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Des rites et des femmes |
Johanne Lauzon
(SYFIA Canada)- À travers le monde, quelque 130 millions de femmes et de fillettes ont subi des mutilations sexuelles. Chaque année, deux autres millions s'y ajoutent. La plupart d'entre elles se trouvent dans 28 pays africains.
Mais les mutilations sexuelles sont aussi pratiquées dans la Péninsule arabique : Yémen, Oman, Emirats arabes. Des cas ont été signalés en Indonésie, en Malaisie, au Sri Lanka, au Pakistan et en Inde. Avec la venue de migrants, l'Amérique du Nord, l'Europe et l'Océanie y font de plus en plus face.
En règle générale, ces pratiques sont liées au rite de passage à l'âge adulte dans les sociétés africaines. Mais elles perdent de plus en plus de leur symbolique notamment en raison de l'urbanisation. En effet, l'âge moyen tend à s'abaisser.
Les formes de mutilations sexuelles féminines les plus courantes -80 % des cas- sont la Sunna, très populaire en Egypte, qui consiste à couper le prépuce du clitoris, et la clitoridectomie, soit l'ablation partielle ou totale du clitoris et des petites lèvres.
L'infibulation (15 % des cas) est pratiquée surtout en Afrique de l'Est ; il y a suture des grandes lèvres afin de ne laisser qu'un minuscule orifice pour l'écoulement de l'urine et du flux menstruel. Sont aussi considérées, par l'OMS, comme des mutilations sexuelles, les incisions du clitoris, des petites et des grandes lèvres, l'étirement du clitoris et le grattage de l'orifice vaginal.
Les conséquences sur la santé varient selon le type et la gravité de l'intervention. Qu'importe qu'elle soit faite dans une case ou à l'hôpital, à l'aide d'un rasoir souillé ou d'un instrument stérilisé, elle comporte de réels dangers.
Les complications immédiates, dont l'hémorragie et l'infection, peuvent causer la mort. À long terme, des kystes, des abcès, des lésions du canal urinaire peuvent apparaître et provoquer l'incontinence, des rapports sexuels douloureux et des accouchements risqués. L'infibulation peut même conduire à la stérilité.
Ces pratiques peuvent aussi avoir un effet non négligeable sur la santé psychologique. "À plus long terme, rappelle l'OMS, les femmes risquent de souffrir de frustration, d'anxiété, de dépression, d'irritabilité chronique ou de frigidité."