|
''Espoir'' pour les orphelins du SIDA |
Par Judith Achieng'ISIOLO, NORD DU KENYA (IPS) - Yassin Salim est tout juste âgé de cinq ans et demi, mais il sait déjà qu'il est atteint du SIDA et chante même des chansons sur cette maladie au centre du VIH dénommé Pepo la Tumaini Jangwani où, avec 78 autres enfants, il a trouvé un foyer.
Les parents de Salim ont succombé à la maladie il y a un an, et lui-même est déjà faible, présentant les signes habituels d'amaigrissement lié au VIH. Néanmoins, son visage s'illumine dès qu'on lui demande de chanter pour les invités du centre.
''Je veux vivre sans le Sida'', chante-t-il en compagnie d'autres enfants. ''Dans ce monde de Sida que je trouve si effrayant''.
Telle est l'ambiance au centre Pepo la Tumani Jangwani (qui signifie vent d'espoir dans le désert, en swahili) qui s'occupe d'orphelins et d'enfants infectés ainsi que de quelque 210 adultes.
''L'esprit qui prévaut ici, c'est de vivre pour voir que le ''vent d'espoir'' vaincra un jour ce fléau de Sida'', explique Khadija Omar Rama, la coordinatrice de programme qui est, elle-même, porteuse du VIH. ''C'est ce qui nous donne le courage de continuer à vivre avec la douleur et l'isolement''.
Le centre, situé dans un coin poussiéreux de ce district semi-aride - composé d'une école, d'un dispensaire et de quelques cases en toit de chaume dispersées - gère l'unique programme communautaire VIH/SIDA dans la région.
Le centre s'occupe d'enfants à la fois infectés et rendus orphelins par le Sida, et essaie de leur trouver des familles adoptives au sein de la communauté. ''Nous n'avons pas beaucoup de place'', dit Rama, en parlant du centre, ''mais nous avons beaucoup d'espoir.''
Le plus grand défi du centre est d'assurer une alimentation adéquate pour maintenir en vie les personnes infectées. Le programme, qui procure seulement un repas par jour aux enfants, selon le projet d'alimentation des écoles du Programme alimentaire mondial (PAM), a également entrepris une œuvre de soins à domicile en vue de toucher les malades déjà trop faibles pour se rendre à pied au centre.
''Beaucoup de personnes sont mortes. La sécurité alimentaire n'est pas encore établie dans ce district'', ajoute Rama.
Amina Abdouba, une veuve infectée, emmène ses deux enfants de même que les trois orphelins de sa sœur, afin d'obtenir de la nourriture au centre. Elle déclare qu'elle est trop faible pour travailler encore à cause de la maladie et qu'elle compte uniquement sur les vivres de l'aide humanitaire qui sont rarement distribués.
''Nous sommes tous pauvres ici. Nous n'avons plus de force pour cultiver la terre. Lorsque le maïs de l'humanitaire arrive, nous le partageons tous ensemble et nous survivons un jour de plus'', poursuit-elle.
Son amie Agnès Aliku affirme que ses infections ont été accélérées par la faim et qu'elle aurait pu mourir de la maladie si le centre ne l'avait pas secourue. Au centre, on lui donne un peu à manger, mais cela suffit à peine à lui fournir l'énergie nécessaire pour prendre ses médicaments contre la tuberculose.
Parfois, les femmes admises au centre envoient leurs enfants quémander de la nourriture au marché. Quelquefois, ils ne rapportent rien. ''C'est dur d'aller dormir le ventre vide'', dit-elle.
Ce vaste district semi-aride a un taux de prévalence de 15 pour cent du VIH - un taux trop élevé pour une petite population d'environ 100.000 habitants nomades qui vivent là, selon l'administrateur local, John Chege.
Le district qui jouxte l'Ethiopie et la Somalie, sert de point de transit aux routiers de longs parcours. La ville est également une zone de formation militaire, avec un grand nombre de recrues blâmées pour la propagation du virus.
Chege a fait du VIH une grande priorité lors de ses réunions avec les chefs locaux. ''Nous essayons de leur parler au cours des réunions, mais changer la culture prendra beaucoup de temps'', souligne-t-il.
Dans une culture où on exige que les jeunes filles se marient dès l'âge de 14 ans, le sexe est un sujet tabou et la honte que constitue le Sida est très grande, avec beaucoup de patients infectés préférant mourir dans le silence.
''Ils se sentent encore insultés lorsque vous leur parlez de l'usage des préservatifs''. Mais la maladie affecte actuellement presque toutes les familles, et les gens se rendent maintenant compte qu'un dialogue s'impose'', indique Chege.
Avec les femmes - principales productrices de cultures vivrières - succombant au virus responsable du Sida, le VIH devient de plus en plus un facteur important minant la moindre activité agricole susceptible d'être menée dans la région.
Le district, qui est également touché par des conflits liés au pâturage, à l'eau et aux vols de bétail, est une zone de haute sécurité.
Le centre n'est pas toujours à l'abri des dangers à cause des bandits armés qui, de temps en temps, font irruption dans la concession et emportent toutes les réserves de vivres, abandonnant le centre totalement démuni jusqu'à l'arrivée d'un éventuel donateur.
''Le Sida est un important facteur dans la sécurité alimentaire'', fait observer Ernst Lutz, économiste principal à la Banque mondiale, qui s'est rendu dans la région, avec un groupe inter-agences des Nations unies chargé des voyages sur le terrain, avant une réunion régionale capitale visant à élaborer une stratégie de sécurité alimentaire, prévue cette semaine dans la capitale kenyane, Nairobi.
''Le VIH emporte des hommes et des femmes à un âge où ils sont productifs. Alors, qui produit de la nourriture?'', se demande-t-il.
Le défi du VIH/SIDA et ses conséquences sur l'agriculture font partie des questions essentielles à débattre lors de la consultation régionale sur la sécurité alimentaire dans la Corne de l'Afrique. On attend de la réunion qu'elle élabore des stratégies à long terme pour briser le cycle de désastres dus à la sécheresse dans la région.