famafrique

famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦


BURKINA FASO :
Tout le monde s'engage pour un changement de mentalité sur le SIDA

Par Brahima Ouédraogo

OUAGADOUGOU, 8 déc (IPS) - Le poster géant du président burkinabè, le 1er décembre aux cotés d'une femme séropositive, a été apprécié par les organisations de lutte contre le SIDA comme un appel à mettre fin à la stigmatisation de la maladie - une des causes principales de la propagation rapide du VIH/SIDA.

''C'est un message fort'', estime le Dr Mohamed Hassane, représentant de l'Organisation mondiale de la Santé (OMS) au Burkina. Sur le poster géant distribué à travers le pays, il est écrit ''ça me concerne et toi?'', avec ce message du président Blaise Compaoré : ''Nous devons porter une attention particulière aux malades du SIDA''.

Depuis novembre, le président Compaoré préside en personne le Conseil national de lutte contre le SIDA afin de donner une nouvelle impulsion au combat contre la pandémie qui progresse malgré des efforts de sensibilisation entrepris depuis que les premiers cas de la maladie ont été décelés en 1986.

''Pour une fois, le chef de l'Etat a montré son engagement dans la lutte contre le SIDA et cela donne l'espoir aux personnes infectées qui peuvent maintenant témoigner et parler à visage découvert, c'est dé-stigmatisant'', se réjouit Kalifa Soulama, chargé de projet à l'ONG Initiative privée et communautaire (IPC) de lutte contre le VIH/SIDA au Burkina.

La stigmatisation et la discrimination des malades ont été pour beaucoup dans la progression du fléau au Burkina, constatent les responsables de la santé. Selon le dernier rapport de l'ONUSIDA, le Burkina Faso constitue l'un des pays en Afrique où la pandémie progresse.

Le taux de prévalence, qui est passé de 4 pour cent en 1989 à 7,17 pour cent en 2001, fait du Burkina le deuxième pays le plus touché en Afrique de l'ouest, après la Côte d'Ivoire. Au Burkina, 122 personnes sont infectées chaque jour ce qui fait 44.000 infections par an, selon l'ONUSIDA.

Le nombre de personnes vivant avec le VIH est estimé à plus de 370.000 tandis que le nombre de cas déclarés s'élève à 18.000.

Le Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) a déjà relevé que la ''progression de la maladie avait dépassé les projections''. ''Même si la propagation du virus cessait aujourd'hui, ce poids serait ressenti pendant des années sur les populations, les systèmes de santé et l'économie du pays'', avait averti le PNUD dans un rapport en juin.

''En plus des facteurs de vulnérabilité que nous voyons à travers la pauvreté, l'analphabétisme, le déni, il y a des facteurs socio-culturels sur lesquels il faut mettre l'accent. Le fait d'avoir une autre image de l'infection du VIH, de la rattacher à la sorcellerie, à autre chose, constitue un frein important dans la lutte contre le SIDA'', déplore le Dr Paul Thomas Sanou, directeur du Centre de traitement ambulatoire.

Beaucoup de personnes infectées sont obligées de cacher leur sérologie, de peur d'être indexées, mais grâce aux associations de soutien aux malades qui commencent à voir le jour, ils reprennent espoir.

''Après avoir connu ma sérologie, j'ai connu la déprime avant de retrouver mes semblables dans une association qui comprend des personnes infectées où je reçois le réconfort moral'', explique Marie Koncobo, une femme fonctionnaire et séropositive d'une quarantaine d'années. ''J'ai ensuite pu informer mes proches, mon chef de service qui m'a comprise et me soutient car il y a des tâches que je ne peux plus remplir'', poursuit-elle.

Koncobo avait été mise en cause, pour le décès de ces trois enfants, par les parents de son mari qui l'accusaient d'avoir livré ses enfants à la sorcellerie. A la mort de son mari, malgré les soupçons sur les causes du décès (le SIDA), sa belle-famille y a vu la main d'un amant qui aurait juré de se moquer d'elle quand elle deviendrait veuve.

''C'est à nous les malades de contribuer à faire baisser la propagation de la maladie en encourageant les autres personnes infectées à parler à visage découvert et les autres à connaître leur sérologie, car on peut ainsi se traiter avant qu'il ne soit trop tard'', conseille-t-elle.

Dans son association dénommée ''Vie Positive'', Koncobo et d'autres personnes infectées jouent le rôle de psycho-conseillers bénévoles qui reçoivent des personnes infectées, mais aussi des personnes voulant découvrir leur statut sérologique ainsi que des élèves venant pour le dépistage ou des conseils sur l'utilisation des préservatifs.

''J'arrive à convaincre plusieurs personnes qui étaient dans le gouffre à avoir une vie normale'', souligne Mariama, une séropositive qui a découvert son statut après le décès de son mari il y a deux ans. Bénévole de l'association ''Vie Positive'', elle se vente d'avoir amené, grâce à la sensibilisation, le muezzin de la grande mosquée de Ouagadougou à accepter un dépistage.

Les discussions en groupes, au sein de plusieurs associations, commencent à porter des fruits, même si les résultats sont encore limités.

Dans plusieurs villages du Burkina, les veuves ne sont plus attribuées automatiquement à d'autres hommes et le lévirat a été interdit par certains chefs coutumiers du plateau Mossi, l'ethnie majoritaire dans le pays et très conservatrice. Les chefs rendent souvent obligatoire le dépistage de la veuve et du prétendant.

''Nous impliquons les tradi-praticiens, les sorciers, les leaders d'opinion et même les exciseuses dans les campagnes de sensibilisation pour briser le tabou sur certaines questions comme la sexualité et faire connaître la maladie car dans le village, tout le monde n'est pas autorisé à dire la vérité, seuls certains ont ce privilège'', explique Soulama de l'ONG IPC.

''Les exciseuses par exemple sont associées car elles expliquent déjà aux jeunes filles, lors des rites, qu'une fille qui a couché avec plus d'un homme est comme une qui marché nue. C'est un aspect qui peut contribuer à favoriser la fidélité et l'abstinence'', affirme Soulama.

Selon Soulama, L'IPC a déjà formé plus d'un millier de personnes chargées de la sensibilisation dans les campagnes. Les autorités ont prévu, pour les années 2002-2003, le renforcement des comités dans les provinces afin de responsabiliser les localités. Des comités sont également prévus au sein des confessions religieuses.

''Un changement de comportement ne s'obtient pas tout de suite'', reconnaît André Tiendrébéogo, secrétaire permanent du Comité national de lutte contre le SIDA (CNLS).

Devant la situation alarmante du Burkina, le PNUD a réuni les bailleurs de fonds qui ont accepté, depuis juin, de financer entre 2001-2005 un projet de lutte contre le SIDA à hauteur de 71 milliards de francs CFA. Un dollar US équivaut à 700 FCFA environ.

Par ailleurs, le Burkina avait obtenu des firmes pharmaceutiques, en mai, une réduction des prix des anti-rétroviraux, entraînant une baisse de 90 pour cent des traitements qui variaient entre 200.000 et 300.000 FCFA par mois.

Ouagadougou abrite, du 9 au 13 décembre, la 12ème Conférence internationale sur le SIDA et les maladies sexuellement transmissibles en Afrique, sur le thème ''Les communautés s'engagent''.

****************************************************************************
[C], Inter Press Service, Agence de Presse du Tiers Monde (IPS) Tous Droits Réservés
Reproduction autorisée, à condition de bien indiquer l'origine du document et de nous faire parvenir un exemplaire de la publication contenant le document repris. Pour plus d'informations sur IPS, envoyez un message à ipscoo@bow.intnet.bj ou contactez Nana Rosine Ngangoué à rnana@bow.intnet.bj. tel/fax: +229 33 09 40 05 BP 1150, Cotonou, Bénin
Visitez notre site web: http://www.link.no/ips/fra
****************************************************************************


famafrique ¦ Nouvelles et annonces ¦ ¦ Retour haut de page