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Plate-forme d'action africaine
adoptée par la cinquième
Conférence régionale africaine sur les femmes,
tenue à Dakar du 16 au 23 novembre 1994

(1ère partie)

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Ce document provient du Département de la coordination des politiques et du dévéloppement durable (DPCSD) des Nations Unies. La reproduction et la distribution de ce document -- sous forme électronique ou imprimée -- sont encouragées, à condition qu'il soit reconnu que l'Organisation des Nations Unies a facilité cette reproduction.
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NATIONS UNIES

Distr. GÉNÉRALE
E/CN.6/1995/5/Add.2
29 décembre 1994
FRANÇAIS
ORIGINAL : ANGLAIS/ARABE/ FRANÇAIS

COMMISSION DE LA CONDITION DE LA FEMME
Trente-neuvième session
New York, 15 mars-4 avril 1995
Point 3 c) de l'ordre du jour provisoire*

PRÉPARATIFS DE LA QUATRIÈME CONFÉRENCE MONDIALE SUR LES FEMMES : LUTTE POUR L'ÉGALITÉ, LE DÉVELOPPEMENT ET LA PAIX

Rapports des conférences régionales
et d'autres conférences internationales

Additif

Première partie :
Déclaration liminaire
Définition de la mission
Perspectives à l'échelle mondiale et régionale
Principaux domaines de préoccupation
Deuxième partie
Objectifs stratégiques et actions à prendre
Dispositifs pour le suivi et la mise en oeuvre


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DÉCLARATION LIMINAIRE

Nous, participants à la cinquième Conférence régionale africaine sur les femmes, réunie à Dakar (Sénégal) du 16 au 23 novembre 1994 pour examiner et adopter la Plate-forme d'action africaine dans le cadre de la préparation de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes devant se tenir à Beijing du 4 au 15 septembre 1995,

Ayant examiné et évalué la mise en oeuvre sur le plan régional des Stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion de la femme jusqu'à l'an 2000,

Notant avec satisfaction qu'on assiste à une prise de conscience généralisée chez les dirigeants, les décideurs et les institutions de développement africains et les femmes africaines de la nécessité d'adopter la perspective du genre dans toutes les activités de développement,

Conscients que, malgré les progrès réalisés, il subsiste des obstacles à la mise en oeuvre des Stratégies prospectives de Nairobi,

Réaffirmant notre attachement à la réalisation des Stratégies prospectives de Nairobi pour la promotion et le progrès des femmes grâce à des mesures accélérées en faveur de l'égalité, du développement et de la paix,

Sachant que l'égalité n'est pas seulement l'absence de discrimination mais aussi la jouissance sur un rang d'égalité des droits, des responsabilités et des chances par les femmes et par les hommes,

Reconnaissant qu'il ne peut y avoir d'égalité ni de développement sans paix et que la paix passe obligatoirement par une participation sans réserve des femmes, en tant que partenaires de rang égal à celui des hommes, à tous les niveaux de la prise de décisions, de la diplomatie et des mécanismes d'instauration de la paix, de résolution des conflits et de réconciliation,

Conscients que, depuis l'adoption des Stratégies prospectives de Nairobi, certains pays africains ont connu une série de crises qui se sont combinées à plusieurs autres facteurs internes et externes, notamment l'instabilité politique liée aux extrémismes, en particulier religieux, l'absence de volonté politique résolue, des résultats économiques insuffisants dus à des termes de l'échange défavorables et à des politiques inefficaces, les effets des programmes d'ajustement structurel et le poids de la dette, les catastrophes naturelles fréquentes telles que la sécheresse et la famine et l'absence des femmes au niveau de la prise de décisions ont entravé la mise en oeuvre effective des Stratégies prospectives de Nairobi,

Rappelant la "Déclaration d'Abuja sur le développement participatif : rôle de la femme africaine au cours des années 90", qui représente une évaluation de la situation actuelle de la femme africaine dans l'optique des Stratégies prospectives de Nairobi et un constat de la détérioration de la condition de la femme africaine dans la plupart des cas, en particulier dans les domaines de l'enseignement supérieur et de l'enseignement technique, de la santé, de l'emploi, de la prise de décisions et de l'émancipation économique,

Reconnaissant les rôles cruciaux que jouent les femmes dans les domaines critiques propres à favoriser leur promotion, notamment en ce qui concerne la culture, la famille et le processus de socialisation, le respect de leurs droits en matière de procréation et l'amélioration de leurs conditions de santé, la protection et la gestion de l'environnement et des ressources naturelles, la recherche de la paix et la prévention, la résolution et la gestion des conflits ainsi que l'émancipation politique et l'exercice des droits reconnus par la loi et des droits individuels, en particulier par les femmes ayant des besoins spécifiques,

Déterminés à donner suite aux recommandations visant à accélérer la promotion de la femme et de la petite fille issues des récentes conférences mondiales, entre autres le Sommet mondial pour les enfants, la Conférence des Nations Unies sur l'environnement et le développement, la Conférence mondiale sur les droits de l'homme et la Conférence internationale sur la population et le développement,

Conscients des importants changements politiques récemment survenus en Afrique, en particulier le démantèlement de l'apartheid en Afrique du Sud et d'autres processus de démocratisation en cours sur le continent,

Conscients en outre du fait que les femmes africaines prennent une part de plus en plus active au processus de développement à divers titres,

Déterminés à soutenir sans réserve les femmes pour qu'elles puissent contribuer et participer plus efficacement à tous les changements politiques et économiques qui ont lieu aujourd'hui en Afrique,

1. Affirmons notre engagement pour la recherche et l'élaboration d'une nouvelle éthique au service du développement durable fondé sur la participation active et à titre égal des femmes, des hommes et des jeunes en tant qu'agents du changement aux niveaux familial, communautaire, national et international;

2. Nous engageons également à :

Intégrer les préoccupations des femmes s'agissant :

a) De rechercher l'équilibre entre les grandes options politiques, économiques, culturelles et sociales;

b) D'harmoniser et concilier croissance économique et justice sociale;

c) De mettre l'accent sur les relations d'interdépendance et de partenariat existant entre les hommes, les femmes et les jeunes en Afrique, dans une atmosphère de paix et de bien-être;

3. Reconnaissons que les femmes disposent de grandes potentialités dont la mobilisation et la mise à contribution peuvent permettre de surmonter les obstacles qui ont empêché de mettre en oeuvre intégralement et efficacement les Stratégies prospectives de Nairobi depuis 1985;

4. Confirmons que la Plate-forme d'action africaine est le résultat d'un examen pays par pays à l'échelle régionale des progrès réalisés dans la mise en oeuvre des Stratégies prospectives de Nairobi et de vastes consultations menées aux niveaux national, sous-régional et régional, enrichies des contributions des collectivités locales;

5. Reconnaissons que la Plate-forme d'action africaine constitue à la fois la Position commune africaine sur la promotion de la femme et un cadre permettant de mener une action résolue et concertée aux niveaux régional, sous-régional et national, en vue de réaliser rapidement les objectifs des Stratégies prospectives de Nairobi au cours des dernières années de la présente décennie et des premières années du XXIe siècle;

6. Adoptons la Plate-forme d'action africaine, à titre de renouvellement de l'engagement des gouvernements africains et en tant que schéma directeur pour la poursuite de la mise en oeuvre accélérée des Stratégies prospectives de Nairobi conformément à la Déclaration d'Abuja sur le développement participatif : rôle de la femme africaine au cours des années 90, à la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et aux autres déclarations internationales et régionales;

7. Exhortons les institutions des Nations Unies, les partenaires internationaux pour le développement et les organisations non gouvernementales à assurer le succès de la mise en oeuvre de la Plate-forme d'action africaine.


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I. DÉFINITION DE LA MISSION

1. La Plate-forme d'action africaine est une synthèse des perspectives et priorités de la région ainsi qu'un plan d'action pour la formulation des politiques et l'application de programmes concrets et durables pour la promotion des femmes. La Plate-forme est élaborée en conformité avec les Stratégies prospectives d'action de Nairobi, la Déclaration d'Abuja et le Plan d'action de Kampala. La Plate-forme d'action a pour objectif d'accélérer la participation des femmes à des postes de responsabilité dans les domaines social, économique et politique à tous les niveaux et à toutes les étapes de leur vie, dans le cadre des principes ci-après :

a) Le principe de base de la Plate-forme d'action africaine est l'intégration de la double perspective masculine et féminine dans l'ensemble des politiques, plans et mesures visant à réaliser l'égalité, le développement et la paix. L'hypothèse fondamentale est que les instruments internationaux qui ont été mis au point pour l'exercice des droits de l'homme devraient s'appliquer à tous les secteurs de la société. À cet effet, la présente Plate-forme d'action africaine vise à établir/renforcer des mécanismes durables, notamment des systèmes d'information, à tous les niveaux, pour sensibiliser aux problèmes de l'égalité des hommes et des femmes, promouvoir la connaissance du droit et assurer la promotion de la femme;

b) Le partenariat, sur un pied d'égalité, entre les hommes et les femmes est l'objectif ultime des Stratégies prospectives de Nairobi, de la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes et de tous les autres instruments d'intervention régionaux et internationaux pertinents sur les droits de l'homme et de la femme;

c) À cette fin, il est important d'assurer une participation complète et plus active des femmes au processus de formulation de politiques et de prise de décisions des gouvernements;

d) Il est nécessaire de réaliser/accélérer le renforcement du pouvoir économique, social et politique des femmes à tous les niveaux, en leur permettant, en tant que citoyennes, de participer, sur un pied d'égalité avec les hommes, au processus de prise de décisions, en contribuant activement au développement national dans tous ses aspects et d'en bénéficier;

e) L'impératif d'une recherche fructueuse de la paix, qui est cruciale pour la région africaine, ne saurait être trop souligné. Les femmes et les enfants sont les principales victimes des conflits ethniques et civils, notamment les extrémismes religieux, et au cours du processus de prévention, de gestion et de résolution des conflits, les femmes devraient être étroitement et activement associées et consultées aux niveaux national, sous-régional et régional;

f) Des mesures prioritaires devraient être prises pour protéger les droits humains des filles et s'assurer qu'elles bénéficient de nourriture, de soins, de l'éducation et de possibilités pour réaliser pleinement leur potentiel, à égalité avec leurs frères.


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II. PERSPECTIVES À L'ÉCHELLE MONDIALE ET RÉGIONALE

A. Perspectives à l'échelle mondiale

2. L'Assemblée générale des Nations Unies a proclamé 1975 Année internationale de la femme, lorsque la première conférence intergouvernementale sur les femmes a été convoquée à Mexico, avec comme thèmes : égalité, développement et paix. La Déclaration de Mexico sur l'égalité pour les femmes et leur contribution au développement et à la paix, et le Plan d'action mondial pour la réalisation des objectifs de l'Année internationale de la femme ont été les principaux résultats de ladite conférence. Depuis les années 70, tous les organismes du système des Nations Unies ont été chargés, par leurs organes directeurs, d'incorporer dans leurs programmes, comme domaine prioritaire, la perspective tenant compte des deux genres ainsi que des politiques et plans tenant compte aussi de cet élément. La période 1976-1985 a été proclamée Décennie des Nations Unies pour la femme, devant être consacrée à l'adoption de mesures efficaces et soutenues aux niveaux national, régional et international pour mettre en oeuvre le Plan d'action mondial et les résolutions connexes. En 1979, les Nations Unies ont adopté la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes. En juillet 1980, la deuxième Conférence mondiale sur les femmes a été convoquée à Copenhague pour évaluer les progrès accomplis depuis la première Conférence mondiale et définir les mesures à prendre durant la seconde moitié de la Décennie des Nations Unies pour la femme. Trois thèmes secondaires ont été ajoutés au thème principal : égalité, développement et paix, à savoir éducation, emploi et santé. Afin de marquer la fin de la Décennie pour la femme, les Nations Unies ont convoqué, à Nairobi en juillet 1985, la troisième Conférence mondiale sur les femmes. La Conférence de Nairobi a adopté les Stratégies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme jusqu'à l'an 2000.

3. Depuis l'adoption, en 1985, des Stratégies prospectives d'action de Nairobi pour la promotion de la femme, des changements politiques, économiques, sociaux et culturels majeurs ont eu lieu. Ils ont eu des effets tant positifs que négatifs sur les femmes et c'est compte tenu des effets sur la région africaine de cette évolution à l'échelle mondiale que la présente Plate-forme d'action a été élaborée.

4. L'adoption de la perspective du genre et son incorporation dans toutes les décisions sont d'une importance fondamentale pour assurer l'équité, l'égalité, le développement et la paix. Dans l'ensemble, de nombreux gouvernements ont adopté des stratégies pour améliorer la condition des femmes, développer leurs compétences, les démarginaliser et les faire participer à la prise des décisions majeures. Cependant, dans la plupart des pays, il n'y a toujours pas un engagement politique total et les ressources nécessaires ne sont pas allouées. Sans cet engagement et ces ressources, les Stratégies prospectives de Nairobi resteront un voeu pieux.

5. Les aspirations à une plus grande sécurité dans le monde et à un ordre économique international juste, équitable et non discriminatoire ne se sont pas réalisées. En outre, les institutions financières internationales, les nouveaux arrangements et les accords commerciaux mis en place dans le monde ont assumé des rôles plus vastes dans les affaires mondiales et n'ont pas réussi à freiner le déclin économique dans bon nombre de pays africains. Les apports de ressources extérieures ont été réduits et le recul de la demande des produits primaires africains a entraîné une diminution considérable des recettes d'exportation. De plus, le lourd fardeau de la dette a contribué à aggraver une situation économique déjà peu satisfaisante. Malheureusement, l'économie mondiale interdépendante continue d'être marquée par l'incertitude, des déséquilibres et la récession, ce qui a finalement débouché sur la marginalisation continue des pays en développement. De nombreux facteurs interdépendants au niveau mondial pèsent sur les conditions d'existence des femmes en Afrique, influant sur les rôles qu'elles jouent tant dans la production que dans la procréation. L'émergence du processus de démocratisation politique a entraîné un multipartisme concurrentiel dont l'impact positif sur les femmes ne se fait pas encore sentir.


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B. Perspectives à l'échelle régionale

6. La première Conférence régionale sur l'intégration de la femme au développement s'est tenue à Nouakchott (Mauritanie) en 1977. Elle avait essentiellement pour objet d'examiner les progrès réalisés par les États membres africains ainsi que par les organisations intergouvernementales et non gouvernementales opérant en Afrique dans l'application du Plan d'action régional adopté lors de la Conférence mondiale sur les femmes tenue à Mexico en 1975. La deuxième Conférence régionale pour l'intégration de la femme au développement a eu lieu en 1979 à Lusaka (Zambie). Elle visait à examiner les progrès accomplis en matière d'intégration de la femme au développement et à préparer la deuxième Conférence mondiale sur les femmes à Copenhague (Danemark), en juillet 1980. La troisième Conférence régionale sur les femmes a eu lieu en 1984 à Arusha (République-Unie de Tanzanie). Elle avait pour objectifs d'examiner et d'évaluer les progrès accomplis et les obstacles rencontrés dans la réalisation des objectifs fixés en ce qui concerne les femmes, d'adopter des stratégies prospectives d'action pour la promotion de la femme en Afrique jusqu'à l'an 2000, et d'arrêter une position africaine commune pour la prochaine Conférence mondiale de Nairobi sur les femmes.

7. La quatrième Conférence régionale sur les femmes s'est tenue à Abuja (Nigéria) en novembre 1989. C'était un forum pour l'examen et l'évaluation approfondis du degré d'application des Stratégies d'Arusha par les gouvernements, les organismes des Nations Unies, les ONG, etc., et avait pour objectifs de débattre des problèmes socio-économiques naissants qui affectent les conditions de vie des femmes africaines, de réévaluer les priorités énoncées dans les Stratégies d'Arusha et de formuler des recommandations appropriées pour l'avenir. La Conférence a adopté la Déclaration d'Abuja sur le développement participatif : rôle de la femme africaine dans les années 90, comportant des objectifs bien définis pour l'an 2000 à réaliser dans les secteurs suivants : éducation, science et technique, agriculture et production vivrière, environnement, processus de décision et activités principales de développement, questions de population, femme et culture, etc.

8. D'autres instruments qui ont fait date à l'échelon régional et ont eu une incidence sur la situation politique, socio-économique et culturelle des femmes africaines sont notamment les suivants :

a) Le Plan d'action de Lagos et l'Acte final de Lagos (1980);

b) Le Programme d'action de Kilimandjaro concernant la population et le développement autonome (1984);

c) La Charte africaine de la participation populaire au développement et à la transformation (1990);

d) Le Traité d'Abuja instituant la Communauté économique africaine (1991);

e) La Déclaration de Dakar/Ngor sur la population, la famille et le développement durable (1992);

f) La Déclaration de Ouagadougou sur l'éducation des filles (1993);

g) La Conférence régionale sur les femmes et la paix, et le Plan d'action de Kampala sur les femmes et la paix (1993), qui a été adopté par le Conseil des ministres de l'OUA, lors de sa soixantième session, tenue à Tunis en juin 1994;

h) La résolution [CM/Res.1550 (LX)] sur la préparation de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes, adoptée par le Conseil des ministres de l'OUA lors de sa soixantième session, tenue à Tunis en juin 1994;

i) La résolution [CM/Res.1551 (LX)] sur la population et le développement, adoptée par le Conseil des ministres de l'OUA en juillet 1994.

9. Dans la majeure partie de l'Afrique, le retard sur le plan technologique, les catastrophes naturelles, spécialement la sécheresse, les perturbations causées par les guerres civiles et les conflits politiques ont contribué à ralentir l'activité et la croissance économiques, en entraînant une baisse des revenus par habitant. En conséquence, davantage de pays se sont retrouvés dans la catégorie des pays les moins avancés (PMA) ayant des niveaux de revenu extrêmement bas. La croissance économique a été également entravée par la dette extérieure, qui s'établissait à la fin de l'année 1993 à 285,4 milliards de dollars des États-Unis, avec des intérêts sur les montants impayés représentant près de 40 %. La dette extérieure n'a guère changé dans sa composition au cours des cinq dernières années. Les effets sur la croissance économique ont été divers du fait de l'insuffisance du soutien extérieur et des luttes intestines qui ont compromis la poursuite des objectifs, ce qui a fait qu'ils n'ont pu refléter les objectifs de développement à long terme et entraîné à négliger la planification régionale. Cet état de choses a eu un impact négatif sur la répartition du revenu et la capacité de fournir les services de base.

10. Le continent africain traverse depuis quelque temps une série de crises répétées qui ont influé sur le rythme et le niveau de son développement. Les femmes, dans une plus grande mesure que les hommes, pâtissent outre mesure de ces crises et elles sont sérieusement désavantagées lorsqu'il s'agit de participer à toute entreprise de développement à cause de certaines pratiques néfastes liées à la tradition, à la culture, à la religion et aux mentalités. Les femmes, qui représentent plus de 50 % de la population touchée par ces crises, doivent contribuer de façon efficace à la solution des nombreux problèmes découlant de ces circonstances défavorables.

11. Tout indique que les négociations commerciales multilatérales d'Uruguay, enfin conclues en décembre 1993 et dont l'accord a été adopté en avril 1994, auront des effets négatifs sur les résultats économiques de l'Afrique, en fonction de la capacité de la région de gérer le changement et d'optimiser la technologie pour une utilisation plus efficace des facteurs de production en vue d'une plus grande compétitivité sur les marchés internationaux. Les subventions agricoles vont certainement aussi accroître la facture d'importations alimentaires des pays africains, ce qui influera considérablement sur la situation socio-économique des femmes du fait qu'elles participent totalement aux activités du secteur agricole. Du fait de l'apparition de blocs commerciaux et de marchés régionaux tels que la zone de libre-échange de l'Amérique du Nord (ALENA) et de l'Accord général sur les tarifs douaniers et le commerce (GATT), la région de l'Afrique pourrait rencontrer plus de difficultés à maintenir ses relations traditionnelles avec ses partenaires européens afin d'obtenir les ressources dont elle a tant besoin. Par conséquent, il est impératif que les gouvernements africains élaborent et adoptent des stratégies pour faire face à cette situation.

12. Le déclin économique, la récession et la restructuration économique qui en a résulté face à la dette extérieure ont amené les gouvernements à axer leurs efforts sur les problèmes immédiats les plus pressants, en négligeant souvent les questions à long terme qui influent directement sur la promotion de la femme. Dans le même temps, l'inégalité de longue date entre l'homme et la femme, notamment en ce qui concerne la santé et la nutrition, le niveau d'instruction et les qualifications professionnelles, l'accès à l'éducation et aux possibilités économiques, ainsi que la participation à la prise de décisions, a quelquefois été exacerbée aussi bien par les crises que par les politiques adoptées. En d'autres mots, ces politiques ont aggravé une situation où les femmes étaient déjà désavantagées car elles ne tiennent pas compte du rôle et des préoccupations propres aux femmes. Ces politiques auront également un effet négatif plus grave sur la génération de jeunes femmes qui hériteront de cette situation. Celles-ci ne portent pas effectivement sur l'effet de la restructuration sur les femmes et sur les rôles multiples qu'elles jouent.

13. Un vent de démocratisation souffle actuellement sur le continent tout entier et il y a eu une participation active des femmes en tant que candidates aux élections, en tant qu'électrices et observatrices du processus électoral dans maints pays. Un grand nombre de femmes sont entrées au parlement, par leurs propres efforts, des actions pétitoires, et grâce au soutien apporté par des femmes et des hommes, des groupes de femmes, des associations non gouvernementales et des organisations de femmes. Malheureusement, le nombre de pays africains traversant une crise politique et connaissant des troubles sociaux augmente, et dans beaucoup de cas, il y a eu une contestation ou une suspension des résultats des élections et l'arrêt brutal du processus de démocratisation. En outre, les gouvernements africains devraient prendre des mesures globales et concrètes pour promouvoir réellement l'intégration des femmes comme partenaires égales, en particulier dans les domaines de la politique, de la participation populaire et de la prise des décisions importantes. Il est donc nécessaire de voir quel est l'effet de la démocratisation sur les femmes aux niveaux local et national et de faire en sorte qu'il y ait des dispositions pour assurer l'éducation des femmes et les sensibiliser, à toutes les étapes de leur vie, pour qu'elles participent de façon plus efficace à la vie politique.

14. Bien que l'Année internationale de la famille ait été célébrée en 1994, l'intégrité de la famille africaine est sérieusement menacée par la persistance des crises socio-économiques. La migration massive des zones rurales vers les villes et l'exode des compétences, touchant essentiellement les jeunes hommes et les jeunes femmes, ont gravement affecté la sécurité psychosociale et financière de bon nombre de familles. Dans de nombreuses collectivités rurales et urbaines d'Afrique, le nombre des ménages dirigés par des femmes seules ne cesse d'augmenter, se situant en moyenne à environ 35 % pour la région. L'exode rural a également entraîné l'augmentation de la criminalité et de la violence, l'abus des drogues, le nombre des sans-abri, la dégradation de l'environnement et l'exploitation sexuelle des femmes, des jeunes filles et des garçons.

15. L'exercice par les femmes de leurs droits en matière de santé et de procréation est essentiel pour qu'elles réalisent leur potentiel. L'amélioration de leur santé et leur capacité de maîtriser leur fécondité est indispensable pour qu'elles puissent faire les choix nécessaires dans les autres domaines. L'incapacité des femmes africaines de contrôler leur propre fécondité va de pair avec des taux très élevés de mortalité infantile, juvénile et maternelle s'expliquant par l'insuffisance de services appropriés, peu coûteux et facilement accessibles et la persistance de mentalités traditionnelles entravant l'usage de pratiques contraceptives.

16. Les gouvernements africains ont à relever de nouveaux défis de développement constitués par la population adolescente. En l'an 2000, il y aura environ 170 millions de jeunes - âgés de 15 à 24 ans - en Afrique. Dans certains pays africains, près de deux tiers des avortements suivis d'infection se retrouvent dans le groupe d'âge des 15-19 ans. La sexualité et la fécondité des adolescents constituent un risque élevé sur le plan de la santé. Elles expliquent dans une grande mesure pourquoi les filles ne peuvent poursuivre des études supérieures ainsi que l'avortement risqué, qui est une cause de mortalité et de morbidité maternelles. Les coûts invisibles de la sexualité des adolescents sont également énormes et constituent une charge pour les systèmes de fourniture de santé de nombreux gouvernements africains. On devrait faire face d'urgence à cette situation avec des politiques et services appropriés.

17. L'augmentation sans précédent du nombre de réfugiés et de personnes déplacées dans la région est l'une des conséquences majeures des conflits internes prolongés, des guerres civiles et de l'instabilité politique dans de nombreux pays de la région. D'après le Haut Commissariat aux réfugiés, la population actuelle des réfugiés en Afrique est estimée à 7 millions sur un total mondial de 20 millions, sans compter qu'il y a en Afrique 25 millions de personnes déplacées à l'intérieur de leur propre pays, la plupart étant des femmes et des enfants.

18. Les femmes constituent une proportion importante des réfugiés et des personnes déplacées sur le continent. Les femmes réfugiées et les femmes déplacées sont particulièrement vulnérables et une attention spéciale devrait être portée à leurs besoins de protection. Mais elles représentent aussi une ressource utile dont le potentiel devrait être utilisé dans la recherche d'une solution durable aux problèmes des réfugiés. L'accès des femmes et des filles réfugiées à la santé, à l'éducation et au logement ne devrait pas être compromis par le fait qu'il leur faut fuir les zones de conflit.

19. La santé des femmes doit être perçue dans une approche globale intégrant tous les problèmes de santé dont elles sont victimes au cours du cycle de leur vie. Les problèmes de mortalité liés au paludisme, à la malnutrition, à l'anémie, à la tuberculose, aux maladies maternelles, aux MST, dont le sida, continuent d'être préoccupants. À l'échelle mondiale, le syndrome d'immunodéficience acquise (sida) est devenu un problème social, économique et politique. L'Afrique est en première ligne face à cette épidémie mondiale, dont l'ampleur réelle dans la région est mal connue mais qui constitue déjà un grave problème dans de nombreux pays en Afrique de l'Est, en Afrique centrale et en Afrique australe. Selon l'OMS, le nombre de nouveaux cas d'infection à VIH chez les femmes dans certains pays africains serait de 6 pour 5 hommes, et plus de 6 millions de femmes en âge de procréer sont infectées. Dans certains grands centres urbains d'Afrique, on trouve une séropositive sur trois femmes enceintes suivies dans les centres de soins prénatals. Ainsi, les jeunes femmes sont très sérieusement touchées par les effets de la pandémie du sida. Les conséquences économiques et sociales du sida touchent surtout les femmes et ont de sérieuses répercussions sur les femmes âgées qui doivent s'occuper d'orphelins à un moment où elles sont moins en mesure de le faire. Du fait de la position de subordonnées de la femme et de l'adolescente, les jeunes femmes ayant le moins de pouvoir, du fait de leur accès limité à l'information, à l'éducation et à la communication, aux installations et services de santé, à la formation, à un revenu propre, aux droits patrimoniaux et aux droits reconnus par la loi, elles sont particulièrement vulnérables à l'infection par le virus du sida. Elles ne sont pas suffisamment informées sur la maladie et ne connaissent par les mesures à prendre pour se prémunir contre l'infection à VIH, en dépit du rôle clef qu'elles jouent et continueront de jouer dans les mesures pour faire face à la situation. En conséquence, il est nécessaire de mettre l'accent sur la réduction de la vulnérabilité des femmes à l'infection à VIH/sida. Non seulement les jeunes d'Afrique font face à un avenir économique morose, mais aussi ils sont à l'heure actuelle confrontés au spectre de l'épidémie de sida qui continue de faire des ravages parmi ceux qui sont âgés de moins de 25 ans. Il faut multiplier et renforcer les campagnes d'éducation et d'information portant sur la sexualité et la santé des jeunes en matière de procréation et les rendre plus accessibles et adaptées à la culture.

20. Au cours de la décennie écoulée, il a été clairement constaté que les gouvernements africains ont lentement commencé à considérer la participation des femmes à la politique et au développement socio-économique comme un facteur clef et un catalyseur des processus et relations propres à encourager l'égalité, la santé ainsi que le développement et la paix en vue d'une promotion accélérée de la femme. À cet égard, pratiquement tous les gouvernements ont établi des mécanismes nationaux et leur ont apporté un appui pour qu'ils s'acquittent de leurs responsabilités de coordination et de contrôle et veillent à ce que les activités de développement national tiennent compte des questions propres à la femme. En plus, la majorité des pays africains ont promulgué des lois contre les pratiques discriminatoires dans l'éducation et l'emploi, et voté des lois pour que les femmes bénéficient du congé de maternité payé. Un très petit nombre de pays ont adopté un cadre législatif approprié pour assurer un partage équitable des responsabilités familiales entre l'homme et la femme, tel que stipulé dans la Convention internationale du Travail No 156 sur les travailleurs ayant des charges de famille.

21. Dans l'ensemble donc, en dépit des efforts déployés par les États membres, la communauté internationale, les ONG locales et internationales pour améliorer la situation des femmes africaines, les progrès enregistrés ont été modestes et il y a des lacunes importantes dans plusieurs domaines. Les plus criantes sont, entre autres, la disparité entre les garçons et les filles quant à l'accès à l'éducation, à l'emploi, aux services de santé, le droit d'accès et de regard concernant les ressources productives et à la technologie; la sous-représentation, en particulier au niveau de la prise de décisions dans les domaines politique, économique et social; la déficience des mécanismes, des politiques et des programmes nationaux visant à faire avancer la cause des femmes; le manque de données détaillées par sexe et leur utilisation; la discrimination de droit et de fait quant aux possibilités d'emploi; la situation matrimoniale et de famille; le fait que les hommes et les femmes ne connaissent pas les droits reconnus à la femme par la loi ni ses droits humains, et la méconnaissance des voies de recours sur le plan juridique et administratif pour la réparation des injustices. Une analyse plus détaillée de ces lacunes est faite dans la section suivante.


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III. PRINCIPAUX DOMAINES DE PRÉOCCUPATION

22. Lors de l'examen au niveau régional de la mise en oeuvre des Stratégies prospectives d'action de Nairobi et des progrès accomplis sur ce plan, plusieurs lacunes et domaines particulièrement préoccupants ont été relevés tant au niveau national que régional. Des ateliers techniques organisés aux niveaux national, sous-régional et régional et auxquels ont contribué des communautés de base, des femmes, des organisations de femmes, des ONG nationales et internationales, des organismes intergouvernementaux et des institutions des Nations Unies ont permis d'en relever d'autres. L'objectif était de refléter un large consensus sur les grands domaines de préoccupation ainsi que sur les critères utilisés pour déterminer ces domaines. La Plate-forme d'action africaine porte essentiellement sur ces domaines, qui sont énumérés ci-après :

A. La pauvreté chez la femme, sa sécurité alimentaire insuffisante et son manque de pouvoir économique;

B. L'accès insuffisant de la femme à l'éducation, à la formation ainsi qu'à la science et à la technologie;

C. Le rôle vital de la femme dans la culture, la famille et la socialisation;

D. L'amélioration de la santé, y compris les droits en matière de procréation et les services de planification familiale;

E. Les rapports entre la femme et l'environnement et son rôle dans la gestion des ressources naturelles;

F. La participation de la femme au processus de paix;

G. L'émancipation politique de la femme;

H. Les droits reconnus à la femme par la loi et ses droits individuels;

I. L'élaboration et l'utilisation généralisées de données détaillées par genre;

J. La femme, la communication, l'information et les arts;

K. La petite fille.

Il convient de noter que ces neuf domaines sont interdépendants si l'on considère leur incidence sur la mise en oeuvre des Stratégies prospectives de Nairobi. En outre, l'ordre dans lequel ils sont présentés ici reflète les préoccupations des femmes dans la région africaine, mais le même degré de priorité leur est accordé.


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A. La pauvreté chez la femme, sa sécurité alimentaire insuffisante et son manque de pouvoir économique

23. La pauvreté en Afrique se manifeste sous diverses formes et elle a essentiellement pour causes l'insuffisance de revenus, l'exclusion du marché ainsi que de la vie sociale et politique, l'inégale répartition des richesses et des revenus aux niveaux mondial, régional, sous-régional et local, la récession économique, la sécheresse et d'autres catastrophes, le lourd fardeau de la dette, des programmes d'ajustement structurel qui sont incompatibles avec le développement durable, une croissance démographique rapide, des conflits armés et des troubles civils, ceux-ci, à leur tour, étant liés à la situation politique, économique et sociale générale d'un pays donné.

24. Plus d'un tiers des populations d'Afrique vivent dans la pauvreté extrême et sont incapables de satisfaire leurs besoins les plus essentiels. En 1991, ce nombre était estimé à environ 250 millions. Il est à noter que, généralement, on trouve chez les pauvres des niveaux élevés de malnutrition, l'analphabétisme, un mauvais système d'assainissement et une participation limitée aux activités socio-économiques. Par exemple, en 1993, le taux de mortalité infantile en Afrique subsaharienne était en moyenne de 103 pour 1 000 naissances vivantes, contre 71 p. 1000 pour l'ensemble des pays en développement. Pour la même année, le taux de mortalité des enfants âgés de moins de 5 ans était estimé à 160 pour 1 000 naissances vivantes en Afrique subsaharienne. Entre 1985 et 1990, seulement 51 % de la population urbaine en Afrique avaient accès à des installations sanitaires contre 16 % pour la population rurale. Au cours de la même période, seulement 68 % de la population dans les régions urbaines et 26 % dans les régions rurales avaient accès à l'eau salubre. Pour toute l'Afrique, la ration calorique journalière par habitant était en moyenne de 2 100 en 1993 tandis que la ration protéique était de 53 grammes contre une moyenne mondiale de 2 600 calories et 71 grammes de protéines, respectivement. Le secteur agricole peut contribuer jusqu'à 50 % dans le PIB, et la population agricole peut constituer jusqu'à 85 % de la population totale. Il y a également un écart considérable entre les régions urbaines et rurales en ce qui concerne les revenus, la ration alimentaire, etc.

25. Les femmes subissent la pauvreté de manière disproportionnée, en particulier celles qui dirigent des ménages, dont le nombre ne cesse d'augmenter et qui représentent 35 % de l'ensemble de la population féminine. La pauvreté devient de ce fait de plus en plus le lot des femmes. Bien qu'elles représentent plus de la moitié de la population et qu'elles aient un accès limité à la propriété et à la copropriété foncière ainsi qu'au logement, les femmes assurent 60 à 80 % de la production alimentaire.

26. Dans le secteur informel, elles se retrouvent dans les branches d'activités de moindre importance où les salaires sont bas et où les perspectives de promotion sont limitées. C'est sur les femmes que reposent aussi bien les cultures de rente que les cultures de subsistance; pourtant, leurs activités de production et de procréation qui ne peuvent être commercialisées ne sont pas reconnues comme contribution à la production économique. Elles se voient ainsi privées des outils et des moyens qui assureraient un développement durable et continuent de faire l'objet d'une vive discrimination, ce qui constitue un obstacle de taille à un accroissement de la productivité.

27. Venant aggraver la situation, de nombreux pays africains connaissent également des situations critiques en ce qui concerne la sécurité alimentaire et la disponibilité et la distribution des produits alimentaires. Jadis exportatrice nette de produits alimentaires, la région est devenue depuis les années 80 une importatrice nette. La faim et la malnutrition demeurent un problème important, touchant particulièrement les femmes et les enfants. Depuis 1960, la population en Afrique augmente au taux annuel de 3 % tandis que la production alimentaire n'augmente que de 1,8 % en moyenne, le taux d'autosuffisance alimentaire diminuant, de 100 % en 1960 à 81 % dans les années 90. Approximativement, 25 % des besoins alimentaires sont couverts par des importations, y compris l'aide alimentaire, les importations alimentaires annuelles absorbant environ 30 % des recettes provenant de l'exportation de produits agricoles. Les rares produits agricoles exportés sont commercialisés à des cours dérisoires et les faibles recettes en devises provenant de ces produits sont affectées au financement des importations alimentaires au détriment d'autres secteurs. La sécurité et l'autosuffisance ne sont pas par conséquent liées uniquement à l'alimentation, mais au problème général de la pauvreté, à la répartition inégale des revenus, à la baisse du pouvoir d'achat et à la détérioration des termes de l'échange ainsi qu'aux obligations au titre du service de la dette extérieure.

28. Les femmes africaines, principales pourvoyeuses et gestionnaires traditionnelles de produits alimentaires aux niveaux de la famille et du ménage, peuvent jouer un rôle clef dans la répartition et la redistribution des ressources rares. Le renforcement des capacités des femmes en matière de gestion des ressources alimentaires et de l'aide alimentaire peut permettre de prendre en compte les priorités des femmes et d'assurer le bien-être de leur famille au mieux. Cette sécurité alimentaire accrue au niveau du ménage contribuerait ainsi à la réalisation de l'objectif mondial de sécurité alimentaire nationale.

29. Il est nécessaire de renforcer le pouvoir des femmes en Afrique pour qu'elles participent aux structures économiques, à la formulation des politiques ainsi qu'au processus de production lui-même. Il est maintenant largement admis que les femmes rurales, particulièrement en Afrique, jouent un rôle crucial dans le développement. La Plate-forme d'action africaine, conformément aux Stratégies de Nairobi et à la Déclaration d'Abuja, met l'accent sur l'émancipation économique des femmes, ce qui peut se faire si l'on encourage l'esprit d'entreprise et les compétences des femmes africaines en leur permettant d'accéder davantage aux ressources tant du secteur moderne que du secteur informel. Le renforcement du pouvoir des femmes les mettra mieux à même d'influer de façon réaliste sur les changements afin qu'ils se fassent à leur profit et au profit de l'ensemble de la société. Il est également crucial d'engager les femmes, y compris la jeune génération, en tant que partenaires actives pour le changement. En conséquence, il importe d'élaborer des stratégies et mesures pour se dégager du système d'assistance actuel en faveur des femmes, leur permettre d'exercer des responsabilités économiques, et en particulier renforcer et soutenir leur participation au commerce et à l'industrie; éliminer les disparités croissantes entre les conditions de vie en milieu rural et en milieu urbain, et promouvoir des actions qui ne portent pas atteinte à l'environnement pour atténuer la pauvreté grâce à un développement durable. Les actions proposées dans la Plate-forme se fondent sur le fait qu'on a reconnu les solutions que les femmes elles-mêmes trouvent pour faire face à l'évolution de leur situation dans les domaines de la production et de l'économie, en faisant ap