famafrique

famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦


La lutte contre le SIDA continue

Par Lewis Machipisa

HARARE, 19 oct. (IPS) - Confesser publiquement son statut de séropositif avait, dans certaines communautés, été synonyme de mort et souvent d'exclusion de la société.

Dans une société où les personnes vivant avec le VIH ou le SIDA tendent à garder leur maladie secrète, la décision courageuse de Catherine Phiri de confesser son statut de séropositive en 1990 a aidé à réduire la honte liée à cette maladie.

Phiri, une femme âgée de 38 ans et mère de deux enfants, est chanceuse parce qu'elle est restée en vie pour voir les fruits de sa décision courageuse. Gugu Dhlamini, une militante sud africaine qui lutte contre le SIDA, n'a pas été aussi chanceuse. Gugu a été battue à mort après avoir révélé en 1998 à la radio et à la télévision qu'elle était séropositive.

Beaucoup d'autres cas du genre n'ont pas été signalés et les séropositifs continuent de vivre en secret, condamnés à une mort précoce.

Mais 10 ans plus tard, Phiri est contente d'avoir pris la bonne décision en confessant publiquement son statut de séropositive. Le VIH/SIDA est devenu depuis la première cause de décès parmi la population âgée de 15 à 49 ans et il est probable que 25 pour cent de la main d'œuvre urbaine soit décimée par le SIDA d'ici 2010.

Phiri était parmi les premières personnes à confesser son statut de séropositive au Malawi. Au premier abord, elle a été confrontée aux frustrations et à la discrimination sur son lieu de travail. Elle a démissionné de son poste qu'elle a occupé pendant 10 ans en tant qu'infirmière dans un hôpital public peu après avoir été contrôlée positive.

En 1994, elle a décidé de tourner cette adversité à son avantage et a créé l'Organisation Salima de Soutien aux Personnes Vivant avec le VIH/SIDA (SASO), dans un district reculé du bord du lac, à environ 70 km à l'Est de Lilongwe, la capitale du Malawi.

Après tant de démentis sur l'existence de la maladie, Catherine a cherché à donner un visage humain et une voix à ceux qui souffraient en silence.

Depuis lors, sept personnes ont confessé publiquement leur séropositivité. Son organisation soutient actuellement 1500 orphelins du VIH/SIDA au Malawi et aide à accroître la prise de conscience publique sur les Infections Sexuellement Transmissibles(IST).

Pour son courage et son travail assidu, Phiri est parmi les lauréats des prix du Quatrième Concours Annuel contre la Pauvreté du PNUD, qui cherche à mobiliser le soutien pour l'éradication de la pauvreté dans le monde entier. Le thème de cette année est ''Rompre le silence autour du VIH/SIDA''.

Selon le PNUD, Phiri a été choisie pour avoir fait la différence dans la lutte contre la pauvreté et ses causes sous-jacentes, particulièrement le VIH/SIDA. Parmi les autres lauréats, on peut citer Bopp Dupont (de la Polynésie française), Rita Arauz Molina (du Nicaragua) et le Père Arkadiusz Nowak de la Pologne.

Au cours d'une conférence régionale de presse par vidéo le mardi, Phiri a dit aux journalistes du Malawi, du Swaziland, de la Zambie et du Zimbabwe que même si les médias ont beaucoup fait pour accroître la prise de conscience sur le VIH/SIDA, on peut faire beaucoup plus encore.

''Les médias devraient continuer à faire entendre leur voix, afin de mettre la maladie au cœur du débat sur le développement. Ils devraient aider dans la lutte contre le silence et l'ignorance'', a déclaré Phiri.

Après sa confession, Phiri a affirmé qu'elle n'était plus confrontée à la honte à laquelle elle a dû fait face au prime abord.

Au cours des dix prochaines années, avertissent les Nations Unies, le SIDA tuera plus de personnes en Afrique Subsaharienne que toutes les guerres du 20ème siècle. Mais l'urgence politique à combattre la maladie est toujours absente dans la majorité des pays africains.

''Le problème du VIH/SIDA continue d'être le plus grand défi de développement auquel est confrontée l'Afrique au Sud du Sahara, '' a déclaré Abdoulie Janneh, directeur régional du PNUD Afrique qui a également pris part à la téléconférence animée depuis New York.

''La presse a un rôle crucial dans cette bataille'', a indiqué Janneh. Il a l'espoir que les leaders donneront à cette maladie l'importance qu'elle mérite à en juger par les engagements qui ont été pris au Sommet du Millénaire à New York en septembre.

Mais à une conférence internationale sur le SIDA à Lusaka en Zambie, qui s'est tenue en septembre 1999, aucun Chef d'Etat n'avait pris part à la Conférence Internationale sur les MST et le SIDA (ICASA).

Même le Président hôte Frederick Chiluba, n'a pas participé à la session d'ouverture de la conférence.

Mais le VIH/SIDA fait de grands ravages. Moins de 20 ans après la première reconnaissance du SIDA, les Nations Unies la décrivent comme la plus grande catastrophe en maladie infectieuse depuis la peste bubonique.

Le VIH infecte quotidiennement plus de 14.000 personnes en Afrique au sud du Sahara. Mais le monde n'a toujours pas affronté la crise pour y trouver une réponse adéquate.

Selon la Banque Mondiale, entre 1 milliard et 2,3 milliards de dollars américains sont nécessaires par an pour la prévention en Afrique seule, mais le montant de l'aide officielle pour le SIDA est de l'ordre de 160 millions de dollars US dans la région.

La situation est horrible dans d'autres pays. On estime à plus de 23 millions, le nombre d'Africains vivant avec le VIH depuis le début de la pandémie. 50 millions de personnes dans le monde entier ont été infectées par le VIH, et 16 millions en sont mortes.

En Afrique au Sud du Sahara, 55 pour cent des adultes infectés sont des femmes. L'ONUSIDA estime que 12,2 millions de femmes africaines et 10,1 millions d'hommes âgés de 15 à 49 ans vivent actuellement avec le VIH.

D'après l'analyse des Nations Unies, à cause du SIDA, d'ici 2005, le Produit Intérieur Brut (PIB) de la plupart des pays d'Afrique Australe aura chuté d'au moins 14 pour cent. Le revenu par tête d'habitant baissera de 10 pour cent. Les coûts de la main d'œuvre augmentent à cause de la morbidité et de l'absentéisme, et la formation de nouveaux travailleurs entraîne une charge supplémentaire.

Loin de la léthargie politique, le PNUD a eu un rôle prédominant dans la lutte contre le VIH/SIDA. Dans 55 pays en voie de développement, les conseillers du PNUD aident actuellement à développer des plans de stratégies nationales du VIH/SIDA qui associent les responsables du gouvernement au niveau local et national et la société civile et incorporent les priorités de la communauté.

Au Malawi, le PNUD a aidé en 1999 à réunir les autorités locales et nationales et les groupes de la société civile pour concevoir une réponse stratégique au VIH/SIDA.

Le PNUD a alors travaillé avec le gouvernement du Malawi pour organiser une table ronde des bailleurs, qui a rassemblé 110 millions de dollars US sur les 121 millions nécessaires pour l'exécution du projet.

Une autre initiative du PNUD est l'Alliance des Maires et des Responsables Municipaux sur le VIH/SIDA en Afrique, dans laquelle les autorités venant de 70 municipalités dans 17 pays travaillent en partenariat avec les responsables communautaires pour identifier les domaines où l'assistance est requise.


famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦ ¦ Retour haut de page