SENEGAL : Une ancienne exciseuse devient une grande militante contre la pratique

famafrique

famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦


SENEGAL : Une ancienne exciseuse devient une grande militante contre la pratique

Par Judith Achieng'

DAKAR, 20 déc (IPS) - Jusqu'en 1997, l'occupation de Ourey Sall, en tant qu'exciseuse traditionnelle, dans le petit village sénégalais de Ngeringe Bambara, faisait vivre sa famille et l'a aidée à construire une maison en dur à deux chambres dans laquelle elle vit.

La cinquantaine révolue, Sall est maintenant l'un des plus farouches détracteurs de l'amputation génitale de la femme (AGF). Elle parcourt le Sénégal, allant de village en village pour prêcher contre cette pratique.

''Je prenais de l'argent pour quelque chose qui n'était pas bien'', explique-t-elle.

Elle vend maintenant des tomates et des perles et a juré de ne jamais retourner à ce commerce lucratif, même si elle peut difficilement joindre les deux bouts.

''Si je gagne 5.000 francs CFA (environ 7 dollars US) pour exciser une fille et qu'elle se retrouve à hôpital avec une ordonnance de 50.000 FCFA, cela n'en vaut pas la peine'', affirme-t-elle.

Sall fait partie des cinq femmes en plus d'un leader islamique local qui ont été honorés au Sénégal par l'Institut de la population basé à Washington et le Fonds des nations unies pour la population (FNUAP) pour avoir eu le courage de se lever et dire au monde qu'ils mettaient fin à l'excision.

Ce qui a commencé comme des classes d'alphabétisation pour les femmes dans le village de Malikunda Bamabara au Sénégal, par une organisation non gouvernementale (ONG), s'est traduit en la meilleure histoire à succès en Afrique sur la lutte contre la mutilation génitale, une pratique qui est présente partout sur le continent.

Par l'éducation de base dispensée par Tostan, une ONG basée au Sénégal travaillant pour apporter l'éducation de base aux femmes villageoises, explique Molly Melching de Tostan, les femmes étaient capables de se poser des questions sur la pertinence de la mutilation génitale de la femme, qui causait de sérieux problèmes de santé reproductive.

Tostan, qui signifie ''percée'' en Wolof, est présente dans près de 400 villages au Sénégal, donnant les rudiments des cours d'alphabétisation aux femmes, pour rehausser leur développement personnel et celui de la communauté.

Les femmes, après les classes, commençaient à discuter ouvertement de la mutilation génitale de la femme avec leurs maris, les chefs locaux et l'imam du village, un leader religieux reconnu, une année après que les femmes eurent déclaré publiquement qu'elles cessaient la pratique.

''Nous les avons seulement informées. Nous croyons, lorsqu'elles ont la bonne information, elles sont assez intelligentes pour choisir ce qui est bon'', affirme Melching.

L'islam étant majoritaire au Sénégal, la religion joue un important rôle dans la vie quotidienne dans ce pays, un fait qui nécessitait l'implication des vieux du village et des chefs islamiques, pour aborder les préoccupations des populations par rapport à la position de l'islam sur cette question sensible.

Les déclarations publiques, qui ont reçu une large couverture médiatique, ont eu depuis un effet de boule de neige sur les villages à travers le Sénégal, où près de 274 villages ont fait le vou de mettre fin à la pratique.

Le projet, qui a reçu le soutien du président sénégalais Abdoulaye Wade, a conduit à l'application de la législation contre la pratique.

''C'était difficile pour nous lorsque nous avons décidé de mettre un terme à cette pratique. Tout le monde pensait que nous avions été payés pour arrêter'', explique Maïmouna Traoré du village Malicounda Bambara, qui, le 6 novembre 1996, a fait la première déclaration publique au Sénégal contre la pratique.

''Plusieurs personnes résistaient au début, mais nous avons persisté et nous sommes allés de village en village avec l'imam'', a-t-elle affirmé en Wolof (langue locale), au moment où elle recevait son prix à Dakar, la capitale sénégalaise, récemment.

L'amputation génitale de la femme (AGF), également connue comme excision ou mutilation génitale de la femme (MGF) impliquant l'altération ou l'ablation des organes génitaux externes de la femme, habituellement, pour des raisons sociales plutôt que des raisons médicales, est une pratique répandue au Sénégal et dans 27 pays d'Afrique sub-saharienne.

Seuls dix pays en Afrique ont interdit la pratique. A travers la migration, l'AGF s'est également étendue à l'Europe et à d'autres parties du monde.

Le terme AGF, selon le Bureau de référence en matière de population basé aux Etats-Unis, est actuellement utilisé par les universitaires en santé reproductive comme un terme plus neutre pour remplacer le terme MGF plus critique, utilisé par les groupes de défense des droits des femmes pour mettre l'accent sur les dégâts causés par la pratique.

Le Sénégal, où s'est également déroulée cette année la remise des Prix internationaux des médias de l'Institut de la population, décernés à six individus et à des organisations de presse, pour leurs efforts visant à mettre en relief les problèmes de population mondiale et de santé reproductive, a été choisi pour son succès dans la lutte contre l'amputation génitale de la femme.

Inter Press Service (IPS) a reçu le prix de l'agence de presse la plus consciencieuse pour avoir ''apporté son soutien au règlement des crises de la population mondiale à travers un engagement manifeste à partager des idées, la connaissance et l'expérience ... en vue de la conception d'une meilleure qualité de vie pour tous les peuples du monde''.

****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************


famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦ ¦ Retour haut de page