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Les femmes continuent de payer
les frais des pratiques rituelles

Par Noël Tadegnon

LOME, 8 juin (IPS) - Les différentes sortes de servitudes rituelles, qui humilient la femme, ne cessent de prendre de l'ampleur en Afrique de l'Ouest, malgré les initiatives des associations et Organisations non gouvernementales (ONG) visant à freiner le phénomène.

La servitude rituelle est une pratique dégradante par laquelle l'homme assoit son autorité sur la jeune fille et la femme dans certaines régions du Togo, du Ghana et du Bénin.

Selon les organisations de défense des droits de la femme, cette pratique porte atteinte à la dignité de la femme qui doit être totalement vouée à l'homme.

''Au Togo, nous avons le veuvage observé dans nombre de régions et qui fait subir des rituels à la femme'', fait remarquer Suzanne Aho, directrice de la promotion de la famille et de la protection de l'enfance au ministère togolais des Affaires sociales.

''Et pourtant, selon le code des personnes et de la famille de notre pays, la femme ne doit pas être soumise à ces rites, surtout lorsqu'ils portent atteinte à sa dignité'', souligne Aho.

Au Togo, la femme qui perd son mari, est soumise aux contraintes du veuvage pendant trois à sept mois, parfois une année ou plus, alors que l'homme veuf peut, lui, se remarier, vivre avec des concubines quelque temps seulement après le décès de son épouse.

''Dans une région du sud du Togo, lorsqu'on se rend compte de l'infidélité d'une veuve, elle devra se mettre nue devant ses oncles, ses parents et ceux de son époux défunt. On met ensuite des grains de maïs sur son sexe avec, en face, une poule qui doit picorer les graines. Le nombre de graines picorées représentent le nombre d'amants qu'elle a eus'', confie Aho.

Une autre pratique imposée à la femme veuve au Ghana, au Togo et au Bénin, est le lévirat. C'est une pratique qui contraint la veuve à épouser un des frères de son mari défunt et à faire, si possible, d'autres enfants avec ce frère.

''On assiste régulièrement à de telles pratiques chez les peuples Bè (installés dans un quartier populaire en plein centre de Lomé) et dans les régions sud et nord-ouest de la capitale du Togo'', indique Bruno Mensah Edem, journaliste et para-juriste togolais.

Les femmes subissent également d'autres formes d'humiliations et d'avilissements liés au fétichisme. La plus en vue est une étrange pratique traditionnelle appelée ''trokossi'' répandue au Togo, au Ghana et au Bénin.

Suivant cette pratique, de jeunes filles vierges sont consacrées au fétiche. ''Les filles sont offertes par leurs familles au fétiche qui est de sexe masculin, selon la tradition'', note Franch Agbavon, enseignant à Aflao, au Ghana.

Les filles sont mises au couvent où elles subissent toutes sortes d'abus et d'exploitations dégradantes.

''Selon les pratiquants et les gardiens des couvents, ces rites donnent une valeur à la femme, elles ne l'avilissent pas'', indique Aho qui affirme qu'une ''analyse de près permet de constater qu'ils font de la femme un objet sexuel, soumis à une certaine fidélité''.

Les filles victimes de ces rites sont considérées comme des enfants. Elles sont enfermées, elles ne sortent que la nuit, elles ne portent que des pagnes noirs et ne doivent parler à personne pendant une longue période.

''Elles travaillent comme ouvrières, sont considérées comme esclaves sexuelles et sont mal nourries'', souligne le sociologue ghanéen, Donkor Ayew.

Les soins médicaux sont proscrits dans ces couvents. Les jeunes filles sont ainsi mises en servitude dès l'âge de 10 ans. Pour qu'une fille se marie, le futur époux devra faire des rituels et des sacrifices avant de la récupérer du couvent. Mais bon nombre d'entre elles y décèdent ou sortent avec des traumatismes.

Au Ghana, certains défendent avec force cette pratique qui, selon eux, fait partie du patrimoine culturel.

Pour le Pr Kofi Awoonor, l'un des conseillers de l'ancien président Ghanéen Jerry Rawlings, les organisations comme International Needs (une ONG Basée au Ghana), qui se sont engagées à libérer les filles, ''ne font que détruire la religion dans leur propre intérêt''.

Selon A. Adodo, un économiste originaire de la région de la Volta au Ghana, la pratique du ''trokossi'' a réduit la criminalité à son minimum dans cette zone. ''Ma mère a aussi été dédiée au trokossi et j'en suis fier'', ajoute-t-il.

Il est difficile pour l'instant de circonscrire ce mal, malgré l'existence d'une loi qui interdit la pratique du ''trokossi'' au Ghana. Des efforts sont toujours déployés pour libérer les filles de ce joug.

''Certains parents essaient de comprendre le message que nous leur apportons et de plus en plus, ils évitent ces traitements à leurs filles'', confie Kouwonou Kafui de l'ONG ''Femme, droit et développement en Afrique''(WILDAFF).

Des associations féministes tentent difficilement de combattre ces pratiques avec plus ou moins de succès. ''Un peu de succès car ce n'est pas facile, c'est une lutte de longue haleine qui doit prendre encore plusieurs années'', estime Blandine Yaya de l'Association des femmes juristes du Bénin (AFJB).

''Cela commence par aller mieux, notamment pour le veuvage où nous demandons et parvenons à obtenir la réduction de sa durée à une ou deux semaines dans certaines régions du Bénin. Ceci permet à la veuve de sortir plus tôt et de reprendre ses activités habituelles'', explique Yaya.

Selon la journaliste Gisèle Glèlè, ''Le lévirat commence aussi à diminuer avec l'évolution, et les jeunes héritiers ne sont plus tellement acquis à cette pratique''.

''Nous expliquons à la veuve et à la famille de son mari défunt que le mariage est un acte volontaire. Ainsi, si la veuve veut rester et épouser un parent du défunt mari, elle peut le faire librement, sinon elle s'en va'', souligne Yaya de l'AFJB.

''Néanmoins, sous la menace de voir arracher leurs enfants et se voir renvoyer par la famille du mari disparu, certaines veuves acceptent, malgré elles, le lévirat pour rester et continuer de vivre avec leur progéniture'', ajoute Yaya.

Des progrès ont été également réalisés en ce qui concerne les pratiques fétichistes. Le message semble être aussi compris par les féticheurs dont quelques-uns ont donné un avis favorable pour la libération des filles toujours détenues au couvent.

Plus de 2.000 jeunes filles ont été déjà libérées et elles bénéficient soit d'une scolarisation, soit d'un fonds pour une activité génératrice de revenus.

Des actions sont aussi déployées au Togo pour la libération des filles victimes du ''trokossi''.


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