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La journée de la sage-femme sur le thème des soins d'urgence |
Par Aida Diop Soumare, correspondante de la PANA
Dakar, Sénégal (PANA) -- Les résultats sont loin d'être à la hauteur des efforts fournis depuis 10 ans au Sénégal dans le cadre de la lutte contre la mortalité maternelle.
Le taux reste encore élevé. Il est de 510 pour 100,000 naissances vivantes, selon la dernière enquête démographique et de santé de 1993. Le constat a inspiré les manifestations de la 8eme journée de la sage-femme commémorée au début du mois de février au Sénégal, sur le thème des soins obstétricaux d'urgence pour sauver la vie de celles qui la donnent.
Du fait de complications non décelées au cours des consultations prénatales, 15 pour cent des femmes décèdent, 1/3 des femmes étiquetées comme à risque meurent, 1/13, non décelées comme à risque, perdent également la vie.
Il en résulte la nécessité de compléter les consultations prénatales par les soins obstétricaux d'urgence dont la sage-femme devrait être le pilier. Réduire la mortalité maternelle de 50 pour cent, d'ici à 10 ans, est le défi lancé par l'état sénégalais aux sages-femmes.
"On ne peut pas rentrer dans une maternité sans les sages-femmes", explique un médecin.
A l'occasion de la 8eme journée de la sage-femme, les membres de la corporation ont procédé à un diagnostic sans complaisance de la situation. Ils ont dénoncé des maux comme la faiblesse de la motivation, de l'engagement et du niveau de recrutement des sages-femmes, les interférences dans l'affection du personnel...
"Le problème se pose depuis longtemps, je suis membre de la commission d'affectation des sages-femmes. Tout va très bien tant que l'on est en formation", a dit Marcele Pellegrin, Présidente d'honneur de l'association des sages-femmes.
A la fin de leurs études, "les filles deviennent brusquement drepanocytaires et doivent suivre un traitement, ou ont vite fait de se marier pour éviter d'être affectées à l'intérieur du pays", a-t-elle poursuivi.
Dans son adresse aux membres de l'association, elle a insiste en particulier sur les vertus de "l'engagement" des sages-femmes. "Il faut que nous respections notre uniforme, il faut que nous assumions nos responsabilités", leur a-t-elle lancé.
La commémoration de la journée a été par ailleurs l'occasion d'une réflexion sur le programme d'une formation restée plutôt "traditionnelle". "La profession a évolué, on exige de sages-femmes davantage qu'assister aux accouchements", selon une opinion largement soutenue au cours des célébrations.
Mais, les sages-femmes ne sont pas formées pour gérer des centres de santé. Les supervisions ont décelé des failles. Les supports de recueil des statistiques sont à peine remplis.
Des enquêtes ont montré que les sages-femmes se déchargent sur les matrones. "Les sages-femmes doivent être attentionnées. Or, des femmes en situation de détresse sont prises en charge par la matrone ou l'infirmier chef de poste. Ce n'est pas normal. C'est la sage-femme qui doit prendre les décisions", a estimé un médecin.
Une sage-femme, en service dans un hôpital de Dakar, réagit: "la sage-femme est parfois surmenée parce qu'elle travaille trop, on nous amène souvent les femmes dans un état lamentable. Il faut courir à gauche et à droite pour réunir le matériel d'urgence".
Des solutions existent en amont, selon la présidente de l'association des sages-femmes, Mme Marianne Sidibe, proposant des tests psychotechniques à l'entrée à l'école nationale. "Il ne faut pas que l'école soit un dépotoir ou un garage pour celles qui ont échoué ailleurs", a-t-elle expliqué.
Dans sa croisade contre la mortalité maternelle dans les régions de Fatick, de Kaolack et de Tambacounda, les pouvoirs publics viennent de recevoir un important appui financier de 9,5 milliards de F CFA de la Banque Africaine de Développement (BAD) [600 F CFA=1 dollar des Etats-Unis].
Le financement vise essentiellement trois volets : la réhabilitation des centres de santé, la formation du personnel, et l'achat d'équipement, notamment des ambulances.
Les célébrations de la 8eme journée de la sage-femme ont pris fin par une recommandation générale sur l'amélioration de la vie de la femme, par une bonne nutrition, la contraception, et un traitement approprié des Maladies Sexuellement Transmissibles (MST).