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Congo : familles disloquées, enfants exploités |
Par Ferret Anga et Jean-Valere Ngoubangoyi
(SYFIA Congo) Au Congo, de très nombreux enfants de familles disloquées par la guerre se retrouvent à la rue. Pour survivre, ils travaillent pour des patrons parfois sans scrupules.
Dans les villes congolaises, des nuées d'enfants abandonnés à leur sort ont envahi les rues ces dernières années. Combien sont-ils ? Personne ne peut le dire et très rares sont ceux qui s'en préoccupent. Ce sont les victimes des guerres à répétition qui, depuis 1993, ont déchiré le Congo, disloqué les familles et accru les difficultés économiques.
En 1993-94, la première guerre a opposé les populations des régions du Pool, fief de l'ancien maire de Brazzaville, Bernard Kolélas, et celles du Nibolek (Niari, Bouenza et Lekoumou) de Pascal Lissouba.
Des couples, gagnés par des troubles politico-ethnique se sont séparés parce qu'ils n'étaient pas de même origine. Des hommes, qui se sont retrouvés dans des zones qui n'étaient pas les leurs, ont été massacrés.
Des femmes accusées de traîtrise par leurs parents pour s'être mariées ailleurs ont été abandonnées avec leurs enfants, orphelins de père.
"Mon mari a été tué dans la Bouenza, raconte l'une d'elles. On avait eu deux enfants que j'ai pu sauver car on voulait aussi les tuer. Arrivés chez mes parents à Brazzaville, personne ne voulait me sentir. Seule avec mes enfants que faire ? Je n'ai pas pu les remettre à l'école. Maintenant, ils se promènent partout avec les camarades".
Les combats de 1997 et 1998-99 ont aggravé la situation. Ils ont attisé cette fois les rancœurs nord-sud. Beaucoup de couples ont été séparés lors de la fuite des habitants des quartiers de sud de Brazzaville vers la forêt en décembre 1998. Certains ne se sont jamais revus.
Pierre Mboungou, originaire de la Bouenza, n'a toujours pas de nouvelles de sa femme nordiste. Il ne voit ses deux enfants que rarement. "Un vient me voir quand il a faim. L'autre, je ne sais ce qu'il est devenu. Ils habiteraient chez leur grand-mère qui n'aime pas qu'ils viennent me voir." Beaucoup d'enfants aussi, séparés de leurs parents durant les combats, n'ont pu les retrouver depuis.
"Je dois vendre tous les jours pour me nourrir". Orphelins ou livrés à eux-mêmes, tous ces enfants sont contraints à l'errance et à la débrouille pour survivre.
"La plupart sortent le matin pour aller chercher un peu de sous, constate un encadreur de l'orphelinat de Poto-Poto à Brazzaville. C'est le cas de Nsimba, 12 ans qui propose aux passants et usagers des foula-foula (minibus) biscuits, bonbons, cigarettes.
"Je dois vendre tous les jours pour me nourrir. Cela ne me fait plus de la peine, puisque je suis habitué à le faire depuis mon bas âge. Je ne vends pas seulement les mêmes choses. Parfois, c'est de l'eau glacée dans les sachets et des gâteaux. Ça varie".
A la fin du mois, son patron le paie 7000 F CFA. Une paye misérable dont beaucoup d'employeurs n'hésitent même pas à priver ces gamins.
Ainsi, à Moungali, au nord de la capitale, dans une biscuiterie artisanale, une dizaine d'enfants sont assis sur le sol d'une petite salle sombre et très chaude. Le plus jeune peut avoir quatre ans. Les uns mettent les biscuits dans les cartons. Les autres collent les sachets pour les fermer. Aucun d'eux n'est payé.
A la fin de l'heure, on leur donne parfois des biscuits cassés et un peu brûlés invendables. Le patron n'a aucun remords : "Ils ne vont plus à l'école. Plutôt que de les voir voler ou mendier mieux vaut qu'ils travaillent et apprennent à fabriquer les biscuits. Y a de l'avenir !".
Pour ceux qui n'ont pas la force de faire un travail souvent harassant, il ne reste que la prostitution et la mendicité. Elles sont souvent pratiquées par les jeunes qui sortent des forêts du Pool où ils ont passé de longs mois fuyant les combats à Brazzaville et par ceux dont les parents chôment ou sont morts pendant les guerres.
On les rencontre au centre ville, devant les magasins, les pharmacies, les bureaux administratifs, aux arrêts des bus, avec des enfants touaregs, ou encore aux abords des camps des sinistrés de l'Ecole Nationale des Magistratures (ENAM). Ils agrippent les passants, rentrent dans les bars...
Pourtant malgré toute l'énergie déployée, ils ne peuvent pas toujours garder le fruit de leurs efforts. Des voyous qui se font passer pour des Cobras (NDLR : miliciens) les rançonnent.
"C'est dangereux quand on rentre le soir, raconte un jeune cordonnier. Les bandits nous attendent dans les coins de rues, ils nous pointent le pistolet au dos. Ils promettent de te descendre quand tu ne lui montres pas tout ce que tu as eu. S'il a pitié de toi, il te laisse avec quelques pièces et s'en va avec le reste. Pour t'intimider, ils disent souvent connaître là où nous habitons et qu'ils peuvent venir la nuit."