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La femme rurale,
entrepreneur
du troisième millénaire

Par Khoudia Diop

(Syfia Sénégal)- A la tête du Centre africain pour l'entrepreneuriat féminin de Dakar, Khadidja Diène Doucouré forme et encadre depuis dix ans des groupements féminins villageois. Pour cette experte en finances, la femme rurale dispose aujourd'hui d'atouts véritables pour devenir entrepreneur et pas seulement pour gérer le moulin à mil du village...

En Afrique, les femmes rurales contribuent pour une très large part au développement agricole. Selon le Bureau International du Travail (BIT), elles représentent 80 % de la force humaine utilisée pour la production alimentaire.

Au Sénégal, elles assurent 70 % des travaux agricoles et un peu plus pour la production vivrière : mil, sorgho, fruits et légumes. Ce sont elles qui s'occupent aussi de l'essentiel de la transformation des produits de la pêche, soit entre 70.000 et 90.000 t/an de poisson, destinées essentiellement au marché intérieur et à l'exportation.

Malgré ces performances, les femmes sont encore victimes de discrimination dans l'octroi des crédits et autres avantages dont bénéficient souvent les hommes d'affaires. Toujours selon le BIT, "au Kenya, au Malawi, en Sierra Leone, au Zimbabwe, en Zambie, les femmes perçoivent moins de 10 % des crédits alloués aux petits propriétaires. C'est-à-dire moins de 1% des crédits".

Passer des petits projets à de vraies entreprises. Promouvoir la création d'entreprises par les femmes en milieu rural, Khadidja Diène Doucouré, directrice du Centre Africain pour l'Entreprenariat Féminin à Dakar (CAEF) en a fait son credo.

Cette intellectuelle, sobre dans sa mise vestimentaire, estime qu'il est temps de favoriser l'émergence de femmes entrepreneurs capables de créer et de gérer de petites ou de grandes entreprises.

"Depuis 1993, nous sillonnons le Sénégal et l'Afrique pour former les femmes à l'alphabétisation et aux techniques de gestion", rappelle Khadidja, experte en finances et militante des droits de la femme rurale.

Certaines Ong, poursuit-elle, mais aussi l'administration et leurs partenaires au développement ne doivent plus se limiter aux financements de petits projets ruraux telle que la gestion d'un moulin à mil, la tenue d'un petit commerce informel, etc. Des projets qui "meurent" au départ de l'Ong, des projets sans perspective de croissance.

Se fondant sur sa longue expérience dans ce domaine, Khadidja pense qu'il est temps de permettre aux femmes rurales d'accéder aux ressources : crédits, équipements, nouvelles technologies, propriété foncière. Cette dernière constitue aujourd'hui une grosse épine dans le pied de pas mal de paysannes. Elle bloque tout initiative de développement local.

La formatrice souligne qu'au Sénégal les régimes fonciers restent encore discriminatoires. Même avec les dernières réformes agraires récemment mises en œuvre, des poches de résistance subsistent encore dans certaines zones.

En général, souligne-t-elle, l'homme choisit le premier son champ et laisse à la femme les terres marginales. Des terres peu fertiles et qui sont souvent éloignées du village.

"A Matam, dans la Vallée du Fleuve, il n'est pas rare de voir un groupement féminin de trois cents membres disposer d'un ou de deux hectares de terres cultivables", ajoute-t-elle avec un air scandalisé.

"Pourtant si les femmes sont formées et qu'elles disposent assez de terres, elles pourront davantage améliorer leur production et assurer la sécurité alimentaire," affirme la présidente du CAEF. Selon elle, la distribution équitable des terres serait un atout de taille pour le développement agricole et l'émergence de femmes entrepreneurs.

L'alphabétisation, la formation en gestion et en comptabilité des femmes ne sont pas de vains mots pour Khadidja. Ces paysannes sachant de plus en plus lire et écrire gèrent de mieux en mieux leurs affaires qui se chiffrent parfois à plusieurs millions de francs CFA.

Autre atout et non des moindres en affaires, les femmes ont la réputation de bien payer leurs dettes. Elles remboursent correctement les crédits empruntés : à 98 % dans les mutuelles d'épargne, ces dernières années au Sénégal.

Augmenter les financements qui leur sont destinés, c'est donc les pousser à monter des Pme/Pmi agricoles pour la transformation du poisson, des fruits et légumes, la conservation et la commercialisation. "Initier ces futurs entrepreneurs femmes aux normes d'hygiène et de qualité dans la production est également à encourager", poursuit-elle.

Des femmes chefs. L'environnement juridique et fiscal de l'entreprise rurale devra à cet égard être amélioré ; Comment ? - En simplifiant les procédures administratives, en baissant les taxes et en octroyant des terrains d'implantation, etc.

Stimuler l'esprit d'entreprise des femmes rurales, c'est aussi éliminer toutes les inégalités, mais surtout leur permettre d'accéder aux instances de décision tels la chefferie villageoise, le conseil rural et autres structures locales décisionnelles.

"Un combat qui est à la portée des femmes rurales du fait de leur capacité d'initiative, de leur sens des responsabilités et d'engagement, du fait également de leur volonté et de leur ambition de devenir de véritables acteurs de développement", conclut l'experte.


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