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Madagascar :
la vente des bébés de la misère

(Syfia Madagascar, Andriakoto Rivoherizo)- A Madagascar, la pauvreté pousse des femmes, souvent jeunes et peu instruites, à vendre leurs bébés à des étrangers qui sont prêts à payer jusqu'à 40000FF par enfant...

Depuis quelque temps, un étrange manège se déroule près de la poste d'Antaninarenina, en plein coeur de Tananarive. Des femmes arpentent le trottoir, leur bébé dans les bras, à la recherche, discrète, de touristes étrangers. Ces femmes jeunes, souvent peu éduquées sont là pour vendre leur enfant. Les touristes qui séjournent dans les hôtels aux abords de la poste, connaissent bien le manège. C'est pour y participer qu'ils sont venus.

Attentifs, ils vont observer les enfants, soupeser du regard celui ou celle qui deviendra, moyennant finance, membre de leur famille. Lorsqu'ils auront choisi, il ne restera plus qu'à marchander avec la mère. Un enfant se monnaie jusqu'à 40000FF.

La vente des bébés n'est pas un secret à Madagascar. La "filière bébé", comme on l'appelle déjà, a fait plusieurs fois la une des journaux locaux car, outre les mères, elle implique nécessairement d'autres complicités. La plupart des ventes ont lieu dans les grandes villes, surtout à Tana, où sévit une pauvreté extrême : 70% des ménages citadins ont moins de 240000 Fmg (240FF) par mois pour vivre et 58% des foyers sont considérés comme "extrêmement pauvres". Pour ces familles démunies, un bébé vendu, c'est l'équivalent de plusieurs années de revenu.

Il n'existe pas de statistiques sur les parents qui vendent leurs bébés. Le marché reste évidemment clandestin. Mais tout indique que ce sont surtout les familles nouvellement installées qui ont recours à ce commerce de la dernière chance. Ces ménages sont les plus pauvres et ils sont de plus en plus nombreux : l'exode rural fait grossir de 6 % chaque année la population de Tana.

De la même façon, il est impossible de savoir qui sont les acheteurs. Tout ce que l'on sait, c'est que les demandes officielles d'adoption par des étrangers enregistrées au ministère de la Population varient entre 300 et 400 par an et qu'elles émanent surtout de parents d'origine européenne. Les pays demandeurs sont, par ordre d'importance, la France, la Belgique, l'Espagne et l'Italie.

Les procédures d'adoption sont longues et difficiles. Elles peuvent prendre jusqu'à deux ans. L'achat d'un bébé, lui, se fait en quelques heures.

Trafic d'enfants. Les femmes ne sont pas les seules à vendre leurs bébés.
Récemment, une fausse ONG, "Dago Maitso" a été mise en examen à la suite d'une plainte déposée par les parents d'un bébé de six mois. Volé au marché, il avait été localisé dans une chambre de l'association, en compagnie de cinq autres bébés enlevés. L'enquête a révélé que cette association avait fait du trafic d'enfants une activité très organisée et lucrative. Avant les enlèvements, elle distribuait des vivres aux familles démunies afin de repérer celles qui étaient les plus défavorisées avec de nombreux enfants à charge. Son directeur vient d'être écroué.

Des ONG officielles tentent aussi d'aider les femmes. Mais leurs arguments ne pèsent pas lourd face à la misère. De plus, le niveau d'instruction des femmes en âge de procréer demeure très faible et les méthodes contraceptives peu utilisées (seules 19% des Malgaches en emploient une).

Quand elles ne vendent pas leur enfant, certaines n'ont d'autre choix que de l'abandonner. Il n'est pas rare de retrouver un bébé dans une poubelle. C'est ce qui est arrivé au petit Ravintantsoa Moise Tovolala, ramassé dans un bac à ordures lorsqu'il avait deux jours. Moïse a pu être sauvé grâce au docteur Nourally, bien connu dans la capitale malgache. Depuis cinquante ans, ce médecin recueille les enfants abandonnés dans l'orphelinat qu'il a créé. Aux côtés de Moïse, ils sont actuellement quarante orphelins de la misère...


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