le document de Consensus et le Plan d'action ne définissent pas des mesures concrètes pour assurer l'accès aux médicaments à un coût réduit, aux 25 millions de personnes infectées ou affectées par le VIH/SIDA en Afrique.
Les documents du Forum se contentent de souligner l'importance du partenariat avec toutes les parties impliquées, pour mettre les médicaments anti-rétroviraux et d'autres traitements contre le Sida à la portée des populations africaines vivant avec le VIH/SIDA.
Dans son allocution de clôture du Forum, le Secrétaire exécutif de la CEA, K.Y. Amoako, a reconnu que le Document de Consensus et le Plan d'action n'ont pas suscité un consensus absolu.
''Ce forum nous a cependant permis de réaliser un degré d'engagement plus profond. Nous sommes d'accord pour reconnaître que le moment décisif est arrivé'', a déclaré en substance, Amoako.