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La lutte contre les violences faites aux femmes s'avère difficile

Par Abdoulaye Gandéma

OUAGADOUGOU, 21 déc. (IPS)- Sarata Traoré, ménagère, accusée de mauvais comportement par son mari, a été copieusement tabassée par ce dernier. Elle ne dût son salut qu'à l'intervention des voisins, alertés par ses cris.

Transportée au service d'urgence de l'hôpital central de Ouagadougou, elle s'en est sortie avec un œil au beurre noir et des contusions un peu partout.

Cependant, lorsque Madeleine Ouédraogo, membre de l'Association Promo-Femmes-Développement-Sports (PF/DS), lui a suggéré de convoquer son mari à la gendarmerie, Sarata a très vite paniqué.

''Il ne faut pas le convoquer. Je tiens à préserver mon foyer'', a supplié Sarata Traoré.

Au bout de deux semaines de traitement dans sa famille d'origine, Sarata Traoré s'est vu intimer l'ordre de rejoindre son mari, sans autre forme de procès, par sa propre mère.

''Le foyer, c'est comme cela. Tâche de bien te comporter désormais. Et même si ton mari te bat, tu dois rester dans ton foyer'', lui explique la vieille dame.

Selon Madeleine Ouédraogo, c'est ce genre de comportement qui fait que certains hommes continuent de brimer leurs épouses, annihilant ainsi les efforts réalisés en matière de lutte contre les violences faites aux femmes.

Au Burkina Faso, il n'existe aucune loi spécifique qui sanctionne les violences conjugales. Par exemple, une brimade conjugale est réprimée par le texte général des ''coups et blessures volontaires'' prévu dans le Code pénal.

Selon Isabelle Ouédraogo, magistrat, la mentalité générale au Burkina est qu'il est tout à fait normal pour un homme de corriger sa femme, c'est-à-dire de la battre.

''En plus, les violences étant privées, personne ne veut les faire connaître et les gens n'aiment pas rentrer dans la vie privée des autres'', explique Isabelle Ouédraogo qui est également membre du bureau national du Réseau Femmes, Droits et Développement en Afrique (WILDAF), une Organisation Non Gouvernementale (ONG) de défense des droits de la Femme.

Selon certaines estimations, environ un cinquième des problèmes de santé des femmes seraient liés à la violence.

WILDAF note que les formes les plus courantes d'abus physiques sur les femmes au Burkina Faso demeurent les bastonnades. Il y a également les grossesses rapprochées, le viol, le harcèlement sexuel et la prostitution.

Les injures (du mari ou des parents) et la pression financière exercée par l'époux constituent des violences morales. La pression financière s'exerce surtout dans les foyers où l'homme est l'unique ou le principal pourvoyeur de revenus. Les violences culturelles sont l'excision, le lévirat, la polygamie, le mariage forcé, le mariage précoce, l'analphabétisme.

''A vue d'œil, certaines femmes semblent se complaire dans cette situation. Ce comportement est souvent dû à l'ignorance ou à la pauvreté, et il nous revient d'aider nos consœurs qui vivent leur situation de femme comme une fatalité'', affirme Isabelle.

''Il y a un manque de solidarité entre les femmes en Afrique. Pendant que les unes s'évertuent à lutter contre cette situation, d'autres sont prêtes à tout accepter'', déplore-t-elle.

La section de WILDAF au Burkina a organisé du 25 novembre au 10 décembre 1999, des représentations théâtrales pour sensibiliser les populations sur les droits de la femme.

Les représentations ont abordé plusieurs thèmes, dont le mariage forcé, le mariage précoce, l'excision, etc.'', souligne Ouédraogo.

Pour elle, le théâtre forum, avec ses dialogues et l'interaction spontanée entre le public et les comédiens, est adapté aux populations burkinabé, à majorité analphabètes.

''Les représentations étant données dans la langue locale et simulant des situations vécues, elles se sentent plus concernées. Elles sont à même de poser des questions et de se renseigner sur les thèmes présentés'', dit Ouédraogo.

L'année dernière, WILDAF a commémoré la Journée de la lutte contre les violences à l'égard des femmes en installant et en faisant fonctionner un tribunal fictif sur les mutilations des organes génitaux féminins.


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