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L'artisanat féminin devient un moyen de lutte contre la pauvreté

Par Saïdou Arji

NIAMEY, 3 déc (IPS) - L'artisanat ''est un important levier pour la promotion du statut économique de la femme et la lutte contre la pauvreté d'autant qu'il constitue une source de revenus et demeure un pourvoyeur des outils de production courante'', selon la ministre nigérienne de la Promotion de la Femme, Aïchatou Foumakoye.

Foumakoye, qui est également ministre du Développement social, de la Population et de la Protection de l'Enfant, s'exprimait à l'ouverture de la deuxième édition du Salon international de l'artisanat pour la femme (SAFEM) organisé en novembre à Niamey, au Niger.

Outre les femmes nigériennes, cette édition a enregistré la participation des femmes artisanes venues de Côte d'Ivoire, du Bénin, du Burkina Faso, du Ghana, du Sénégal, du Togo et du Mali.

Selon les organisateurs, 302 exposants ont pris part à ce salon organisé avec l'appui de la coopération luxembourgeoise. Le SAFEM a permis aux exposantes de vendre leurs produits, mais aussi de nouer des contacts commerciaux.

Selon Béatrice Amadou, exposante béninoise, l'objectif de sa participation à ce salon est surtout d'élargir son marché. ''Je suis venue à ce salon pour prospecter et connaître le marché nigérien, mais aussi échanger des connaissances avec d'autres artisans''.

Awa Congo, responsable du stand de la Coopérative de production artisanale des femmes de Ouagadougou (COPAFO), indique qu'elle a enregistré la vente de nombreux articles. ''Nous avons vendu particulièrement les pagnes traditionnels de type 'bogolan', les couvre-lits, les pagnes tissés et les robes teintées'', précise-t-elle.

Des réflexions ont eu lieu en marge du SAFEM, à travers trois ateliers dont les thèmes sont : ''Commercialisation des produits artisanaux'', ''Femme et artisanat'', et ''Validation de l'étude sur les besoins des femmes artisanes''.

Le dernier atelier a débouché sur l'adoption d'un programme spécial sur les besoins des femmes artisanes.

Selon Saïdou Saley, directeur national de la promotion de l'artisanat, ''le programme adopté englobe tout le processus de l'artisanat. Les besoins des femmes en artisanat vont de la formation à la commercialisation des objets d'art et pour satisfaire ces besoins, il faut encadrer les artisanes dans l'amélioration de la qualité et l'utilisation des équipements modernes''.

La mise en ouvre du programme spécial sur les besoins des femmes artisanes exige des moyens financiers que l'Etat du Niger ne peut à lui seul mobiliser, indique Saley. Plusieurs bailleurs de fonds présents aux ateliers sont disposés à contribuer à la réalisation du projet, ajoute-t-il.

La coopération luxembourgeoise est l'un des bailleurs de fonds qui se sont le plus engagés dans le secteur de l'artisanat, à travers son projet DANI (Programme de développement de l'artisanat au Niger).

Aïchatou Kané, directrice du DANI, précise que son institution contribuera à la mise en ouvre du programme spécial. Selon elle, l'organisation du SAFEM s'inscrit dans le cadre de ''la maîtrise de l'après projet par les bénéficiaires''.

''Le rôle de l'artisanat féminin dans la lutte contre la pauvreté n'est plus à démonter, car c'est le seul métier qui est pratiqué en ville comme en campagne'', ajoute Kané.

Selon les statistiques, le nombre d'artisans au Niger est estimé à 500.000 personnes, dont un tiers sont des femmes.

Pour la directrice du DANI, l'artisanat est l'un des secteurs qui contribuent le plus à la création des richesses au Niger, puisqu'il représente 20 pour cent du Produit intérieur brut (PIB). Le PIB du Niger est estimé à 2,048 milliards de dollars US au titre de l'année 1998 par la Banque mondiale.

L'atelier sur le thème ''Femme et artisanat'' a mis à jour la similitude des problèmes que rencontrent les femmes artisanes dans beaucoup de pays africains. L'insuffisance, voire le manque de capitaux, est la plus grande difficulté de ces femmes.

Rabi Idé, cordonnière au village artisanal de Dosso, ville située à 130 kilomètres de Niamey, affirme qu'il lui arrive de ne pas honorer certaines commandes en raison du manque de fonds de roulement.

''Par manque d'argent, nous ne pouvons pas acheter une grande quantité de cuir ou réparer les machines, lorsqu'elles tombent en panne''. Selon Idé, la seule machine qui sert à découper le cuir est en panne depuis plusieurs mois. Ce qui réduit la capacité de production de leur coopérative.

Le manque de fonds de roulement est lié à l'environnement dans lequel vivent les femmes artisanes en Afrique. Les femmes célibataires, les veuves et les divorcées supportent généralement seules les charges familiales. Ce qui les amène à consacrer une partie de leurs capitaux à l'alimentation et à l'habillement des enfants.

Selon Zakaria Ouédraogo, secrétaire aux relations extérieures de l'Union des teinturières et teinturiers du Kadiogo (UTTK), une organisation basée à Ouagadougou (Burkina Faso), le partage des revenus entre artisanat et gestion familiale limite la capacité des femmes à confectionner des articles.

''Ces femmes se trouvent dans un dilemme, particulièrement à certaines périodes comme la rentrée scolaire. Lorsqu'elles paient les frais d'inscription et les fournitures scolaires de leurs enfants, elles mettent du temps à se relever financièrement'', explique Ouédraogo.

Pour Kané, le fait que les femmes supportent des charges familiales énormes doit amener les décideurs à réfléchir sur les mécanismes de crédit qui tiennent compte de cette spécificité.

''Le programme spécial doit, à mon avis, instituer un système de micro-crédit qui puisse offrir aux femmes des échéances de remboursement plus longues, car dans beaucoup de foyers, ce sont elles les chefs de famille'', souligne la directrice du DANI.

Selon la représentante de Lux-développement, ''les femmes sont au centre des activités artisanales, parce que ce sont elles les principales consommatrices de l'artisanat : consommatrices directes pour l'artisanat utilitaire et indirectes des jolis cadeaux qu'elles reçoivent''.

Pour Irène Horejs, chef de la délégation de la Communauté européenne au Niger, le SAFEM est une opportunité pour valoriser la capacité des femmes à participer pleinement au processus de développement. ''A travers les métiers d'artisanat, le travail des femmes est une réelle source de revenus pour les familles''.

De son côté, le ministre du Tourisme et de l'Artisanat du Niger, Rhissa Ag Boula, a souligné que ''tous les efforts doivent être entrepris pour faire de l'artisanat l'une des ressources de la réduction de la pauvreté, mais surtout de la relance économique''. (FIN/IPS/AF/DV/SA/AIT/01)

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