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Femmes ougandaises :
une inégalité foncière

Par Claude Adrien de Mun

(Syfia- Ouganda) - Voter des lois ne suffit pas pour établir l'égalité entre les sexes. En Ouganda, les textes existent mais ne sont pas appliqués. Les femmes continuent à dépendre des hommes et à subir leur violence.

La Constitution ougandaise de 1995 interdit toute loi ou coutume qui met les femmes dans une position inférieure à celle des hommes. Elle encourage l'Etat à promouvoir leur participation à la vie politique, économique et sociale. Mais six ans après sa promulgation, le bilan des actions en faveur des Ougandaises est décourageant.

Le président Museveni en personne s'est élevé contre un projet de loi en faveur de l'héritage des femmes. "Il est trop tôt pour accorder aux femmes le droit d'hériter", a-t-il déclaré en avril dernier, lors du lancement de la campagne pour le prochain référendum sur les institutions politiques du pays. "Si une telle loi était votée, les femmes risqueraient de se marier uniquement pour s'approprier les biens de leur mari", a-t-il averti.

Traditionnellement, les Ougandaises quittent leurs familles quand elles se marient et vont habiter chez leur mari. En échange, celui-ci offre une modeste dot à son beau-père. Mais seuls les hommes ont la possibilité d'hériter.

Cette tradition a résisté à la pression des bailleurs de fonds internationaux qui financent pourtant à plus de 50 % le budget de l'Etat. "La Constitution ougandaise interdit les lois discriminatoires au regard de la race, du sexe, de la tribu et des opinions politiques mais ne s'applique pas à des domaines tels que l'adoption, le mariage, le divorce, l'héritage et d'autres domaines du Code civil", dénonce Jacqueline Asimwe, une juriste ougandaise.

La plupart des traditions maintiennent les femmes dans un statut d'infériorité. Cela se voit quotidiennement dans la façon dont celles-ci accueillent les hommes dans la maison : à genoux.

Battre les femmes : une tradition. Le ministère de la Femme a identifié plusieurs pratiques culturelles contraires à la politique d'égalité votée par le gouvernement.

La répartition des responsabilités au sein du foyer demeure une cause majeure d'inégalité entre les Ougandais et les Ougandaises. La violence y est une constante qui n'a pas encore trouvé de réponse au niveau des pouvoirs publics.

Selon une récente enquête du quotidien pro-gouvernemental New Vision, 52 % des Ougandaises disent avoir été battues, insultées ou privées des biens les plus élémentaires au sein de leur foyer. Un pourcentage probablement sous-estimé.

Dans un rapport paru en décembre dernier, l'UNICEF estime pour sa part que plus de 57 % des Ougandaises ont subi des actes de violence physique dans leur famille. Ce chiffre monte à 77 % dans les couches sociales les moins éduquées de la population. Cette violence est si répandue qu'elle est acceptée comme un état de fait par de nombreuses femmes. La tolérance envers de tels abus est telle que seuls 2,3 % des cas sont déclarés à la police.

De même, la pratique de la dot s'accompagne de l'idée selon laquelle une femme doit travailler pour son mari. Au Burundi, par exemple, où cette coutume existe également, l'homme offrait dans le passé une houe à sa future épouse. Si ce type de "cadeau" n'est plus guère apprécié, les Ougandaises continuent dans les campagnes de faire dans une même journée le travail des champs et le travail domestique.

L'opinion publique reste divisée quant à l'opportunité d'interdire la pratique de la dot. Certains pensent que la dot fait de la femme la propriété de l'homme. En effet, l'épouse doit la rembourser pour prétendre au divorce. D'autres, plus nombreux, considèrent que la dot demeure nécessaire car elle encourage les parents d'une fille à l'éduquer correctement.

L'Ouganda connaît également la vente des femmes par leurs frères ou leur père. Dans certains cas extrêmes mais fréquents, les parents forcent leurs filles à se marier dès l'âge de la puberté en échange d'un panier de manioc ou de quelques poulets.

La liste des inégalités est longue. Y figure aussi celle de l'héritage des veuves. Cette coutume très répandue dans la région des Grands lacs oblige une femme à se remarier avec l'un des frères de son mari après le décès de ce dernier. Cela implique l'acceptation de la polygamie.

Jusqu'à présent la Constitution de 1995 reste donc un bout de papier qui n'a pas fait avancer l'égalité entre les sexes. La plupart des députés, des fonctionnaires et des hommes politiques ougandais ont grandi au milieu de ces coutumes. Dans ce domaine, les rares lois qui ont été votées se sont montrées particulièrement difficiles à faire appliquer.


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