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Recrudescence du trafic des enfants |
Par Gustave CapdevilaGENEVE, 18 juin (IPS) - Le trafic des enfants destinés à servir de main-d'œuvre à bon marché, est en pleine expansion dans neuf pays de l'Afrique occidentale et centrale, rapporte l'Organisation internationale du travail (OIT).
Dans le rapport de l'OIT rendu public, figurent des interviews d'enfants et de leurs parents au Bénin, au Burkina Faso, au Cameroun, en Côte d'Ivoire, au Gabon, au Ghana, au Mali, au Nigeria et au Togo.
Les résultats de cette première phase du programme, dont l'étude en constitue une partie, ont été présentés vendredi dernier à Genève, à la veille de la journée de l'Enfant africain, célébrée le 16 juin.
La pauvreté est le principal facteur incitant les parents à envoyer loin leurs enfants, avec des intermédiaires impliqués dans les réseaux du trafic d'enfants, indique le rapport. Un autre élément mentionné, ''c'est le déclin généralisé dans la région du système famille étendue et des formes traditionnelles de solidarité qui s'y rattachent''.
Les parents décident de réaliser des gains sur leurs enfants sans prendre en considération les conséquences où les préjudices que subiront ces enfants à long terme, estimant qu'''ils n'ont tout simplement pas d'autres choix'', selon l'OIT.
L'étude ne fait pas état du nombre exact des enfants de la région victimes du trafic, mais précise bien que le phénomène touche même de tout-petits enfants de cinq ans, la plupart issus de grandes familles rurales d'au moins cinq enfants ayant un faible niveau d'instruction.
En général, les filles victimes du trafic sont engagées comme domestiques ou vendeuses de rues. Les garçons sont eux employés dans les plantations, les chantiers de constructions ou dans les mines.
Aussi bien les filles que les garçons sont sexuellement exploités par les réseaux de prostitution, indique l'agence des Nations unies basée à Génève et qu'on peut localiser sur le site web suivant : http://www.ilo.org.
Dans certains cas, les intermédiaires impliqués dans le trafic sont des membres de la famille ou des connaissances mais parfois, ce sont des inconnus et même des étrangers.
Les hommes et les femmes servant d'intermédiaires promettent de trouver un emploi rémunéré aux enfants, et à certaines occasions, avancent aux parents une modique somme en espèces.
Les intermédiaires réalisent des bénéfices en vendant les enfants ou en s'appropriant une bonne partie ou la totalité de leurs salaires. Parmi les employeurs des enfants, on compte les propriétaires de bars, de restaurants, de garages et de plantations.
Au Gabon et en Côte d'Ivoire, on a découvert que les employeurs immigrés avaient tendance à rechercher des enfants de même nationalité qu'eux. Par exemple, les enfants mineurs originaires du Mali étaient emmenés en Côte d'Ivoire pour travailler dans les plantations d'émigrés maliens.
''Les enfants, séparés de leurs parents, ne bénéficient plus d'aucune protection et sont entièrement à la merci de leur intermédiaire ou de leur employeur'', souligne le rapporteur.
En outre, ces trafics transfrontaliers emmènent les enfants dans des pays inconnus où on parle parfois une langue différente et où les enfants n'ont pas de permis de séjour.
''Les employeurs profitent de la précarité de la situation de ces enfants pour les exploiter à leur guise. Il a été prouvé que les conditions de travail étaient en général misérables, par exemple, de longues journées de labeur avec des pauses insuffisantes, l'utilisation d'outils ou de substances dangereux dans un environnement malsain'', poursuit l'OIT.
''Le phénomène du trafic fait perdre aux enfants leur dignité humaine'', conclut l'étude. Ils sont traumatisés par des conditions de travail abominables, la maltraitance et la maladie et développent le sentiment d'être des déchus de la société. Cela peut les conduire à la délinquance, à la consommation des stupéfiants et leur créer à long terme des troubles mentaux''.
L'étude, réalisée avec un financement du département du Travail des Etats-Unis, recommande un plan sous-régional comportant la recherche, la sensibilisation, la formation, le renforcement des cadres juridiques, l'aide aux victimes, et une coopération bilatérale pour le rapatriement des mineurs affectés et l'extradition des trafiquants.
L'initiative fait partie du Programme international pour l'élimination du travail des enfants (IPEC) élaboré par l'OIT en application partielle de la convention internationale de 1999 contre les formes les plus dégradantes du travail des enfants.
Dans le cadre de cette mission, l'IPEC a annoncé, cette semaine, le démarrage en Tanzanie, au Népal et au Salvador, de programmes visant à mettre fin aux formes les plus dégradantes du travail des enfants dans les dix prochaines années.