|
AFRIQUE DE L'OUEST : La prolifération des armes légères préoccupe les dirigeants politiques |
Par Noël Tadégnon
LOME, 19 juill. (IPS) - La criminalité transfrontalière, la prolifération, la circulation et le trafic des armes légères et de petit calibre deviennent de plus en plus préoccupantes en Afrique de l'ouest.
Les statistiques indiquent qu'environ 10 millions d'armes illicites circulent en Afrique de l'Ouest. Ces armes enrichissent les réseaux de criminels.
Selon certaines estimations, trois millions de personnes ont été tuées depuis 1990 en Afrique de l'Ouest, du fait de l'usage d'armes légères. Quelque 90 pour cent des victimes étaient des civils, au nombre desquels on comptait 80 pour cent de femmes et d'enfants.
Le Général de brigade Tiécoura Doumbia, membre de la commission malienne de lutte contre la prolifération des armes légères, attribue ces armes aux foyers de conflit et de tension, notamment la Sierra Leone et la région des Grands Lacs.
''Les armes légères atteignent les autres pays suite à des opérations de transferts frauduleux'', dit-il.
Les pays membres de la Communauté Economique des Etats de l'Afrique de l'Ouest (CEDEAO) se sont engagés à éradiquer le mal. En 1998, les pays de la sous-région avaient adopté un moratoire sur l'importation, l'exportation et la fabrication des armes légères. Ce moratoire est doublé d'un mécanisme de mise en œuvre, appelé 'Programme de Coordination et d'Assistance pour la Sécurité et le Développement' (PCASED).
Ce programme couvre neuf domaines prioritaires, dont le développement d'une culture de paix, la formation des forces armées et de sécurité, le renforcement des contrôles aux postes frontaliers, la collecte et la destination des excédents d'armes ou d'armes acquises sur autorisation.
Deux ans après l'adoption du moratoire qui a une durée de trois ans, les 16 pays membres de la CEDEAO continuent d'assister à la circulation des armes légères qui constituent un facteur déstabilisateur pour les pays et une menace pour la paix et la sécurité dans la sous-région.
''La libre circulation des armes a permis, dans certaines situations récentes, à des insurgés et à des milices de partis politiques, de s'opposer à la légalité et à la légitimité de l'Etat avec autant de moyens de violence'', déclare le Premier ministre togolais, Eugène Adoboli. Il estime que l'Etat n'est plus le seul détenteur du pouvoir de répression légale.
''L'Etat peut à tout moment se trouver en compétition avec d'autres centres de pouvoir détenant les mêmes moyens d'expression de la puissance publique'', ajoute le Premier ministre.
Les Chefs d'Etat et de Gouvernement de l'Organisation de l'Unité Africaine (O.U.A), réunis récemment à Lomé au Togo, ont exprimé leur préoccupation quant à la prolifération croissante et au trafic illicite des armes légères et de petit calibre en Afrique.
Depuis l'année dernière, la Conférence des Chefs d'Etat de l'O.U.A. a engagé des actions pour mettre fin à ce trafic. Une grande conférence internationale des Nations Unies est d'ailleurs prévue à cet effet en 2001 au Mali.
La première réunion préparatoire de cette conférence a regroupé des experts africains du 17 au 29 mai 2000. A l'issue des travaux, ils ont adopté des recommandations sur la prévention et la réduction de la prolifération et du trafic illicite des armes légères et de petit calibre.
Un haut responsable de l'armée algérienne, le lieutenant colonel Hamel Abdelghani, estime que l'ONU doit amener les Etats à préciser dans leurs législations et réglementations nationales, les armes pouvant être légalement détenues par les civils, ainsi que les circonstances de leur usage.
Abdelghani préconise un engagement des différentes organisations et des Etats pour une étroite coopération, afin de d'identifier les procédés et méthodes utilisés par les trafiquants d'armes légères.
Au-delà de l'initiative du moratoire ouest-africain, plusieurs pays ont lancé ou projettent de lancer des opérations de collecte et de destruction d'armes non autorisées. C'est ainsi que le Mali, le Liberia, la Guinée-Bissau en Afrique de l'Ouest, le Congo-Brazzaville en Afrique centrale, le Mozambique et le Swaziland en Afrique australe, ont pris des initiatives pour la destruction des armes excédentaires.
Le Togo, le Tchad et l'Afrique du Sud ont également exprimé leur détermination à lutter contre le trafic d'armes légères.
Un communiqué du Centre Régional des Nations Unies pour la Paix et le Désarmement en Afrique, indique que ces armes ont causé plus de dommages et de destructions que les missiles, les chars et les mortiers.
Selon ce Centre, près de 300 compagnies fabriquaient des armes légères dans 52 pays en 1994. Au moins 22 pays en voie de développement produisent aussi des armes légères, et 16 d'entre eux sont devenus des exportateurs. (FIN/IPS/nt/ko/nrn/00)