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Un village de défenseurs des droits humains |
Par Aïda Diop Soumare, correspondante de la PANA
Dakar, Sénégal (PANA) -- Le village de Ngerigne Bambara est en fête, les habitants, les femmes en particulier, ont mis leurs plus beaux habits.
Une grande tente orange a été aménagée sur la place du village. La manifestation est animée avec les dernières créations des vedettes locales de la chanson. La population a des raisons d'être fière.
Elle reçoit en effet la visite des participants à un séminaire UNIFEM/ASBEF de formation sur la convention des Nations Unies pour l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'encontre des femmes (CEDAW, selon son sigle anglais).
Les délégués ont déserté les salons de l'hôtel ou se déroulent les travaux du 6 au 10 décembre. Pour leur visite de terrain, ils sont venus s'inspirer de l'expérience de Ngerigne Bambara.
Les habitants du village ont en partage la langue Bambara. Venus du Mali, de Gambie, du Burkina... Ils ont créé Ngerigne Bambara et perpétue leur culture et leurs traditions.
Ngerigne bambara constitue un des dix villages pilotes des départements de Thiés et de Mbour, à quelque 70 et 100 km à l'est et au sud-est de Dakar, sélectionnés pour bénéficier du programme d'éducation de base de l'ONG "Tostan", soutenu par l'UNICEF.
La formation, d'une durée de six mois, est axée sur la promotion des droits humains. Il s'agit de familiariser les habitants de 10 villages avec différents instruments juridiques relatifs aux droits de l'homme, précise-t-on.
Au moins une fois par mois, chaque village retient un thème relatif à un droit régulièrement violé dans la communauté. Le débat mobilise tout le village. Il aboutit à des actions concrètes, dans le sens d'un plus grand respect et d'une meilleure application des droits humains dans le vécu quotidien.
Tous les six mois, un village parmi les dix sera choisi pour abriter la cérémonie de remise de certificat, couverte par les médias.
Jeune femme de 20 ans, Maïmouna a suivi le programme. Elle a des raisons d'être heureuse. "Grâce au programme, j'ai échappé au mariage forcé", dit-elle.
"Mes parents voulaient me marier à un homme que je n'aimais pas. Heureusement, ils ont bénéficié, comme moi, de la formation sur les droits humains et ils ont fini par renoncer au projet", explique-t-elle.
Les séances sont organisées sur la place du village. Tout le monde peut y participer activement. Les formateurs veillent à la présence de tous. Des séances de partage sont élargies aux villages voisins et aux autorités administratives.
Les droits violés dans le village sont discutés ainsi que les conséquences des violations. A l'issue de la phase diagnostic, les participants choisissent les six thèmes les plus importants des six mois à venir, à raison d'un thème par mois
Le phénomène des castes est très vivace à Ngerigne Bambara. Les griots, les forgerons et les nobles n'avaient aucune raison de se retrouver à la même place. La séparation était très stricte.
Après la formation sur les droits humains, les femmes, après plusieurs séances de sensibilisation, ont décidé de rompre d'avec ce comportement rappelant le système de l'apartheid et de mettre en place un groupement de toutes les femmes du village.
La direction a même été confiée à une castée, Mme Sokhna Mbaye. "Jamais dans le passé, ce village n'avait toléré qu'une castée dirige quoi que ce soit. C'est à une "première" que nous assistons aujourd'hui", témoigne-t-elle.