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La condamnation d'une adolescente mère provoque une vague de protestations |
Par Remi OyoLAGOS, 18 jan. (IPS) - La piètre photo couleur de Bariya Magazu, une mère de 18 ans condamnée, par un tribunal de la Sharia (loi islamique), à recevoir 180 coups de fouet, figure à la dernière page du journal nigérian, ''The Guardian'' lundi dernier.
Serrant son bébé dans les bras, la tête baissée, Bariya avait le visage sombre, quand bien même sa condamnation par un tribunal de la Sharia dans l'Etat de Zamfara (nord du Nigeria), attire l'attention internationale. Elle a été condamnée pour avoir eu des relations sexuelles avant le mariage et pour avoir ainsi commis le crime de ''Zina'' (de fornication).
Peut-être à cause des protestations qui ont accueilli sa condamnation, le juge du tribunal de la Sharia, Idris Usman Gusau, a sursis à l'exécution de la sentence pour ''au moins 12 mois'' pendant qu'elle allaite son enfant.
Un collectif d'avocats, travaillant bénévolement, rassemblera les pièces originales du dossier du tribunal de première instance jeudi à Tsafe, et a déjà introduit une requête pour recevoir l'autorisation d'interjeter appel dans son affaire.
Le droit d'appel devient caduc 30 jours après la prononciation de la première sentence. L'agence IPS a également appris qu'un ajournement formel de l'exécution a été demandé, en attendant l'instruction et la détermination de la procédure de l'appel.
Selon une source proche des avocats, la procédure d'appel se déroulera suivant le code pénal de la Sharia qui est entré en vigueur dans l'Etat de Zamfara en janvier 2000.
Les avocats de Bariya cherchent peut-être à prouver qu'elle avait réellement été violée par trois hommes, ce qui a occasionné sa grossesse. Le tribunal avait rejeté ses allégations et a augmenté, pour cela, la punition de 80 coups de fouet pour l'avoir reconnue coupable de fausse accusation de ''zina''.
Actuellement, la condamnation de Bariya provoque encore des appels et des protestations venant des groupes de défenseurs des droits de l'Homme au Nigeria.
L'un de ces groupes est BAOBAB pour les droits des Femmes qui a envoyé une délégation dans l'Etat de Zamfara. Au cours d'une réunion avec le gouverneur Ahmed Sani, celui-ci a refusé d'accorder sa clémence ''parce que cela serait préjudiciable à l'Islam''.
Le directeur exécutif du BAOBAB, Ayesha Imam, a déclaré à IPS que l'organisation espérait que la sentence serait finalement cassée. ''C'est le droit de tout individu et c'est dans le code de la Sharia de faire appel'', a indiqué Imam au téléphone.
L'appel déposé par les avocats de Bariya est la première du genre au Nigeria depuis l'introduction de la Sharia à Zamfara. Depuis lors, sept Etats du nord l'ont rejoint dans l'introduction du code pénal islamique.
Des menaces ou des rumeurs d'introduction de la Sharia ont provoqué de violentes manifestations inter-religieuses et ethniques dans plusieurs Etats l'année dernière notamment à Kaduna, l'Etat cosmopolite du nord, qui a, depuis, mis en veilleuse la question.
Dans l'Etat du Niger (centre-nord du Nigeria), les femmes célibataires ont été contraintes de quitter leurs maisons et ont trouvé refuge dans des baraquements militaires par peur d'être arrêtées.
La Commission de l'exécution de la Sharia, dans cet Etat, avait décrété que toute femme célibataire recevrait de force un mari conformément à la loi islamique, et qu'elle ferait respecter l'interdiction sur la prostitution.
Bien que les gouverneurs des Etats ayant adopté la Sharia aient rassuré les non-musulmans de la protection contre l'application de la loi, Vincent Obi, un chrétien vivant dans l'Etat de Kano, a été fouetté 80 fois le 1er janvier 2001 pour avoir soi-disant aidé sa femme à vendre de l'alcool.
Agé de 50 ans, Obi a toutefois refusé de porter plainte contre ses tortionnaires qui auraient agi illégalement.
Mais les cas d'Obi et de Bariya ont davantage accru la demande d'une interprétation judiciaire de la constitution et de la Sharia. La constitution du Nigeria stipule que ''le gouvernement de la fédération ou d'un Etat n'adopte aucune religion comme religion d'Etat''.
Toutefois, des Etats comme Zamfara ont catégoriquement dit que la Sharia n'était pas une violation de la constitution, mais un système de loi nécessaire pour les musulmans. Ce qu'on ignore souvent, c'est l'impact du système sur les non-musulmans comme Obi et sur les dispositions des traités internationaux dont le Nigeria est signataire.
Selon Toro Oladapo, coordonnateur national de l'Ong Femmes au Nigéria (WIN), ''la Sharia encourage la violence, en particulier contre les femmes''.
Dans une interview à IPS, Oladapo a affirmé que WIN était préoccupé par les répercussions de la loi, telle qu'elle est appliquée aux femmes dans les Etats. Et WIN a entamé des discussions avec des organisations similaires pour ''trouver des moyens d'améliorer la situation''.
Oladapo a déclaré que la sentence infligée à Bariya était une ''violation de ses droits, en particulier lorsqu'aucune punition n'a été infligée à ses agresseurs''.
Pour le juge de première instance de la Sharia, aucune preuve suffisante ne montrait que Bariya, - qui, depuis l'incident, aidait sa mère à vendre des boulettes de riz et de mil à la criée -, avait été violée.
Sina Loremikan, un haut fonctionnaire de la Commission de défense des droits de l'Homme a également confirmé que son organisation était intéressée par le cas de Bariya.
''Tous les cas de violation des droits de l'Homme doivent être passés au peigne fin'', a également indiqué Loremika à IPS. ''C'est le genre d'affaire qui devrait intéresser la Commission d'enquête sur la violation des droits de l'Homme présidée par le Juge Chukwudifu Oputa'', a-t-il déclaré.
Depuis deux mois, la commission d'Oputa instruit des affaires de violations des droits de l'Homme commis contre les citoyens depuis 1984.
Le gouvernement nigérian n'a pas formellement fait de commentaires sur l'affaire Bariya. En revanche, le gouvernement canadien a formellement protesté auprès des autorités nigérianes par l'intermédiaire de l'ambassadeur du Nigeria au Canada, Dare Bejide.
La coalition des ONG, regroupées sous le Réseau nigérian des organisations non gouvernementales, envisage d'organiser une marche de protestation pour vendredi.