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La Banque Mondiale et le FMI donnent leur feu vert pour l'allégement de la dette |
Par Jim Lobe
WASHINGTON, 14 sept (IPS) - Le Mali, l'une des nations les plus pauvres au monde, a obtenu 220 millions de dollars dans l'allégement du service de la dette et recevra 650 millions de dollars supplémentaires s'il remplit certaines conditions fixées par la Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International (FMI). C'est ce qu'ont annoncé le mardi les deux agences basées à Washington.
La seconde partie de l'enveloppe sera disponible si le gouvernement obtient des améliorations dans les politiques clés, particulièrement dans la santé et l'éducation, et rempli un Document sur la Stratégie de Réduction de la Pauvreté(DSRP) acceptable, en consultation avec les deux donateurs et un groupe représentatif de la société civile, selon le FMI et la Banque.
Les contributions du FMI pourraient également être retardées parce que le gouvernement américain n'a pas pu arracher du Congrès, tout l'argent promis par le gouvernement du président Bill Clinton, en faveur du Fond Spécial du FMI pour l'allégement de la dette des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE).
Le FMI a jusqu'ici refusé d'apporter un allégement total de la dette aux bénéficiaires jusqu'à ce que l'argent qu'ils doivent aux banques régionales de développement, telles que la Banque Africaine de Développement(BAD), soit couvert dans le Fonds Spécial. Le Mali doit à la BAD et son prêt (offrant des conditions avantageuses) apporte quelque 390 millions de dollars, soit environ 13 pour cent de sa dette totale.
L'annonce du mardi fait du Mali le dixième pays, après les neuf autres qui ont été qualifiés pour l'allégement de la dette dans le cadre de l'Initiative des Pays Pauvres Très Endettés, vieille de quatre ans. Les autres pays sont : le Bénin, la Bolivie, le Burkina Faso, le Honduras, la Mauritanie, le Mozambique, le Sénégal, la Tanzanie et l'Ouganda.
L'initiative des Pays Pauvres Très Endettés, pour lequel 36 pays espèrent se qualifier, est destinée à réduire leur service de la dette à des niveaux plus supportables. La Banque et le Fonds espèrent avoir des enveloppes sur l'allégement de la dette en cours dans 20 pays au total, d'ici la fin de l'année.
Conformément au ''Cadre amélioré'' du PPTE, adopté par la Banque et le FMI en octobre dernier, une assistance supplémentaire devrait être apporté e aux pays éligibles qui ont mis en place des politiques pour étendre l'éducation primaire et les soins de santé à tous leurs citoyens les plus pauvres.
L'initiative a été fortement critiquée par les Organisations Non Gouvernementales (ONG) qui déplorent le fait que l'allégement apporté dans le cadre du PPTE et sa révision reste très petit. De plus, les ONG estiment que cette initiative arrive très tard pour la plupart des pays les plus pauvres, qui doivent déjà faire face à une multitude de problèmes incroyables, y compris la propagation rapide des maladies infectieuses telles que le paludisme et le VIH/SIDA. Ces ONG, dont Jubilé 2000 et Oxfam, plaident en faveur de l'annulation de toute la dette.
La semaine dernière seulement, le Président nigérian Olusegun Obasanjo, président du Groupe des 77, une coalition des pays en voie de développement, a présenté une pétition avec 22 millions de signatures(un nombre record) au Sommet du Millénaire des Nations Unies à New York demandant l'annulation de la dette des 40 nations les plus pauvres du continent, s'ils prennent des engagements clairs pour réduire la pauvreté.
L'allégement de la dette devrait également occuper une place prédominante dans l'ordre du jour des réunions annuelles de la Banque et du FMI à la fin de ce mois à Prague. La semaine dernière, les activistes qui plaident pour l'annulation de la dette ont été encouragés par les déclarations de Horst Koehler, nouveau directeur général du FMI, au cours d'une réunion organisée par le gouvernement britannique à Londres.
''Monsieur Koehler semble vouloir aborder certains des obstacles qui retardent la remise de dette'', a déclaré Adrian Lovett, un haut fonctionnaire de Jubilé 2000. ''C'est un bon début ; mais il doit aller plus loin. L'actuel plan réduira seulement du tiers la dette des pays les plus pauvres du monde'', a-t-il indiqué, en ajoutant que l'objectif devrait être l'annulation de la dette à 100 pour cent.
Avec un produit national brut par tête d'habitant de 250 dollars, le Mali est un pays enclavé, qui a une population de 11 millions d'habitants et ploie sous le poids de la dette. Il a pour pays limitrophes l'Algérie au Nord, la Guinée et la Côte d'Ivoire au Sud, et figure parmi les 10 derniers pays les moins développés du monde, selon les dernières études du Programme des Nations Unies Pour le Développement(PNUD).
L'espérance de vie à la naissance est d'environ 47 ans, et un peu plus de la moitié de la population dans la tranche d'âge de 15 à 24 ans est illettrée. La dette extérieure totale du pays représente environ 3,2 milliards de dollars, tandis que le montant de l'aide extérieure qu'il reçoit, a en réalité diminué. Il est passé de 430 millions de dollars en 1992 à 350 millions de dollars en 1998.
Le gouvernement, dirigé par un président élu démocratiquement, Alpha Oumar Konaré, a introduit d'importantes ressources pour améliorer les services sociaux, les soins de santé et l'éducation primaire. Par exemple, les taux d'inscription au cours primaire sont actuellement de 56 pour cent, ils étaient de 32 pour cent en 1991.
Au même moment, le gouvernement a adopté des réformes macro-économiques qui ont été recommandées par la Banque et le Fonds. Selon les deux agences, ces réformes ont porté des fruits au cours de ces dernières années. Malgré les mauvaises conditions climatiques et les augmentations des prix du pétrole, la croissance réelle du PIB a atteint une moyenne d'environ cinq pour cent par an depuis 1997.
Conformément à l'initiative des Pays Pauvres Très Endettés, la Banque et le FMI fourniront un acompte sur l'allégement du service de la dette, qui s'élève à environ 220 millions de dollars ou 128 millions de dollars en termes de Valeur Net Actualisée (VNA), pour s'être conformé dans le passé aux objectifs des deux agences.
Le Mali est maintenant éligible à l'initiative des PPTE, conformément au cadre revu, à condition qu'il remplisse les conditions stipulées par le DSRP. Parmi ces conditions, il y a, entre autres, le maintien des politiques macro-économiques approuvées ; la restructuration du secteur stratégiq ue cotonnier du pays et la privatisation de ses services et banques d'Etat.
Des avancées dans le secteur de la santé et de l'éducation, particulièrement en ce qui concerne les politiques d'emploi et de budgétisation, sont également préconisées. Le DRSP, lui-même, qui devrait être développé dans un processus qui inclut la société civile, doit être également approuvé par les deux agences.
Le fait que le FMI, en particulier, doive encore signer le DSRP pour les pays du PPTE, est très critiqué par les ONG et d'autres personnes qui soutiennent que l'agence n'a aucune expertise en développement ou en réduction de pauvreté et ne devrait donc pas avoir le droit de veto sur un programme particulier.