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Ouganda : les femmes font les frais de la guerre |
Par Mustafa Amin
KAMPALA, 23 déc. (IPS) - A Bundibugyo et à Kabarole, deux districts situés à l'Ouest de l'Ouganda, les femmes sont confrontées à une grave insécurité alimentaire et n'ont pas accès aux soins de santé adéquats puisque les troupes gouvernementales et les rebelles sont toujours en guerre.
''Les femmes du district de Bundibugyo auraient raison de maudire le jour où elles sont nées, car bon nombre d'entre elles ont été enlevées et molestées par les rebelles des Forces Démocratiques Alliées (ADF), affirme Lillian Nsubuga de l'Association ougandaise des femmes des médias.
Plusieurs femmes enceintes ont cessé d'aller dans les centres de santé de peur de rencontrer les rebelles sur le chemin. En général, les femmes n'osent plus aller au champ.
''Les femmes enceintes qui vivent dans les 47 camps de déplacés racontent des histoires très tristes'', indique Nsubuga. ''Certaines ont perdu leurs bébés pendant qu'elles essayaient d'atteindre le seul hôpital du district, et quelques-unes sont mortes avec leurs bébés''.
Selon des nouvelles provenant de Bundibugyo, un district situé à 417 kilomètres à l'Ouest de la capitale ougandaise, où les combats ont repris entre les troupes gouvernementales et les rebelles de l'ADF, les femmes sont non seulement victimes de sévices sexuels mais bon nombre d'entre elles sont enrôlées dans les armées rebelles.
Les pénuries alimentaires s'accentuent aussi dans les camps des déplacés. Près de 100.000 personnes se sont réfugiées dans les camps protégés par le gouvernement, depuis que les rebelles de l'ADF ont commencé à lancer des attaques, il y a quelques années.
Les personnes vivant dans les camps reçoivent de l'aide alimentaire du Programme Alimentaire Mondial (PAM), mais l'aide est insuffisante et les femmes vont se ravitailler davantage au champ.
Un officier de police en service au commissariat de Kabarole (300 kilomètres à l'Ouest de Kampala) affirme que bien que les gens abandonnent leurs villages pour aller se réfugier dans les camps en ville, ''les femmes ne sont pas en sécurité'', car de temps en temps elles retournent au village pour chercher de la nourriture et du bois de chauffage.
''Nous menons une vie dure parce que nous ne pouvons pas nous asseoir lorsque les enfants ont faim'', se lamente Atenyi Abwoli qui est récemment arrivée à Kampala.
De peur d'être attaqués par les rebelles la nuit, les habitants de Bundibugyo ne sortent plus après 19 heures 30 minutes et ils attendent 10 heures avant de bouger. Les femmes enceintes qui entrent en travail la nuit sont particulièrement vulnérables parce que les médecins spécialistes ne sont pas tout de suite disponibles.
Certaines organisations non gouvernementales commencent à former des matrones pour aider les femmes enceintes incapables d'accéder aux centres de santé.
Serina Biira, l'agent de santé intérimaire du district de Bundibugyo, raconte qu'au moins 360 matrones sont nécessaires. ''Il nous faut former au moins 360 matrones, mais nous n'avons ni assez de fonds ni assez de formateurs'', déplore Biira.
Quelque 170 matrones ont été formées à Bundibugyo par la 'World Harvest Mission', une ONG internationale, mais ''certaines ont été tuées par les rebelles et d'autres ont fui la région de peur d'être attaquées. Il reste seulement une poignée de matrones'', constate Nsubuga.
Steven Kavuma, le ministre de la Défense, affirme que les rebelles de l'ADF ont récemment lancé des attaques pour riposter contre les assauts de l'UPDF a sur leurs positions dans les montagnes de Rwenzori. ''Ils (les rebelles) essaient de tenir l'armée à l'écart des opérations qui se déroulent dans les montagnes, mais nous les poursuivons'', signale Kavuma.
Les femmes sont confrontées à la guerre aussi bien à l'Ouest qu'au Nord de l'Ouganda, où le gouvernement du Président Yoweri Museveni lutte depuis 13 ans contre les rebelles de l'Armée de Résistance du Seigneur (LRA) dont le chef est Joseph Kony.
Les rebelles de la LRA enlèvent également les femmes et les enfants et les enrôlent de force dans leurs armées. Par ailleurs, les rebelles célèbrent des mariages forcés avec les femmes et les jeunes filles.