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AFRIQUE : Quand les femmes décident de se prendre en charge face au SIDA |
Par Reine Azifan
OUAGADOUGOU, 14 déc (IPS) - L'Afrique ''est la seule région au monde où il y a plus de femmes infectées par le Virus de l'immunodéficience humaine (VIH) que d'hommes'', a déclaré, à Ouagadougou, le Dr Antoine Kaboré du bureau régional de l'Organisation mondiale de la santé (OMS).
Le Dr Kaboré s'exprimait au cours des travaux de la 12ème Conférence internationale sur le Sida et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique (CISMA) qui se sont achevés jeudi dans la capitale du Burkina Faso.
Selon Kaboré, des études réalisées dans onze pays d'Afrique font apparaître que ''les taux moyens de prévalence du VIH/SIDA parmi les adolescentes sont cinq fois plus élevés que ceux enregistrés chez les adolescents''. Chez les jeunes femmes âgées de 20 à 24 ans, ce taux est trois fois plus élevé que chez les hommes de la même tranche d'âge.
Face à cette féminisation de l'épidémie du Sida, des femmes africaines ont décidé d'aller en guerre contre la maladie. Elles ont créé en 1988 l'Association des femmes africaines face au Sida (SWAA). Pour la présidente internationale de la SWAA, Charlotte Faty Ndiaye, cette association est la réponse des femmes africaines au Sida.
En 14 ans d'existence, la SWAA a marqué sa présence dans 36 pays, à travers des actions en faveur des femmes et des enfants. ''Nos domaines d'activités sont la sensibilisation, l'information et l'éducation des femmes de tous les milieux, la prise en charge des femmes vivant avec le VIH et les orphelins du Sida, la promotion du préservatif féminin'', précise Ndiaye.
En Tanzanie où la SWAA intervient depuis 1989, des projets communautaires ont été exécutés en faveur des femmes, en particulier dans le domaine de la sensibilisation et du soutien aux femmes infectées et affectées. Un centre d'informations et de conseils a été créé pour prodiguer des conseils et des soins médicaux et un minimum de matériel aux personnes vivant avec le VIH.
Dirigé par la SWAA en Tanzanie depuis 1993, ce centre a enregistré plus de 700 bénéficiaires. Il a également formé des exciseuses, des tradipraticiens, des religieux et des accoucheuses traditionnelles sur la prévention du Sida dans le cadre de leurs activités.
Au Burundi, outre les activités de sensibilisation et de prise en charge, des projets générateurs de revenus ont été initiés au profit des femmes infectées et des orphelins du Sida devenus chefs de ménage. Au total 296 familles ont bénéficié depuis 1997 à ce jour de micro-crédits dont le montant varie entre 30.000 et 100.000 francs burundais.
Selon la présidente de la SWAA, ces activités génératrices de revenus dans les domaines de l'agriculture, de l'élevage et du petit commerce, ont permis de réduire la vulnérabilité des femmes victimes du Sida.
La SWAA s'est investie au Ghana dans la formation sur les maladies sexuellement transmissibles (MST) et le Sida ainsi que sur la promotion du préservatif féminin. Pour cela, des femmes ont été formées sur les techniques relatives au port du préservatif. Selon Ndiaye, la création d'un réseau de vente de ces préservatifs a permis d'en distribuer déjà 9.000.
La particularité de la SWAA au Burkina Faso est l'installation d'une ligne téléphonique gratuite dite ''ligne verte''. Grâce à cette ligne, la SWAA locale a pu envoyer des personnes vivant avec le VIH vers des médecins pour des consultations. L'association a aussi participé aux frais d'analyses médicales et à la fourniture de médicaments.
''Des actions similaires sont mises en oeuvre dans d'autres pays où nous sommes représentées, comme le Sénégal'', souligne Khady Fall de la SWAA/Sénégal.
Dans sa campagne pour la promotion du préservatif féminin, la SWAA est soutenue par le Fonds de développement des Nations unies pour la femme (UNIFEM). Selon sa directrice régionale pour l'Afrique de l'ouest et du centre, Yassine Fall, ''le préservatif féminin est le seul outil de protection à la disposition des femmes aujourd'hui. L'acceptabilité du produit est assez bonne, mais il doit être subventionné''.
Pour l'instant, ce produit est disponible dans quelques pays d'Afrique et coûte relativement cher. Au Sénégal par exemple, il coûte 1.200 francs CFA contre 50 FCFA pour le préservatif masculin. ''C'est là encore une discrimination à l'égard de la femme dont le pouvoir d'achat est déjà faible'', souligne Yassine Fall de l'UNIFEM.
C'est au niveau de l'accessibilité géographique et financière que la SWAA compte mener son combat. ''Notre combat est de rendre plus accessible, à un prix abordable, le condom féminin car, compte tenu de la féminisation de la pauvreté, rares sont les femmes qui peuvent acheter le préservatif à 1.200 FCFA l'unité''.
Parallèlement à la protection des femmes africaines contre le Sida, la SWAA a initié un projet en faveur des orphelins du Sida en Afrique.
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