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" Femmes dans la gouvernance urbaine : état des lieux et perspectives pour les villes sénégalaises " |
Quelques idées issues du Panel de DakarDans le cadre de la célébration de la Journée mondiale de l'Habitat (JMH), Enda Tiers Monde et le Conseil national des Ong d'appui du Sénégal (CONGAD) ont organisé à Dakar le lundi 2 octobre 2000, un panel d'échanges et de réflexion, avec le soutien de l'Association des Maires du Sénégal (AMS), du réseau Siggil Jigeen, et du Centre africain pour l'entreprenariat féminin (CAEF). Une trentaine de participant(e)s ont pris part aux débats, représentant des Ong, des autorités locales, des associations et groupements féminins et divers organes de la société civile, et se sont penché(e)s plus particulièrement sur les thèmes suivants :
- Femmes, pouvoir politique et instances de décisions au niveau local
- Le rôle économique et social des femmes dans la ville au Sénégal
- Société civile, femmes et gouvernance urbaine.
Un accès limité des femmes sénégalaises au pouvoir politique
Dans un premier temps, il a été rappelé la profonde disparité entre hommes et femmes en terme de représentation au sein des instances de décision du Sénégal. Sans nier le fait qu'à l'échelle du continent le Sénégal n'est pas le pays le plus défavorisé, l'accès des femmes au pouvoir politique et à la maîtrise des outils de décision reste particulièrement limité, notamment en comparaison aux démocraties émergentes d'Afrique comme le Mali ou l'Afrique du Sud.
Il est pourtant apparu évident aux participant(e)s de ce panel que le processus de décentralisation en cours au Sénégal depuis quelques années, constituait un cadre particulièrement approprié à une plus grande implication des femmes au niveau décisionnel, en raison de leur poids grandissant dans la vie sociale et économique des villes. Or le Sénégal ne compte que six (6) femmes élues maires, quatre à la tête de communes d'arrondissement dans les villes de Pikine et Dakar, et les deux autres dirigeant les municipalités de Louga et Linguère.A l'échelon local, comme à l'échelon national, la sous-représentation des femmes dans les sphères de décisions est avant tout liée au contexte et aux pesanteurs d'ordre socioculturel générées par un système patriarcal qui confère aux hommes le contrôle des espaces politiques publics. Cependant, la faible performance des collectivités locales sénégalaises que tout le monde s'accorde à reconnaître aujourd'hui, permet de réaffirmer que ce système d'élection de " représentants-notables " à base traditionnelle n'est pas adapté à la gouvernance urbaine, et plaide donc fortement en faveur de l'implication généralisée des femmes. Sans vouloir stigmatiser ce que d'aucun pourrait appeler " l'échec des hommes ", les participant(e)s du panel ont appelé à l'émergence d'une nouvelle génération de leaders politiques et de représentants élus, aux capacités mieux établies pour la gestion de la cité, et au sein de laquelle les femmes joueraient pleinement leur rôle.
Les nouveaux rôles des femmes en milieu urbain
Ainsi l'enjeu premier ne se résume pas à la seule question de la représentation de type paritaire, mais bien à celui du choix des membres de la communauté les plus à même d'assurer une gestion harmonieuse, efficace, et au profit des majorités, des quartiers et des villes du Sénégal. Les participant(e)s ont alors rappelé les profondes mutations socio-économiques intervenues au cours des trois dernières décennies, au Sénégal comme dans toute l'Afrique urbaine, et qui ont placé les femmes, et dans une moindre mesure les jeunes, dans de nouveaux rôles et de nouvelles fonctions au sein des établissements humains.
Aujourd'hui, on estime à plus du tiers le nombre de foyers dakarois dirigés, " gouvernés " par une femme qui assume à part entière les fonctions de chef de famille. Dans le contexte de crise macro-économique généralisée qui frappe le pays, aggravée par la chute de l'emploi salarié (fortement dominé par les hommes), les femmes urbaines ont développé une multitude d'activités génératrices de revenus, souvent de proximité, renforçant ainsi leur rôle et leur pouvoir à l'échelon local. Les femmes sénégalaises, à l'instar de leurs consœurs des autres pays ouest-africains, ont développé progressivement un mouvement associatif fort en se dotant de structures adéquates (groupements féminins, associations, tontines …) qui leur permettent petit à petit de prendre en charge une multitude d'aspects de la vie économique et sociale des quartiers (assainissement, gestion des déchets, commerce de proximité, alimentation collective, caisse de santé, formation aux métiers manuels de fillettes non-scolarisées, etc…).
Les freins à une plus forte implication des femmes dans la gouvernance urbaine
L'ensemble de ces activités et responsabilités assumées par les femmes assure incontestablement le maintien d'une cohésion sociale dans les villes ouest-africaines que l'on s'accorde à décrire comme " au bord de l'explosion " en raison de la pauvreté galopante qui frappe ces pays. Cependant, ce que les femmes parviennent à assurer à l'échelon le plus local, n'est pas encore perçu par la collectivité comme une capacité à gérer les biens publics, y compris par les femmes elles-mêmes. Les participant(e)s de ce panel ont ainsi souligné que le passage de cette " gouvernance domestique " à une participation renforcée des femmes à la gouvernance locale, est certes freiné par les pesanteurs socioculturelles, mais aussi par le manque de confiance en elles et le manque de solidarité entre femmes. Le faible taux de formation et d'alphabétisation de la majorité des femmes est alors identifié comme le principal facteur de l'absence de formulation politique d'une revendication légitime à plus de responsabilités.
Si les hommes sénégalais ne sont pas encore prêts, dans leur majorité, à reconnaître les capacités des femmes à assumer les fonctions de pouvoir politique et à conduire les instances de décisions, les femmes sénégalaises sont-elles, de leur côté, suffisamment mobilisées pour " conquérir " cette part de l'espace public qui leur revient pourtant " de droit " ? Les militantes présentes à ce panel ont rappelé l'impératif de renforcer les organisations féminines pour conduire des luttes plus stratégiques dans cette direction. Il a été ainsi souligné que la multiplication des initiatives féminines, à la base, dans les quartiers, demeure caractérisée par un fort éparpillement, et qu'il n'est pas encore aisé de sentir réellement une dynamique collective et stratégique des femmes à cette échelle. Certain(e)s participant(e)s fustigeant même les incessantes compétitions, voire querelles, entre groupements féminins, ce qui dessert la cause des femmes.
D'autre part les participant(e)s ont aussi souligné l'importance pour les femmes de changer elles-mêmes de comportement, en tant que mères d'abord (par l'éducation " différenciée " des garçons et des fillettes, elles contribuent au maintien des disparités), mais aussi en tant que citoyennes (bien que majoritaires au sein du corps électoral, elles se placent souvent " au service de " notables masculins, sans oser suffisamment se présenter à des postes de responsabilité).
Promouvoir une nouvelle gouvernance urbaine, avec les femmes
De façon générale, tout(e)s les participant(e)s à ce panel ont rappelé la nécessité d'une mobilisation croissante de toute la société civile, des Ong, des chercheurs, des structures professionnelles, des associations, des responsables moraux et religieux, des partis politiques, des syndicats, pour favoriser une plus grande implication des femmes dans la gouvernance urbaine locale. En veillant tout particulièrement à ce que la promotion féminine ne soit pas qu'une affaire de femmes.
Mais les participant(e)s ont également insisté sur le fait que cette implication des femmes doit entraîner un important renouvellement des pratiques en matière de gouvernance urbaine. Lorsque les femmes ambitionnent d'accéder aux plus hautes fonctions politiques, à l'échelle municipale comme pour les autres niveaux de pouvoir, c'est en aspirant à contrôler les leviers de décisions " réels " pour transformer les pratiques de gestion de la chose publique. De nombreuses organisations féminines rappellent à cet effet que les fonctions honorifiques et de prestiges n'intéressent pas les candidates à une fonction élective qui ont, selon elles, un plus grand souci du collectif et du bien commun.
Cette nouvelle forme de gouvernance passe également par un renforcement des synergies au niveau local entre les associations et groupes féminins, afin de redéfinir les rapports de ces derniers avec l'instance municipale. Dans l'optique de développer de nouvelles formes de gouvernance locale basée sur une large participation de tous les acteurs de la ville, les groupements féminins doivent dès maintenant développer leurs capacités d'interpellation et de négociation avec les autorités locales. Cela passe par un renforcement de leurs capacités à la base, donc par la rationalisation et une plus grande valorisation des services offerts en la matière par les différents centres de ressources, Ong d'appui et structures d'encadrement.
Dakar, 9 octobre 2000© Enda-Ecopop BP 3370 Dakar, Sénégal
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