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En Zambie, l'Etat désapprouve la formation
d'un syndicat de prostituées

Par Jowie Mwiinga

LUSAKA, 16 déc. (IPS) - Les travailleuses du sexe n'ont pas réussi à obtenir le soutien du puissant Congrès Zambien des Syndicats (ZCTU) pour pouvoir former leur propre syndicat.

Le projet de formation du syndicat des travailleuses du sexe suscite plutôt des débats houleux dans ce pays d'Afrique australe.

''Le congrès ne soutiendra pas la formation d'un syndicat dont l'existence est en contradiction avec les lois de ce pays'', affirme le secrétaire général du ZCTU, Sylvester Tembo.

Selon le droit zambien, la prostitution est une infraction passible d'une peine d'un mois d'emprisonnement ou d'une amende. ''Le projet de formation de ce syndicat représente un grand défi pour l'Eglise'', ajoute Tembo.

Plusieurs hauts responsables zambiens évitent les aspects légaux ou éthiques du projet et se réfèrent simplement à un décret que Chiluba a pris depuis huit ans pour indiquer que la Zambie est une ''nation chrétienne''. En 1996, le Parlement, essentiellement dominé par les membres du parti au pouvoir, le Mouvement pour la Démocratie Multipartite (MMD), a incorporé le décret présidentiel dans la constitution du pays.

Cependant, plusieurs organisations non gouvernementales approuvent l'initiative des travailleuses du sexe qui souhaitent, entre autres, que le gouvernement précise les zones où elles peuvent légitimement exercer leur métier sans être harcelées.

''Notre principale préoccupation est l'habilitation des femmes'', explique Charity Musamba, la responsable du service de recherche, d'information et de documentation du Groupe National de Pression des Femmes.

''Si en formant un syndicat elles peuvent prendre des décisions sur des questions qui les concernent, nous allons suggérer qu'on les laisse poursuivre leur initiative'', ajoute Musamba tout en observant que la formation d'un syndicat des travailleuses du sexe pose des questions morales complexes sur lesquelles son groupe de pression n'a pas encore pris de décision ferme.

La ZIMT, une équipe qui a conduit au début de l'année à la formation d'un mouvement de défense des droits des homosexuels à Lusaka, estime que la reconnaissance officielle et la légitimation de la prostitution seraient pragmatiques et profiteraient plus tard à la société.

''Si les prostituées forment un syndicat, le gouvernement pourra les contrôler et les imposer'', fait remarquer Alfred Zulu, le président du ZIMT.

''Si la prostitution est officiellement reconnue, elle peut désormais être réglementée et les travailleuses du sexe pourront aider les autorités à concevoir une politique de santé propre à elles. Dans tous les cas, la prostitution est devenue une activité lucrative pour un nombre croissant de personnes dans ce pays. C'est l'industrie qui enregistre la plus forte croissance en Zambie'', renchérit-il.

Il est difficile d'estimer le nombre de travailleuses du sexe dans le pays, d'une part, parce qu'elles ne sont pas officiellement reconnues et d'autre part, parce qu'elles opèrent clandestinement. Depuis l'annonce du projet, les médias dénoncent constamment la décadence morale du pays. La 'Radio Phœnix' prévoit par exemple d'organiser une série d'émissions sur l'image négative que les travailleuses du sexe donnent du pays sur le plan international.

Toutefois la plupart des travailleuses du sexe pensent que ces critiques frisent l'hypocrisie. ''Les même ministres et prédicateurs qui nous condamnent en plein jour deviennent nos clients la nuit'', proteste une travailleuse du sexe à Lusaka.


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