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Le médicament n'est pas la solution
contre le VIH/SIDA, disent les experts

Par Nana Rosine Ngangoué et Noël Tadegnon

LOME, 14 juil. (IPS)- Alors que les pays africains multiplient les efforts pour accéder aux médicaments anti-rétroviraux produits au Nord, un nombre croissant d'experts pensent que la réponse à la pandémie du VIH/SIDA en Afrique ne peut plus être médicale.

'' Il faut oublier qu'il y a des médicaments. Il faut plutôt insister sur la prévention à travers l'information, l'éducation et la communication avec les jeunes et les communautés'', affirme Crespin Wilson, représentant du Fonds des Nations Unies pour l'Enfance (UNICEF) au Togo.

L'UNICEF a lancé le 12 juillet, son rapport annuel qui examine l'impact de la pandémie du VIH/SIDA sur les jeunes. Le rapport intitulé ''Le Progrès des Nations 2000'', relève qu'en Afrique subsaharienne, 25 millions de personnes sont contaminées par le VIH/SIDA, 12 millions d'enfants sont orphelins du SIDA et 2,2 millions de personnes en sont mortes en 1999.

Six jeunes de moins de 25 ans sont contaminés chaque minute par le VIH/SIDA. Plus de 100.000 enfants en Afrique du Sud, 95.000 au Kenya et 85.000 au Nigeria sont touchés par le SIDA, indique le rapport de l'UNICEF.

''Le SIDA est une menace sérieuse pour nos sociétés, et si nous voulons le vaincre, il faut qu'une véritable guerre de libération, avec les jeunes, voie le jour'', a affirmé Kul Gautam, Directeur général adjoint de l'UNICEF.

''L'information, la communication et le changement de comportement tant au niveau des individus que de la société sont essentiels'', a martelé Gautam, lors d'un point de presse en marge du sommet des Chefs d'Etat de l'Organisation de l'Unité Africaine(OUA) qui a eu lieu du 10 au 12 juillet à Lomé au Togo.

Des études menées récemment dans 17 pays revèlent une ignorance dangereuse chez les jeunes de la manière de se protéger du sida, indique le rapport de l'UNICEF. Dans tous ces pays, les filles sont moins bien informées que les garçons, souligne le rapport.

Gautam reconnaît que les taux de séropositivité ont commencé à chuter dans plusieurs pays africains grâce aux campagnes d'information sur le VIH/SIDA conçues avec les jeunes.

L'accès aux médicaments anti-rétroviraux par les malades africains suscite de grands débats dans les pays du Sud qui abritent 95 pour cent des personnes infectées, alors que 90 pour cent des dépenses de traitement sont concentrés au Nord. Selon les experts, l'Afrique n'arrive pas à atteindre 30 pour cent des ressources utilisées dans la lutte contre le VIH/SIDA dans le monde.

Bien que l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ait annoncé la possibilité qu'un certain nombre de laboratoires puissent rendre les anti-rétroviraux accessibles aux malades africains, Wilson pense que les médicaments seuls ne suffisent plus.

''Les médicaments, même s'ils existent, sont chers et inaccessibles aux populations pauvres. De plus, ils ne servent qu'à retarder les effets de la maladie'', affirme Wilson.

Cet avis est partagé par le Docteur Kaboré, chargé de la lutte contre les maladies transmissibles au Bureau Régional de l'OMS.

'' Les médicaments disponibles ne sont pas accessibles. Il ne faut donc pas penser que la solution, c'est le médicament. Il faut privilégier la prévention. Et même les anti-rétroviraux exigent qu'il y ait des laboratoires compétents pour suivre les malades traités, ce que nous n'avons pas'', explique Kaboré.

Les Chefs d'Etat de l'OUA se sont prononcés favorablement pour une lutte commune contre le SIDA. Une grande rencontre est prévue à cet effet en 2001 au Nigeria.

Conscients de la difficulté d'accéder aux médicaments anti-rétroviraux qui retardent les effets du VIH chez les malades, les leaders africains s'engagent à canaliser leurs énergies dans la prévention.

'' Les médicaments sont au Nord et les malades sont au Sud... Dans l'état actuel des connaissances, le seul remède souverain contre le Sida reste la prévention'', affirme le Chef de l'Etat togolais, Gnassingbé Eyadéma.

Le Président togolais ne minimise pas l'importance des médicaments dans la lutte contre la pandémie. Il a même proposé la création en Afrique d'un laboratoire de production des remèdes à des coûts accessibles aux populations.

Gnassingbé Eyadéma estime qu'il faut mettre sur pied des outils de protection de masse par une éducation sanitaire continue et résolue à 'école.

''L'information est l'un des rares outils dont nous disposons en Afrique, et nous l'avons négligée'', se plaint Femi Kuti, le promoteur nigérian de l'Afro-beat qui s'est engagé dans la lutte contre le SIDA depuis que son père, Fela Kuti, en est décédé.

L'Afrique reste de loin le continent le plus touché par la pandémie du SIDA. Sur dix personnes ayant contracté la maladie dans le monde, sept vivent en Afrique. Chez les moins de 15 ans, la proportion est de 9 sur 10.

Quatre-vingt trois pour cent des décès dus au Sida depuis le début de la pandémie ont été enregistrés en Afrique, et 95 pour cent des orphelins du Sida se trouvent sur le continent africain, estiment les experts.

Aucun pays d'Afrique n'est épargné, mais certains sont plus durement touchés que d'autres, à l'image du Botswana, de la Namibie, du Swaziland, du Zimbabwe, du Malawi et de l'Afrique du Sud.

Le SIDA a un impact considérable sur le développement en Afrique. Le Président du Botswana a averti que si rien n'est fait pour freiner l'avancée de la pandémie dans son pays, cet Etat d'Afrique australe pourrait disparaître de la carte du monde du fait du VIH/SIDA. En Côte d'ivoire, le nombre d'enseignants morts du Sida est plus élevé que le nombre d'enseignants formés par l'Etat chaque année.

Le Secrétaire Général de l'OUA, Salim Ahmed Salim, a souligné la nécessité de prendre les armes pour lutter contre le VIH/SIDA. ''La pandémie doit être combattue avec la même détermination que lors des guerres de libération contre le colonialisme et l'apartheid'', dit-il.


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