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Les femmes se font-elles entendre ? Forum avec le Gouvernement organisé par le Réseau Siggil Jigéen |
Par Aïda DiopDakar (Sénégal), 29 janvier 2001 (ENDA, projet "Parenté conjointe") - Le Réseau Siggil Jigéen a tenu le Forum "Les femmes se font entendre" avec le Gouvernement, le 26 janvier 2001. L'objectif de cette rencontre était de faire entendre la voix des femmes en interpellant les autorités gouvernementales sur trois préoccupations majeures : la question de l' autorité parentale, la féminisation de la pauvreté, et l'accès des femmes aux sphères de décision.
Le Réseau Siggil Jigéen qui avait été assuré de la présence de pas moins de cinq ministres du gouvernement, dont le Premier ministre, a dû, à la dernière minute, se contenter de la présence de trois ministres femmes représentant la Famille et de la Solidarité Nationale, la Décentralisation et les Relations avec les Assemblées.
Les associations féminines, qui ont massivement répondu à l'invitation du Réseau, en ont été déçues, ce qui est compréhensible si l'on considère que ces ministères ont probablement une influence limitée dans la sphère décisionnelle gouvernementale. Pour éviter cette situation, le Forum avait pourtant reporté cette réunion à plusieurs reprises, afin de s'assurer de la disponibilité des ministres invités. Des rencontres préalables avaient été tenues avec certains d'entre eux pour s'assurer de leur présence. Malgré ces précautions, les femmes se sont, une fois de plus, retrouvées entre elles sans interlocuteurs.
Les femmes sénégalaises, composante importante de la société civile, réclament l'accès des femmes aux sphères de décision, et non pas une simple présence symbolique ; des mesures concrètes pour limiter la féminisation de la pauvreté car elles sont convaincues que si les femmes sortent de la pauvreté, c'est toute la société qui en sortira. Elles réclament enfin, la reconnaissance légale de la notion «d'autorité parentale» en lieu et place de celle de puissance paternelle.
Faut-il rappeler que 25 % au moins des ménages au Sénégal, en milieu urbain comme rural, sont dirigés de fait, si ce n'est de droit, par des femmes ? Ceci s'explique notamment par un contexte économique difficile : le chômage, la migration masculine. Ainsi, aujourd'hui, la contribution aux charges du ménage, le partage des responsabilités conjugales et parentales s 'impose dans tous les foyers.
Or, certaines dispositions du Code de la famille, notamment l'Article 152 désignent l'époux comme le chef de famille. L'Article 277 confère au père la puissance paternelle. Ces dispositions constituent des discriminations flagrantes à l'égard des femmes.
En effet, il est humiliant pour une mère de ne pas avoir capacité juridique sur ses enfants, à égalité avec le père, et de devoir, par exemple, obtenir l'autorisation de celui-ci pour les faire voyager hors du pays. Une femme travailleuse dans le secteur formel est aussi confrontée à son lot de difficultés : elle ne peut pas percevoir les allocations familiales, ni prendre en charge les dépenses de santé de son mari et ses enfants par le biais des imputations budgétaires. Si elle décède, ses héritiers ne bénéficient pas de capital décès. Par ailleurs, ses enfants mineurs ne sont pas pris en compte dans le calcul de sa pension de retraite, car ils n' entrent pas en compte dans les calculs fiscaux. Ce ne sont la que quelques-unes parmi les multiples conséquences fâcheuses de l'inégalité de considération réservée à l'homme et à la femme au sein de la famille.
Plusieurs intervenantes, notamment les ministres, ont affirmé que ces mesures discriminatoires ne sauraient perdurer lorsque l'on ne peut plus nier le rôle important que les femmes ont joué dans le changement intervenu au Sénégal au lendemain des élections présidentielles, le 19 mars dernier, ni après l'adoption de la nouvelle constitution qui réaffirme l'égalité des droits entre hommes et femmes. Les femmes revendiquent donc la modification des textes et des attitudes, et plaident pour le triomphe d'une nouvelle conscience sociale de l'égalité entre les sexes.