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Les femmes à la pointe du changement |
Par Mark WallerHELSINKI, 13 juin (IPS) - Malgré son statut controversé et l'absence de reconnaissance en tant que pays indépendant, la République de Somaliland a souvent fait parler d'elle dans la presse durant ces dernières années, saluée comme une histoire de réussite en matière de paix et de stabilité croissante dans une région minée par la guerre et l'anarchie.
L'ancien protectorat britannique s'est séparé de l'Union avec la Somalie en 1991 à la suite du renversement du dictateur Mohamed Siad Barre qui a dirigé ce pays de la Corne de l'Afrique pendant 22 ans.
La Somaliland a beaucoup souffert de la guerre et du conflit au cours des trois années qui ont suivi, mais a graduellement désarmé les milices des différents clans. La paix s'est enracinée.
Ceci a été obtenu grâce aux efforts des communautés traditionnellement dominées par les hommes en Somaliland.
Mais une caractéristique frappante du processus de paix en Somaliland est la contribution des femmes somaliennes. Ceci a eu des répercussions.
''Les femmes commencent par émerger à tous les niveaux de la vie publique et sont au premier plan des efforts de paix'', a déclaré Zeynab Hassan à une réunion sur les Femmes et la Paix organisée par Finnchurchaid, une organisation non-gouvernementale protestante (ONG), à Helsinki, en Finlande, le 8 juin.
Elle a dit que les femmes ''sont actives dans l'organisation et la facilitation des conférences de réconciliation. Elles exigent également de prendre part aux processus de prise de décision qui ont un profond impact sur leurs vies''.
Hassan, qui travaille pour l'Institut Vie et Paix en Somaliland, séjourne actuellement en Finlande avec Amina Warsame du jeune Groupe d'action et de recherche des femmes de Somaliland.
Elles sont en Finlande pour échanger leurs idées avec les groupes locaux sur les changements capitaux dans la vie des femmes en Somaliland, et également pour rencontrer les membres de la communauté des réfugiés somaliens en Finlande.
Leur visite arrive quelques jours seulement après la proclamation des résultats du référendum constitutionnel du 31 mai en Somaliland. Ceci a été présenté comme une large démonstration de soutien en faveur de l'Etat indépendant de Somaliland.
Selon des chiffres officiels, le nombre de votants dépasserait légèrement un million, sur une population de 2,5 millions d'habitants, avec 97 pour cent en faveur d'un processus constitutionnel qui institue un système multipartite devant conduire aux élections en février 2002.
Pour Hassan et Warsame, les progrès réalisés par les femmes sur la voie de l'habilitation et de l'égalité peuvent déjà commencer par se refléter dans les structures des nouveaux partis politiques.
''L'un des plus graves problèmes auxquels sont confrontées les femmes est qu'elles ne sont pas impliquées dans le processus de prise de décision'', affirme Warsame. ''Les changements prendront du temps. Les gens ne sont pas habitués aux femmes leaders. Ils pensent que les structures de pouvoir n'existent que pour les hommes''.
''Et malgré tout, confie Hassan, nous avons vu des femmes avoir réellement une nouvelle place dans la société. Les femmes somaliennes ne sont pas seulement le pivot de la société somalienne aujourd'hui, elles sont le pivot de l'économie''.
Le travail de Hassan pour l'Institut Vie et Paix est axé sur l'exécution d'un programme d'éducation civique en vue de renforcer l'habilitation des femmes somaliennes.
Sa collègue, Warsame, s'est focalisée sur la manière de contribuer à une recherche fiable sur les rôles économique, social ainsi que le rôle des femmes en matière de construction de paix, et la manière dont ces rôles sont aux prises avec leurs droits réels dans la société.
Elles ne représentent que deux d'un groupe croissant d'ONG dirigées par les femmes en Somaliland. Dans la capitale Hargeisa, seule, il y en a plus de 50.
Hassan et Warsame esquivent ce qu'elles perçoivent comme des descriptions simplistes de femmes somaliennes dans beaucoup de littérature occidentale sur le développement. Cette littérature les dépeint soit comme des victimes d'une tradition oppressive, soit comme des pionnières de l'habilitation.
''C'est beaucoup plus compliqué'', indique Hassan. ''Plusieurs femmes en Somaliland sont illettrées et sont confrontées à plusieurs obstacles culturels.
''Mais elles ont été au cœur de la construction de la paix, et à cause de la guerre, actuellement, les femmes sont souvent chefs de leurs familles et les seuls soutiens pour leur propre famille ainsi que leurs familles élargies''.
Selon Hassan, un grave problème auquel sont confrontées les femmes est de défier les tabous qui les mettent dans une situation de subordination par rapport aux hommes.
''On croit que beaucoup de ces tabous sont dans la religion musulmane, mais ils ne le sont pas en réalité. En Somaliland, les femmes n'en savent pas assez sur la religion, parce que si cela avait été le cas, elles verraient, par exemple, que le fait d'être enfermées à la maison n'a aucun fondement'', ajoute-t-elle.
''Il y a un passage dans le Coran qui dit que quiconque traite son garçon ou sa fille différemment n'est pas un musulman. Imaginez si toutes nos femmes savaient cela'', fait remarquer Hassan.
Pour Warsame, le Groupe d'action et de recherche des femmes est en train de recenser comment les coutumes -- concernant les femmes et leurs manières de demander justice et de faire valoir leurs droits -- ont changé aux cours des dernières années.
Un exemple poignant est la manière dont les femmes ont utilisé la tradition orale de chants et de poésie pour répandre des idées de changement.
''Les femmes mobilisaient les populations contre la guerre surtout à travers cette tradition'', affirme Warsame. ''Elles modifiaient les mots des vieilles chansons ou ajoutaient quelques bribes pour protester contre le conflit entre les clans ou pour demander de ne pas utiliser les armes''.
Dans une société où la poésie et le chant sont aussi communicatifs, comme l'est l'Internet dans certains pays, la tradition orale était un puissant outil de changement.
''Elle l'est encore'', selon Warsame. ''Mais les choses ont changé depuis la guerre. Les femmes ont des responsabilités beaucoup plus élevées, elles ont beaucoup plus en charge le revenu et la propriété et il y a plus d'hostilité et de violence exercées contre elles par les hommes à cause de leur rôle changeant''.
''Tout ceci est exprimé dans les poèmes et les chants. Par exemple, il y a un poème que les gens récitent sur le fait d'avoir un bébé fille et comment la société fait de discrimination contre les filles en faveur des garçons'', fait remarquer Warsame.
Mais peut-être que le changement vient par la force des choses.
Quelqu'un - un homme - a demandé à Hassan si les hommes somaliens devenaient des épouses à la maison. ''Dans mon cas, c'est cela, a-t-elle répondu. ''A cause de ma présence ici (en Finlande), mon mari doit s'occuper de nos enfants''.